Magazine


©
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 29/06/2015

LES LIVRES À LIRE

Père manquant, fils manqué

Guy Corneau
J'ai Lu

L'homme sauvage et l'enfant

Robert Bly
Éditions du Seuil - Librairie La Martinière
Magazine » Air du temps

Des hommes authentiques

Des hommes se retrouvent entre eux. Ils en ressortent plus nobles que jamais. Un nouveau masculin fort, mais aussi sensible et sacré, semble émerger massivement.

Etats-Unis, 1984. Bill Kauth, psychothérapeute, rassemble ses amis Rich Tosi et Ron Hering. Il a une idée derrière la tête. Alors qu’il était l’un des rares hommes au milieu d’un congrès sur le féminin, il fut touché par la richesse des échanges entre les participantes. Prise de conscience impérieuse : il faudrait que les hommes se rassemblent aussi de manière authentique. Les 3 compères lancent l’Aventure Initiatique du Nouveau Guerrier, qui deviendra le Mankind Project. 30 ans plus tard, le projet a accueilli plus de 60 000 hommes de tous les continents. « Nous créons un espace sécure afin que les hommes puissent ouvrir leur cœur », explique Bill Kauth.

Et ils ne sont pas les seuls. Canada, 1991. Guy Corneau, auteur de Père manquant, fils manqué, fonde le Réseau Hommes Québec. La formule s’étendra vite à l’Europe francophone. « Je voulais créer un lieu de parole pour les hommes de cœurs, capables d’avoir une intelligence, une sexualité, mais aussi une sensibilité », expose le psychanalyste jungien. Plus de 10 000 hommes y participeront. Que se passe-t-il ? « C’est incroyable à quel point les hommes sont en train de bouger à l’heure actuelle ! Nous faisons face à l’émergence d’hommes d’un nouveau genre qui, sans perdre leur masculinité, s’ouvrent à leur sensibilité. Et dieu sait si l’humanité en a besoin ! », s’enthousiasme Jacques Lucas, animateur de stages pour hommes.


Sortir des clichés


« Sois un homme ! »… Ca veut dire quoi ? Pour beaucoup cela implique d’être fort, résistant, voir dur. Il s’agirait de ne pas pleurer, ne pas montrer ses émotions ni sa vulnérabilité. Souvent l’on pense des hommes qu’ils ont pour mission de protéger leur famille, de défendre le territoire, d’aller travailler, de gagner de l’argent, de réussir socialement. « Les modèles masculins sont majoritairement axés sur le pouvoir et l’insensibilité. Il faut sortir de ces images stéréotypées. Trop d’hommes ne s’y reconnaissent pas vraiment », signale Guy Corneau. Hodgson Boysen, directeur de la communication du Mankind Project USA, tombe le masque lors de son week-end d’initiation du Nouveau Guerrier. Surprise. « J’ai appris très tôt qu’il valait mieux être ce qu’on attendait de moi plutôt que d’être moi-même. Là, j’ai pu voir très concrètement que c’est okay d’être l’homme que je suis. Je suis ni bizarroïde, ni mauvais, et j’ai plein de choses singulières à amener au monde », appui-t-il. Témoignage au combien récurent chez les hommes interrogés.

Et ne vous y trompez-pas : il n’est nulle question pour ces hommes d’abandonner leurs qualités masculines. C’est juste qu’ils osent sortir des sentiers battus et être dans le coeur. « Quand un homme s’ouvre avec d’autres hommes la peur de l’homosexualité n’est jamais loin. Mais généralement une confiance s’installe rapidement. Et là nous nous apercevons de quoi ? Que nous ne perdons pas de notre masculinité à nous ouvrir à la communication, à l’expression de nos émotions, à la sensibilité. Au contraire, nous gagnons en présence, en justesse, en droiture… », signale Marc Silvestre, ancien président du Réseau Hommes Ile de France, issu des groupes de Guy Corneau.


Du brut au subtil


Retour d’un stage des Nouveaux Guerriers. Plusieurs voitures d’hommes s’arrêtent sur une aire d’autoroute. L’ambiance qui se dégage de ce groupe est gaillarde, vivante. Tout le monde se retourne sur leur passage. « Nous n’y pouvions rien, nous dégagions un tel champ d’énergie ! Pendant ces stages c’est la magnificence du masculin qui est réveillée. Tout le chemin ensuite va être de la stabiliser au quotidien », signale Cyrill Chantereau, co-leader au sein du Mankind Project International. Ces hommes sensibles semblent ne pas non plus hésiter à aller au charbon afin d’éveiller en eux de puissants courants de vie. « Dans les stages, le travail passe par le fait de regarder en face les blessures et les parts d’ombre. Ce n’est pas intellectuel, c’est une aventure viscérale, émotionnelle et très libératrice », indique Bill Kauth. Quête héroïque. D’une certaine manière, ces hommes descendent dans l’obscurité, l’inconnu. Ils se confrontent à eux-mêmes pour ensuite renaitre. « J’ai vu tellement de guérison se produire dans les groupes de parole d’hommes ! », souligne Guy Corneau.

Et cette magnificence réveillée semble chercher à s’ouvrir sur des dimensions plus vastes que la petite personnalité de chacun. « C’est comme un travail de réduction de l’égo. Au bout d’un moment, l’envie de se connecter au monde en étant pleinement présent se manifeste naturellement. Et bien que nous ne les recherchons pas, d’étranges phénomènes de synchronicités, de résonnances télépathiques peuvent apparaître », observe Bill Kauth. Ainsi, ces hommes affineraient leur rapport au monde. « Nous créons un champ vibratoire puissant qui semble nous ouvrir sur d’autres niveaux de conscience. Nous pouvons alors avoir parfois accès à des informations surprenantes », témoigne Cyrill Chantereau. « Je pense que malgré un certain manque de repères et de transmission dans nos sociétés occidentales, nous sommes en train de retrouver le chemin vers un masculin sacré », soutien Jacques Lucas.


Changement de paradigme


La différence se ferait sentir. Suite à la création des groupes, Guy Corneau reçoit régulièrement des lettres de femmes témoignant de combien leurs hommes ont changés. « Elles se retrouvent avec un homme qui écoute et parle différemment. Ca change les relations et au passage, ça se ressent dans la chambre à coucher. Plus de sensibilité, c’est généralement une sexualité plus attentive et habitée », complète Marc Silvestre. Qu’en est-il des célibataires ? Bill Kauth témoigne qu’après un certain temps, nombreux sont ceux qui font une rencontre « d’une authenticité qu’ils ne pensaient pas possible avant ».

En toile de fond, c’est un véritable changement de paradigme que ces hommes pourraient être en train d’activer. « Ca va plus loin que juste se transformer soi-même. Tous ces hommes travaillent aussi sur leurs lignées et d’une certaine manière sur les structures archétypales du masculin. Ca modifie la donne au niveau collectif. Souvent dans mes conférences, je commence par parler aux femmes. Je m’excuse pour les 5000 ans d’abus que nous leur avons infligé. Ce n’était pas juste et je me suis engagé à arrêter cela », partage Bill Kauth. Jacques Lucas et bien d’autres tiennent les mêmes propos. « C’est une chose de parler d’égalité des sexes. C’en est une autre que de faire le dur travail émotionnel de lâcher nos privilèges masculins », pointe Hodgson Boyesen. « Notre société patriarcales a des effets écologiques désastreux. Notre transformation en tant qu’homme peut avoir des répercussions globales », signale Marc Silvestre.


NOS SUGGESTIONSArticles