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PUBLIÉ LE 28/04/2015
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
Magazine » Bonnes feuilles

Apprivoiser le dernier souffle...

Le deuil reste un sujet sensible dans notre société. Dans Apprivoiser le dernier souffle, Le Dr Constance Yver-Elleaume nous propose un regard positif et touchant sur la lisière du monde des vivants et de l'invisible qu'elle côtoie en service de soins palliatifs... Mais aussi depuis l'enfance.

"Aussi loin que je remonte, dans mes souvenirs d’enfance et d’adolescence, chaque fois que je vis quelque chose de difficile émerge toujours une pensée, un sentiment du genre :
« Je n’y comprends rien, je suis dans le noir… Mais je sais que c’est bien ! » Cette perception n’est souvent pas plus intense que le minuscule lumignon qui persiste encore quelques instants après qu’on a soufflé une bougie !
Elle reste néanmoins toujours présente dans les moments difficiles.
J’oublie cette expérience durant quelques années. Je pense que ces années correspondent à la période durant laquelle je trouve peu à peu, enfin, une assise intérieure, avec l’aide de la méditation.
Elle va cependant me revenir en force au cours des études de médecines. J’en reparle plus loin. Enfant, dès l’âge de trois ans à peine, au jardin d’enfants, j’ai le souvenir d’un questionnement intense : Pourquoi nous agitons nous ainsi, à faire la ronde, à jouer à la chandelle ? … Quel sens cela a-t-il ? Pourquoi tout ce mouvement ?
Et dès l’école primaire :
Un refus d’entrer dans ce mouvement, cette agitation, ces préoccupations qui me sont proposées.
Je ressens la pression qui voudrait me faire entrer de force dans un moule qui m’apparaît grossier, lourd, étroit… et je m’y refuse de tout mon être.
Néanmoins, jusqu’à l’adolescence, je dialogue en permanence avec Dieu intérieurement, sur un mode très familier.
En fin de compte, je prends conscience aujourd’hui que c’est un peu comme si je vivais à l’époque deux réalités qui peuvent se fondre :
L’une intérieure, très simple, imméditate, nourrissante – « Dieu », un ami qui m’habite. L’autre, qui tente de s’imposer à moi, comme de l’extérieur.
L’éducation religieuse protestante que je reçois entretient mon questionnement, mais ne l’apaise pas.
Au contraire elle le complique à mesure que je deviens adolescente :
Qu’est ce que ce Dieu vengeur de l’Ancien Testament ? Ce fils unique de Dieu, ce royaume des cieux hypothétique ?
D’où venons nous ? Où allons nous ?
Quel est le sens de la vie ? De la mort ? Pourquoi tout cela ?
A l’âge de 15 ans, ce questionnement atteint son apogée.
Je me souviens qu’en quelques jours – peut-être quelques semaines ? – dans une tentative désespérée de réunir les deux réalités entre lesquelles je suis écartelée – j’embrasse avec conviction, parfois seulement quelques heures, l’un après l’autre, différents courants de philosophie, de pensée.
Cela va du nihilisme le plus convaincu, à la spiritualité la plus engagée, sans oublier le matérialisme, l’athéisme…
Aujourd’hui je peux nommer ces différents courants.
A l’époque je n’en connais rien.
Je vis simplement l’assaut de différentes vagues puissantes, dont chacune tente de m’entraîner. Chacune, l’une après l’autre, me laisse un peu plus pantelante intérieurement, sur le rivage de moi-même.
Un peu plus épuisée, intérieurement, de ne toujours pas parvenir à voguer sur l’océan de la vie.
La pression intérieure que je ressens est extrême.
D’autant plus que je ne retrouve pas d’interlocuteur lorsque je parviens à formuler une question…
Et cela malgré l’ouverture d’esprit de mes parents et leur écoute.
Néanmoins ma mère, vers cette époque, va m’offrir un cadeau.
Je ne commence qu’à prendre conscience de sa valeur que bien des années plus tard. Comme tout enfant, tout adolescent, il m’arrive d’avoir des prises de conscience fulgurantes et je lui dis un jour :
« En fait, le Royaume des Cieux… c’est maintenant. »
Ma mère salue ma découverte avec tant de conviction et d’enthousiasme que celle-ci va s’imprimer en moi de façon indélébile – plutôt que de disparaître (comme de nombreuses prises de conscience de cet ordre) dans mon inconscient.
Cependant mes parents ne peuvent m’apporter l’apaisement que je recherche. Vient alors à moi une autre expérience fondatrice.
Pour échapper à une scolarité qui devient destructrice et dans l’incapacité de dire mon besoin d’arrêt, de solitude, de silence – ne l’ayant pas identifié consciemment – je fais semblant d’être malade deux mois durant.
Pour ma convalescence, je suis envoyée un mois à la montagne, puis termine l’année scolaire en pension dans une école anglaise, dans le Kent.
Durant ma « maladie », je suis de longues heures seule à la maison. J’en profite pour visiter tous les coins et recoins de cette grande maison, pleine de placards, d’armoires et de bibliothèques.
C’est ainsi que je découvre une « Légende de Bouddha » qui vient mettre un baume apaisant sur mon âme qui erre presque depuis ma naissance à la recherche du sens de la vie, de la mort.
Je découvre la notion de réincarnation (Bouddha y est décrit entre autres durant une vie de lièvre, de singe…)
Il peut donc y avoir une réalité plus cohérente que celle que j’ai perçue ?
Une approche de la vie, de la mort qui m’ouvre un espace de libération, un espace de respiration ? On ne naît pas « de rien » pour, à notre mort, aller vers un « royame des cieux » très abstrait et hypothétique ?
Le grand cadeau que je reçois vient ensuite, pendant ma « convalescence » - (peut-être grâce à la détente intérieure apportée par cette rencontre avec la notion d’un continuum de vie(s))."


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