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© Chris Dève
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PUBLIÉ LE 09/03/2015
Magazine » Témoignages

Au-delà du possible...

Il est difficile de se confier au sujet d'expériences impliquant un contact avec des personnes censées être décédées... Pour sortir de l’isolement, l’INREES propose des groupes d’échange, lieux de partage de ces expériences hors normes. Témoignages à fleur de peau récoltés lors de ces séances de partage.

Printemps 2013, un samedi matin. L’air est doux et, par les hautes fenêtres, on aperçoit un jardin entretenu avec soin, des buis taillés en boule et quelques tulipes déjà fleuries. On est en plein coeur de Paris mais la frénésie de la ville est loin. Les lieux respirent plutôt la quiétude. Nous sommes au Forum 104, qui met sa bibliothèque à disposition de l’INREES afin d’y accueillir une vingtaine de personnes. Le point commun de ces femmes et de ces hommes réunis ce matin ? Tous disent avoir vécu une ou plusieurs expériences de contact avec des défunts. Agnès Delevingne, psychologue clinicienne et coordinatrice du réseau de l’INREES, anime la matinée. Elle pose d’emblée l’enjeu de la rencontre : « L’objectif est de vous permettre d’échanger et de partager vos expériences. »


Est-ce un défunt ou le produit de mon imagination ?


Assis en cercle, 13 femmes et 5 hommes se présentent à tour de rôle. Ils ont entre entre 20 et 60 ans environ, viennent de toutes sortes d’horizons professionnels et la plupart évoquent une vie de famille. Certains ont vécu une expérience de médiumnité suite au décès d’un proche, d’autres vivent ces phénomènes de contacts depuis la toute petite enfance. Pour la plupart, ces vécus ne font aucun doute, il s’agit bien de défunts, mais pour quelques personnes comme Odette*, c’est l’incertitude qui prévaut. Après le décès de son mari en 1990, elle a été réveillée plusieurs fois par des toussotements dans sa chambre, puis par une sensation de souffle sur le visage... Était-ce son mari qui lui faisait signe, comme on le lui a dit ? Ou le produit de son imagination ? En tous cas, elle a été tétanisée par la peur.
Julie aussi a eu peur : elle voyait des morts quand elle était enfant. Elle parvint à faire cesser les apparitions mais, quand elles sont revenues à l’âge adulte, la jeune femme a craint d’être devenue schizophrène. Elle a consulté une psychiatre, qui l’a rassurée en lui disant que mentalement elle allait bien, mais qu’elle ne pouvait pas l’aider car Julie était au contact d’un monde dont elle-même, psychiatre, ignorait tout. Elle évoque la rencontre avec un médium qui a pu la guider, et met en garde contre les « cours de médiumnité » donnés par des individus qui ne maîtrisent pas le phénomène. D’ailleurs, pour les médiums que l’on a interrogés sur le sujet, la médiumnité est juste un canal qui s’ouvre mais on ne peut pas décider de l’ouvrir. Ceux qui prétendent le contraire cherchent souvent le pouvoir et tentent d’installer des relations d’emprise. Julie évoque aussi la difficulté d’être en lien avec les morts, « qui nous envahissent de leur souffrance et de leur douleur ».


Le regard des autres


Agnès Delevingne veille à la bonne circulation des échanges. Les temps de parole sont brefs pour permettre que tous s’expriment. Les uns réagissent aux propos des autres et l’intervention de Julie a déclenché plusieurs réactions. Si certains rappellent que les expériences négatives sont également formatrices, plusieurs insistent sur la nécessité de « se protéger », d’apprendre à «bloquer le phénomène s’il devient intrusif », « entrer en lien avec son guide pour obtenir du soutien ». Sabine insiste : « C’est à nous de prendre les choses en main, de nous réapproprier notre quotidien. Il faut leur parler et leur dire quand on est disponible, et quand on ne l’est pas. Il m’arrive souvent de refuser le contact. » D’autres questions reviennent : « Que faire avec ces phénomènes ? » « Comment les utiliser pour aider les gens autour de soi ? », mais surtout « Comment en parler ? », car le regard des autres est souvent vécu comme problématique. Ceux qui ont raconté leurs expériences ont souvent fait face à l’incompréhension voire au rejet. Jeanne s’est entendu traiter d’oiseau de mauvais augure pendant toute son enfance et Marine a bloqué tous ces phénomènes à l’âge de 7 ans, quand elle a été punie pour avoir parlé à ses parents d’une forme humaine qu’elle avait vue apparaître dans l’église, qui ressemblait à la Vierge et lui avait adressé un signe en lui disant qu’elle la protégeait. Chez les 2 femmes, les contacts médiumniques sont pourtant revenus à l’âge adulte, après la mort de leur propre enfant. Si un ou deux participants se présentent comme médiums, pour la plupart ces expériences ressortissent plutôt à l’intime et sont souvent cachées, ce qui génère un sentiment de solitude partagé. Dans la salle, au fil de l’échange et de la confiance qui s’installe, on peut ressentir le soulagement de cette parole libérée, qui ici ne craint ni le rejet, ni les jugements ou les moqueries. « Quand j’ai entendu parler de ces groupes d’échange, je me suis dit : « Enfin, il se passe quelque chose ! », conclut Charlotte, qui précise que ces rencontres lui ont permis de se sentir en confiance, mais l’ont aussi rendue plus humble face à la diversité des vécus.


