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PUBLIÉ LE 22/07/2016
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Chasseur de fantômes

Anthony Augusto
L\'Opportun
Magazine » Bonnes feuilles

Chasseur de fantômes

L'âme poursuit-elle sa route après la mort ?
Dans son ouvrage "Chasseur de fantômes",
fruit de 10 ans d'enquête dans les lieux les plus hantés
d'Europe, Anthony Augusto nous prend par la main
et nous entraine dans son aventure
au royaume des ombres... Extrait.

Nous pénétrons dans l’antichambre du royaume ; gardien des pierres et des secrets qui ont façonné les fantômes à travers les âges, les religions et les croyances. Cette première pièce n’a pas vocation à réécrire l’histoire dans son intégralité, mais simplement de vous présenter certains de ses symboles. Le sujet de la vie après la mort est un sarcophage inviolable en France, un sujet tabou. Les cultures asiatiques, anglo-saxonnes et arabes sont bien plus ouvertes sur la question, les fantômes font même partie intégrante de Ieurs croyances ou de Ieur histoire. En Chine la fête des fantômes, la Zhongyuanjie, est une fête se déroulant le quinzième jour du septième mois lunaire. Durant cette période, les Chinois offrent des repas, offrandes ou cérémonies de respect dans le but que les esprits enfermés dans les enfers reçoivent un apaisement. En effet, sous terre ils sont oubliés et aucun culte ne leur est dédié, ce qui est associé à une perdition presque éternelle sans moyen pour eux de trouver la paix. Au Japon, il est coutume de s’attirer les faveurs des esprits par des prières et des rituels, preuve de respect pour leur passage dans l’autre monde. Bien sûr, comme dans toute religion polythéiste on y trouve un certain animisme. À tel point que les contes japonais, inspirés par des influences étrangères comme celles de la Corée ou du bassin de l’Asie du Sud-Est, donnent aux choses un esprit vivant, puissant, parfois démoniaque. Il est donc parfois nécessaire de s’en protéger, voire de les chasser. Les créatures surnaturelles sont appelées les « Yōkai ». Ce sont les monstres, les créatures de l’étrange. Parfois confondus avec les « Kami » (êtres supérieurs), ils sont aussi appelés « Mononoké » par leur caractère métamorphique, et leur esprit souvent maléfique. Ils sont, à mon goût, brillamment mis en scène par le génie Hayao Miyazaki dans son chef-d’œuvre Princesse Mononoké, en 1997. Les fantômes sont les « Yūrei » (les revenants), victimes d’une mort violente après une vie tragique et émotive qui laissa derrière elle un désir de vengeance, ou un lourd chagrin. Si l’on considère les fantômes comme « non humains », ce qui physiquement serait le cas, alors on comprend mieux pourquoi la frontière entre Yōkai et Yūrei est proche. Il est difficile de dessiner une typologie des mythes japonais tant Ieur portée fut grande. Les fantômes sont nés à partir du VIe siècle dans des légendes pour la plupart locales, qui étaient racontées oralement aux habitants des villages. L’une des reliques importantes qui a contribué au développement des spectres dans nos vies provient de deux recueils que je me dois de vous présenter. Le Kojiki («Chronique des choses anciennes »), offert à l’impératrice Gemmei en 712, est un ensemble de poèmes et de mythes qui relatent l’histoire des dieux anciens du Japon. Il n’est pas considéré comme une source historique, mais simplement un ouvrage religieux et folklorique. Enfin, le Nihon Shoki (« Chroniques du Japon »), rédigé en 720, est lui un écrit historique qui évoque la mythologie et l’histoire ancienne du Japon. Le syncrétisme qui unie les religions shintoïste et bouddhiste est un vivier pour les croyances de l’au-delà, où les esprits et les dieux embrasent la population japonaise. Si ces religions sont tournées vers l’histoire et les symboles, les avis divergent quant à leur réelle influence sur l’apparition des esprits dans la culture japonaise. Elle est souvent attribuée un petit peu plus tard, au XIe siècle, à l’une des œuvres les plus importantes de la littérature japonaise, le Genji Monogatari, attribué à Murasaki Shikibu. Mais il faut bien souligner qu’une forte curiosité pour les fantômes apparut dans l’art japonais dès le XVIIe siècle. Cet attrait va donc nourrir la littérature et bon nombre d’histoires populaires qui seront mises en scène dans le théâtre kabuki. Ces légendes deviendront en quelque sorte les contes japonais de la crypte. L’histoire inspira au réalisateur japonais, Hideo Nakata, le film Ring, en 1998, puis un autre The Ring, aux États-Unis, en 2002. Il adapte la légende Banchō Sarayashiki, qui à l’origine met en scène une servante, Okiku, travaillant au service d’un samouraï. Cette dernière brise par mégarde une assiette, précieuse aux yeux de son maître. Furieux, il la tue et jette le corps dans un puits. Après cela, chaque nuit, le fantôme de la servante sort du puits pour le rejoindre, et éclate en sanglots si fort, qu’elle tourmente le samouraï jusqu’à le rendre fou. Dans le film l’histoire est relatée à travers une mystérieuse cassette renfermant une malédiction : quiconque la visionne est condamné à mourir sept jours plus tard par un coup de téléphone. L’apparition de cette jeune fille aux cheveux noirs doit encore vous faire frissonner. En 2004, le réalisateur japonais Tomoyuki Takimoto réalise Ki no umi qui s’inspire de l’enfer vert d’Aokigahara Jukai. Cette forêt au pied du Mont Fuji porte en elle la forte réputation d’être maudite, les boussoles s’y dérégleraient. L’humidité est telle que les corps en décomposition des nombreux suicidés disparaissent rapidement sous un épais amas de feuilles et de champignons. Il n’est pas rare de tomber sur des ossements, des cordes accrochées aux arbres et même de tomber sur des porte-monnaie.

