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PUBLIÉ LE 18/01/2016

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Inexploré n°29

Esprit es-tu là ? Quand l'invisible nous guide
Magazine » Enquêtes

L'allure de l'âme

Notre façon de nous habiller ou de nous maquiller raconte notre histoire, elle témoigne également de nos désirs conscients et inconscients, à la frontière entre nous et l’autre,
l’intime et le monde extérieur. Décryptage…

Il y a ces jours de grosse fatigue où l’on a juste envie de se lover dans un gros pull informe. Ces jours d’incertitude rebelle où l’on se réfugie au fond de sa capuche. Ces jours de légèreté amoureuse où l’on prend plaisir à souligner sa silhouette et à illuminer son visage d’un zeste de maquillage… « Les vêtements ont une mystique, une spiritualité, estime la créatrice Salima Abdel-Wahab. Ils nous protègent, nous annoncent. » Leur coupe crée une onde de forme. Leur mouvement impacte notre allure. Leur couleur et leur matière rayonnent d’une énergie particulière. « Le rouge peut motiver à aller de l’avant, le bleu adoucir une personnalité», indique-t-elle. Souvent, pourtant, nous n’avons pas conscience de ce que nous portons. Salima Abdel-Wahab invite à y prêter attention. « Le vêtement est une attitude, une réflexion sur l’identité, dit-elle. Le jour où l’on souhaite se donner, dans la perspective d’un rendez-vous galant, par exemple, on s’apprête, on se serre. Un soir de concert, en revanche, on mettra une robe ample, pour être dans l’ouverture et la réception. »

Que disent nos choix vestimentaires de nos états d’âme et de la façon dont nous nous percevons ? Comment pourraient-ils mieux exprimer nos élans intérieurs ? Née à Tanger, formée à Malaga, initiée à la musique gnawa, nourrie d’origines marocaines, allemandes et espagnoles, Salima Abdel-Wahab regrette que nous soyons si introvertis dans notre manière de nous vêtir, comme plombés par le regard de l’autre, le poids des modes et de la norme. « Où sont l’humeur, l’humour, l’expression du plus profond ? s’interroge-t-elle, la silhouette haute, l’œil perçant, l’intelligence intuitive et la chevelure folle. Certes, dans une tenue, je dois d’abord me sentir bien. Mais ensuite, je peux entrer dans le jeu, essayer de saisir quelle énergie m’anime et quelle est celle du vêtement. »

En alliant l’élégance de tissus naturels et de teintes « de terre et d’ancrage » à des coupes fluides et des touches de couleurs vives, les siens sont révélateurs de son lien à la nature et aux cultures ethniques. « De mon amour du voyage, j’ai aussi retiré le sens de la praticité et de la réversibilité, note-t-elle. J’aime que mes créations soient confortables. Une de mes clientes, un ancien top model, a été victime d’une maladie qui ne cessait de la tasser. Mes vêtements l’ont aidée à se sentir mieux. »


Activer les potentiels


Consultante en « psycho-beauté », Alexandra Viragh note que 80 % de ce que nous communiquons de nous-mêmes ne passent pas par les mots, mais par notre posture, notre gestuelle, notre visage. « Une soixantaine de muscles structurent nos expressions, dit-elle. La manière dont nous les contractons est révélatrice.

Notre caractère imprime un mouvement, une énergie dans le corps.

Notre caractère imprime un mouvement, une énergie dans le corps. »
Des yeux tombants seraient le signe d’une lassitude de la vie. Des lèvres fines, l’indice d’une éducation stricte, d’un métier placé sous le sceau du secret ou d’une vie de couple où l’on peine à s’affirmer… « Le mouvement est double, note la spécialiste. D’un côté, nous ne pouvons nous empêcher d’exprimer qui nous sommes par notre visage et nos vêtements. De l’autre, cette apparence, une fois positionnée, influence la vision que nous avons de nous-mêmes, ainsi que celle des personnes avec qui nous sommes en relation. » Par le maquillage, Alexandra Viragh propose de faire bouger ce masque, afin « d’harmoniser la personnalité » et d’en révéler le potentiel. « Je me souviens d’une infirmière urgentiste dont la morphologie indiquait qu’elle s’était battue toute sa vie pour les autres, au risque de se couper de ses émotions et de s’oublier elle-même, illustre-t-elle. Ses sourcils étaient soucieux ses mimiques la protégeaient. Son visage m’apparaissait comme une carte routière, dont les rides traçaient le chemin parcouru, dont la patine montrait le vécu. Par des touches naturelles, ne visant jamais à camoufler mais à mettre en lumière, nous avons adouci ses traits et épanoui sa féminité. »

Ce maquillage anticipe un épanouissement. « Si la personne s’aperçoit par exemple qu’ainsi apprêtée les gens viennent plus volontiers lui parler, elle va dédramatiser sa peur de communiquer, ce qui provoquera naturellement une détente musculaire », poursuit la spécialiste. Jusqu’à ce qu’un jour, il ne soit plus nécessaire d’avoir recours à des artifices. « Quand on a traversé ses ombres et qu’on est pleinement soi, la structure morphologique reste, mais la zone des yeux est très lumineuse et très ouverte, remarque Alexandra Viragh. Un rayonnement émane du visage. C’est celui-ci que je vais chercher à révéler. » En attendant, elle conseille de se regarder dix minutes dans les yeux, sans jugement. « Généralement, les gens pleurent, observe-t-elle. Cette rencontre est la plus importante. »


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