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PUBLIÉ LE 17/06/2010
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Un psychiatre plus curieux que d'autres

John Mack est le premier spécialiste en santé mentale à s’être intéressé sérieusement aux personnes prétendant avoir été « enlevées par des extraterrestres ». Qui était ce psychiatre ? Quelle était sa vision de ces expériences ? Stéphane Allix, qui s'est penché sur un phénomène de société mystérieux, nous présente ce psychiatre plus curieux que d'autres...

John E. Mack est né à New York le 4 Octobre 1929. En 1955, il obtient son doctorat en médecine à l’université de Harvard. À la fin des années 60, il fonde l’unité psychiatrique de l’hôpital de Cambridge et lui confère rapidement une réputation mondiale. En 1972, il devient professeur titulaire en psychiatrie à l’université de Harvard, et en dirigera le département durant de nombreuses années. Au fil de sa carrière, John Mack s’est intéressé à la manière dont nos perceptions affectent les relations que nous avons les uns avec les autres. Diplômé de l’institut de psychanalyse de Boston, et certifié en psychanalyse pour enfant comme pour adulte, il travailla en outre à l’exploration des rêves et des cauchemars. Il se pencha également sur le sujet délicat du suicide des adolescents et consacrera de très nombreuses publications à l’ensemble de ses travaux. En 1977, c’est la consécration : il obtient le prestigieux Prix Pulitzer pour une magistrale biographie de Lawrence d’Arabie. À travers le récit de la vie de T. E. Lawrence, il poursuit son observation de la frontière entre le monde intérieur d’un homme et le « monde réel » dans lequel les décisions qu’il prend s’inscrivent. La psychologie de l’acte. Quoi de plus approprié que le personnage de Lawrence, un homme complexe et énigmatique dont les actions eurent des implications historiques significatives.

Qu’un professeur de psychiatrie de la stature de John E. Mack se penche sur un phénomène de société mystérieux et assez répandu n’a rien de surprenant en soi. Pour un éminent spécialiste en santé mentale qui compte alors - nous sommes en 1990 - pas loin de trente années d’expérience dans le domaine, les récits de rencontres supposées avec des entités non humaines, dans lesquelles des témoins voient des êtres d’origine extraterrestre, constituent un passionnant espace de recherche sur les mécanismes mentaux. Rapidement les patients se succèdent et l’affaire se complique. Ces gens ne ressemblent en rien aux malades de toutes sortes que John Mack soigne depuis des décennies. Il rencontre des dizaines d’entre eux, affine son diagnostic jusqu’à être obligé de se rendre à l’évidence : il ne s’agit pas… d’un problème mental ! « Lorsque vous parlez à un psychotique qui vous raconte quelque chose qui ressemble à une psychose, vous sentez que ce n’est jamais arrivé… Je peux le dire, je sais que c’est quelque chose que la personne veut me faire croire, qu’elle déforme la réalité. Il n’y a rien de comparable ici, ces gens sont des personnes saines me parlant d’événements dont ils se rendent bien compte qu’ils paraissent fous. Ils ont conscience de cela. Ils se posent plein de questions, ils doutent d’eux-mêmes. Mais ils décrivent une expérience réelle et intense, une lumière, quelque chose que l’on fait à leur corps. La qualité de la façon dont ils en parlent est celle d’une personne parlant d’une expérience qui lui est réellement arrivée. »

Alors que faire arrivé à ce stade ? La question est vertigineuse, elle a totalement embarqué John Mack dans les années qui ont suivi. A ses yeux, « le fait qu’un phénomène défie toutes les explications conventionnelles, et même heurte notre notion de la réalité, ne nous autorise pas à ignorer son existence, pas plus qu’il ne devrait nous empêcher d’étudier ses caractéristiques ainsi que leurs significations. La moindre des choses serait d’ailleurs que les professions médicales exerçant dans le domaine de la santé mentale se familiarisent avec les états qui causent de telles angoisses, chez leurs patients, ou clients potentiels. »

Vers la fin du mois d’août 2003, j’appris grâce au psychologue Kenneth Ring, père de la recherche sur les expériences de mort imminente, avec qui j’entretenais une riche correspondance, que John Mack devait intervenir dans le cadre d’un séminaire sur la cosmologie, se tenant très prochainement à Rangeley, une bourgade située non loin du Canada. L’astrophysicien Rudy Schild ainsi que l’astronaute Edgar Mitchell, pilote du module lunaire lors de la mission Apollo 14, s’y trouveraient également. Je ne pouvais pas rater l’occasion. À nouveau quelque chose en moi me commandait d’y aller. Je pris un avion pour New York. De là, il me fallu rejoindre Portland sur la côte sud du Maine, puis effectuer les derniers deux cents kilomètres en voiture à travers la splendide et sauvage forêt de l’extrême nord-est américain. J’atteignis Rangeley le 5 septembre.

Je fus instantanément frappé par la personne de John Mack. Je découvris un homme assez grand, dont on avait peine à imaginer qu’il allait fêter son soixante-quatorzième anniversaire trois semaines plus tard. Larges épaules, charpente athlétique, il émanait de lui une grande assurance, une vigueur communicative. Il faisait incontestablement dix ans de moins. Un front dégagé, le visage ouvert et avenant, sa peau mate semblait absorber chaque particule de lumière. Cheveux bruns discrètement grisonnants sur les tempes, regard bleu clair, John Mack possède un certain charme, une élégance naturelle. Dans ces premiers instants, j’eus le sentiment qu’il était distant et d’un abord difficile, mais il allait se révéler progressivement d’une grande curiosité et d’une écoute très attentionnée. Son regard était à la fois intimidant et espiègle. Le voyage que je venais d’accomplir pour assister à ce séminaire piqua son attention. Le premier soir, nous nous étions tous présentés les uns aux autres et j’avais notamment évoqué mes nombreux séjours en Afghanistan. Il me questionna longuement sur ce pays et sur les drames successifs qu’il avait traversés. Lors du week-end, j’eus l’occasion d’amorcer une relation de confiance avec John Mack et à la fin du séminaire, nous sommes redescendus ensemble en voiture jusqu’à Boston. Dans la semaine qui suivit, John Mack me permit de rencontrer certains de ses patients et entra, pour moi, à nouveau dans les détails du processus médical qui l’avait conduit à formuler son singulier diagnostic. Ce fut le début d’une aventure extraordinaire qui allait, quatre ans plus tard, me conduire à fonder en France l’Institut de recherche sur les expériences extraordinaires, l’INREES.


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