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© BD "Les chemins de Compostelle", Ed. Dupuis
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PUBLIÉ LE 13/03/2017
Magazine » Enquêtes

Le bâton du pèlerin

Depuis la fin des années 1990, ils sont de plus en plus nombreux à cheminer vers Saint-Jacques de Compostelle, soutenus traditionnellement par un bâton de pèlerin. Simple aide à la marche ou emblème d’une quête supérieure ?

Michel Armengaud connaît bien les chemins de Saint-Jacques. « Un proche m’avait offert un livre sur Compostelle, se souvient-il. J’étais en mer, de garde sur un bateau. Je l’ai ouvert. En le refermant, je savais que je partirai. » Depuis, il a parcouru par deux fois le fameux pèlerinage, seul puis en couple, marchant un mois durant du Col du Somport au Cap Fisterra. Et il s’apprête bientôt à repartir… flanqué de son « bourdon » – le traditionnel bâton du pèlerin.

Simple aide à la marche ? Compagnon de route, assurément, qui porte, soutient, défend contre les dangers de la route. Mais pour Michel Armengaud, il est l’aussi l’emblème d’une quête supérieure. « C’est le bâton de Moïse qui fait jaillir l’eau du rocher dans la traversée du désert », explique-t-il dans son livre Le pèlerinage à Saint-Jacques : une quête spirituelle. Sceptre, il est le symbole « de la royauté que recherche l’initié sur lui-même ». C’est la lance du guerrier, soutien d’un combat « tourné vers l’intérieur » plutôt que vers l’extérieur. C’est l’axe vertical de la Croix, aspiration à une verticalisation de l’être et une élévation de l’âme. C’est le tuteur de l’arbuste, permettant de « résister aux intempéries et de croître dans la verticalité ». C’est encore le balai de la sorcière, la mailloche du chamane ou la baguette de la fée, médium d’une force magique et signe d’une aspiration à la métamorphose.

Au terme du voyage, le bourdon est la mémoire des l’expérience vécue, des épreuves traversées et du chemin parcouru. « Ce qui fera sa véritable valeur, ce sera la marche, l’usure de votre main, la pluie, le soleil, la patine du temps », estime ainsi Jean-François Demange, fabricant de bourdons installé au Pays basque. Conscients de ces dimensions, certains pèlerins prennent soin, en chemin, de toujours le poser verticalement, comme un trait d’union « entre la Terre et le Ciel », conclut Michel Armengaud.

+ Livre connexe : Le pèlerinage à Compostelle : une quête spirituelle Michel Armengaud, éd. Diffusion rosicrucienne, 2002, 14,50€


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