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PUBLIÉ LE 30/05/2016
  • Jocelin Morisson
    Auteur
Magazine » Air du temps

La vie après la mort démontrée ?
Pas si simple…

Existe-t-il une vie après la mort ? Le Dr Sam Parnia, médecin spécialiste en soins intensifs, a lancé en 2008 une vaste étude regroupant une quinzaine d’hôpitaux en Europe et en Amérique du Nord pour recueillir les témoignages de personnes réanimées après un arrêt cardiaque. Les résultats préliminaires de l’étude viennent d’être rendus publics.

Attendus de longue date, ces résultats semblent confirmer qu’un état de conscience se poursuit bel et bien après l’arrêt cardiaque, pendant au moins quelques minutes, alors que le cerveau cesse pour sa part de fonctionner en quelques dizaines de secondes. Il n’en faut pas plus à de nombreux titres de la presse généraliste internationale pour affirmer qu’il y a bien « une vie après la mort » !

Il convient cependant de modérer cet enthousiasme, car comme l’explique Sam Parnia, « la mort n’est pas un moment spécifique, mais un processus ». « Si des tentatives sont effectuées pour inverser ce processus, il est synonyme d’arrêt cardiaque, poursuit-il. Cependant, si ces tentatives sont vaines, ce processus est équivalent à la mort. Dans cette étude, nous avons voulu aller au-delà de la formule émotionnellement chargée et cependant mal définie d’expérience de mort imminente pour explorer objectivement ce qui se passe lorsque nous mourrons. »

La mort n’est pas un moment spécifique, mais un processus.

L’échantillon de départ comprend 2060 patients ayant connu un arrêt cardiaque parmi lesquels 330 ont pu être réanimés, 140 ont pu être interrogés une première fois, et 101 une seconde fois. Au sein de ce groupe, 39 % des personnes rapportent des souvenirs d’un état de conscience pendant la période de l’arrêt cardiaque. Un sous-ensemble de 9 % de patients a des souvenirs correspondant au contenu classique de l’expérience de mort imminente (EMI), à savoir la perception d’un tunnel, d’une lumière brillante, la sensation de se déplacer dans une autre réalité, etc. Enfin, 2 % décrivent des perceptions compatibles avec la sortie du corps, c’est-à-dire le fait de voir et/ou d’entendre des événements liés à la réanimation.

Un cas en particulier, celui d’un travailleur social de Southampton (en Angleterre) âgé de 57 ans, est particulièrement probant puisqu’il a pu décrire les détails de sa réanimation alors que des marqueurs sonores étaient utilisés pour situer l’expérience dans le temps. Ainsi, cette personne rapporte avoir entendu deux « bips » pendant sa décorporation alors que ces signaux étaient séparés de trois minutes. « Cela est significatif, explique Sam Parnia, car il a souvent été dit que ces expériences en lien avec la mort sont probablement des hallucinations ou des illusions, qui se produisent soit avant que le cœur ne s’arrête, soit après que l’on l’ait fait repartir, mais ne constituent pas une expérience correspondant à des événements réels survenant au moment où le cœur ne bat plus. Dans ce cas, la conscience et l’attention ont été possibles pendant la période de trois minutes au cours de laquelle le cœur ne battait plus. Ceci est paradoxal car le cerveau cesse de fonctionner dans les 20 à 30 secondes qui suivent l’arrêt cardiaque et ne recommence à fonctionner qu’une fois le cœur reparti. De plus, les souvenirs détaillés de conscience visuelle dans le cas rapporté sont cohérents avec les événements vérifiés. »

Les souvenirs détaillés de conscience visuelle dans le cas rapporté sont cohérents avec les événements vérifiés.

Quant au pourcentage plus vaste de 39 % qui rapportent des souvenirs d’un état de conscience, Sam Parnia ajoute que « cela suggère que davantage de personnes peuvent avoir une activité mentale dans ces circonstances mais perdent ensuite ces souvenirs après leur guérison, soit à cause de dommages cérébraux ou de l’effet des médicaments sur la formation de souvenirs. » Le contenu de ces souvenirs est beaucoup plus large que ce qui est traditionnellement associé à l’EMI, avec des thèmes cognitifs variés : sentiments de peur et de persécution, perceptions d’animaux et de plantes, perception d’une lumière brillante, famille, sentiments de déjà-vu. Sam Parnia cherche sans doute légitimement à sortir l’EMI du ghetto des phénomènes dits paranormaux. Selon lui, l’utilisation d’expressions comme « mort imminente » ou « hors du corps » n’est pas assez précise et ne rend pas suffisamment compte de l’étendue des souvenirs associés à la période de l’arrêt cardiaque. Il faut également noter qu’à l’origine cette étude reposait sur l’idée de disposer des « cibles » dans les services de réanimation, sous forme d’images uniquement visibles du dessus, afin de valider l’hypothèse de la décorporation. Si ce protocole n’a pas porté ses fruits, de l’avis de nombreux spécialistes des EMI, c’est qu’il est très difficile d’attirer et de retenir l’attention dans ces circonstances exceptionnelles.

Au plan « sociologique » enfin, la « couverture presse » de ces résultats est tout à fait significative et en dit long sur les espoirs suscités par de telles recherches. Elle traduit peut-être aussi une ouverture nouvelle face à ces questions, puisque de nombreux titres n’hésitent pas à parler de vie après la mort, sans tenir grand compte des précautions avancées par Sam Parnia lui-même.


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