Au royaume des sables, dans la culture arabe, les créatures surnaturelles habitant les endroits abandonnés, désertiques, les cimetières ou encore les forêts sont appelés des djinns. Dans l’approche religieuse c’est une connotation négative que portent les djinns. Ils auraient été combattus par les anges qu’Allah Ieur aurait envoyés, avant d’être chassés vers des îles, des points éloignés de toute civilisation pour ne pas mettre le désordre sur Terre. Les djinns, contrairement à nos fantômes occidentaux, vivent et meurent. Comment cela est-il possible ? Car ce ne sont pas des fantômes à proprement parler comme nous l’entendons en Occident, mais plutôt des entités malveillantes à l’image du premier djinn nommé lblis accueilli par Allah dans le royaume des cieux pour sa bienveillance, mais qui des années plus tard le trahira en refusant de s’agenouiller devant Adam, premier homme créé de la main de Dieu. Il sera donc banni, et reviendra sous la forme d’un serpent pour corrompre les cieux et les humains. Tout comme dans les autres croyances, ils sont invisibles, mais la différence majeure réside dans la manifestation elle-même qui ne survient pas forcément à la suite d’un décès ou d’une disparition. Ils sont métamorphes, à l’image d’lblis et du serpent. Mais lorsqu’un djinn prend une forme humaine ou animale, alors il obéit aux lois physiques de cette forme ; il sera donc possible de le voir, de lui parler, de le nourrir, ou même de le tuer. C’est pour cette vulnérabilité que les djinns ne restent que peu de temps sous une telle forme. L’imam lbn Kathir, mort en 1373, rapporte dans son Tafsir que les Arabes suivaient un rituel d’autorisation lorsqu’ils campaient ou habitaient dans un lieu. Ils demandaient la protection du chef des djinns, et ces derniers en général accablaient les hommes par la peur et la folie. Les djinns et les hommes se redoutent mutuellement. La tradition folklorique leur donne une omniprésence dans notre monde par cette capacité à modifier leur apparence physique pour accompagner certains vivants — dans certains endroits ou en prenant la forme humaine dans certains cas. C’est dans le recueil des contes des Mille et Une Nuits, qui n’est attribué à aucun auteur, et dont les premières apparitions remontent au Xe Siècle qu’apparaissent certains fantômes. Les soixante-dix manuscrits qui constituent l’œuvre sont séparés en deux branches : l’égyptienne et la syrienne. Chacune a été largement empreinte des influences des cultures indienne et persane antérieures aux influences arabes de l’ouvrage. Bien que je n’aie jamais eu la chance de me plonger dans ces mystères, il semble que l’ensemble possède une allure envoûtante et magique, aussi considéré comme marginal et populaire. Sans certitude, des spécialistes ont relevé des indices qui feraient remonter l’œuvre jusqu’au IIIe siècle, ce qui en ferait l’une des plus vieilles œuvres mentionnant la présence de fantômes parmi nous. La crainte du pouvoir exercé spirituellement par ces fantômes ou ces djinns renvoie à un profond respect de la part de la communauté arabe, et spécifiquement maghrébine pour les djinns. Il serait inconcevable dans ces pays de voir des émissions comme La soirée de l’étrange se moquer impunément du royaume des morts, et donc des djinns. Je n’ai malheureusement jamais eu la chance de pouvoir me rendre dans ces étendues désertiques qui abritent des lieux intimement habités. Il y a pourtant deux lieux dans lesquels je désirerais enquêter. J’ai appris leur existence par un témoignage envoyé il y a quelques années sur ma messagerie. Le premier se situe dans le sud du Maroc, dans les ruines du château de Mirleft, sur la route côtière entre Tiznit et Sidi lfni. Le second n’est autre que la forteresse de la vallée de I’Ounila, une immense structure qui domine l’oued Imaren.


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