Écouter l’extraordinaire


D’autres rencontres comme celle-ci ont lieu plusieurs fois par an autour d’une thématique spécifique : les expériences de mort imminente, les expériences psychospirituelles, le développement des capacités de guérison, etc. Elles sont organisées par le réseau d’écoute de l’INREES, animées bénévolement par des professionnels de santé (des psychanalystes, des psychologues cliniciens, un infirmier psychiatrique, une formatrice en soins palliatifs, etc.). Agnès Delevingne en précise le fonctionnement : « Nous assurons une veille bénévole pour répondre aux personnes qui souhaitent avoir un éclairage sur l’expérience qu’elles ont vécue. Il ne s’agit ni de poser un diagnostic, ni de valider l’expérience. Nous ne proposons pas non plus de suivi psychologique. Nous avons plutôt vocation à informer, et organisons aussi des réunions d’échange comme celle-ci afin de créer des liens entre des expérienceurs qui souhaitent rencontrer des personnes ayant des vécus similaires. » Patricia Serin, psychologue clinicienne membre du réseau, précise d’ailleurs que « le simple fait de pouvoir témoigner peut aider dans un cheminement personnel : quelle que soit l’expérience extraordinaire vécue, tout l’enjeu est de l’intégrer dans sa vie, de parvenir à lui donner du sens. En effet, si elle nous fascine et que l’on se cristallise dessus, l’expérience devient enfermante. Si au contraire on parvient à l’intégrer, elle peut être le déclencheur d’un épanouissement personnel. » À l’issue de la matinée, la moitié des participants quittent les lieux mais une petite dizaine d’autres s’attardent un peu dans le hall puis, après un quart d’heure de discussion, un petit groupe se dirige vers le jardin pour poursuivre les échanges. Au bout de 2 grands bassins où nagent quelques poissons, des tables et des bancs accueillent la suite de la rencontre. Déjà, des liens se tissent...

* Tous les prénoms ont été changés.


Une curieuse date


« Je m’appelle Cécile, j’ai 20 ans et je suis en troisième année de licence de psychologie. Depuis l’âge de 15 ans, j’ai des perceptions auditives, j’appelle cela des connexions. J’entends des chuchotements sans comprendre ce qu’on me dit ; ma perception visuelle se trouble, je sens une ou plusieurs présences sans savoir qui c’est, j’arrive pourtant à distinguer si c’est une femme ou un homme. Puis une multitude d’images, de sensations, de bruits arrivent, c’est intérieur. J’ai le sentiment fort d’être en connexion avec des esprits. Ces connexions ont une fréquence aléatoire, environ 3 par mois. Un jour, j’ai eu un nom avec deux dates. Curieuse, j’ai cherché sur Internet et j’ai trouvé le nom et les 2 dates de naissance et de mort de cette personne. Elle était née au XIXe siècle, aux USA ! Je sais que ce ne sont pas des hallucinations car je n’ai aucun trouble du comportement, ni de maladie, je ne prends pas de drogue, je ne bois pas. J’ai mis beaucoup de temps avant d’accepter d’entendre ou de ressentir car les connexions me perturbaient. Maintenant, j’arrive beaucoup mieux à gérer et ce n’est plus du tout perturbant. Je souhaiterais vraiment que nous soyons reconnus aux yeux de la société et des scientifiques car nous ne sommes pas des fous. »
- Cécile


Mon père à mes côtés


« J’étais assise depuis un quart d’heure seule sur un banc dans le parc de la maison de retraite, quand soudain je sentis près de moi une présence familière. J’eus la certitude de voir mon père décédé en 1986. Il me murmura : « N’aie pas peur, c’est papa. » Il était en tenue militaire. De son vivant, il était dans l’armée. Il me semblait transparent malgré ses vêtements. Je ressentais une chaleur qui se dégageait de son corps. Cela dura bien 10 minutes. Son silence, brusquement, me fit tourner la tête vers lui. Il n’y avait plus personne. Je n’osais pas bouger tant j’étais émue. Je restai paralysée pendant un bon moment avant de reprendre mon souffle.»- Viviane


Un étrange don


« Voilà bientôt 9 ans que ma mamanest décédée. Suite à son départ, j’ai développé un don. Ceux qui m’entourent vous diront qu’il s’agit de médiumnité. Personnellement, j’ai du mal à le nommer. Je dirais plutôt que c’est un cadeau que la vie m’a fait. J’ai eu l’occasion, à plusieurs reprises, de tester ces « capacités ». Je ne veux pas que les personnes qui viennent vers moi me donnent quoi que ce soit comme information, sur elles ou sur les personnes avec qui elles veulent entrer en contact. Je demande une photo (que je ne regarde quasiment pas) et je l’appose sur mon front (cela est plus symbolique qu’autre chose, je pense que c’est une façon de m’aider à l’introspection). Je ferme les yeux, je fais le vide (rien que cette capacité à faire le vide me sidère) et j’attends. à ce moment-là, des informations commencent à arriver, que ce soit sous forme de symboles, de mots, d’images, de sensations, de ressentis. A chaque fois les gens sont vraiment surpris et moi aussi d’ailleurs. Je suis assez « seule » car je n’ai autour de moi personne ne vit les mêmes expériences. »- Linda


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