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© Pierre Jean-Louis
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PUBLIÉ LE 28/02/2017
Magazine » Enquêtes

Super-héros :
la science à l'épreuve...

Les super-héros nous font rêver et baignent nos œuvres culturelles depuis plusieurs décennies. Comment expliquer cette fascination et où prend-elle sa source ?

La question de l’évolution est depuis longtemps au cœur de la fascination qu’exercent les capacités psi et elle a pris un tour singulier dans les années 1960 avec le thème de la mutation et du risque nucléaire. Si l’on prend l’exemple emblématique des X Men - super-héros aux pouvoirs de télépathie, de « magnétisme », de psychokinèse, d’invisibilité, etc. – ils sont nés au début des années 1960 de l’imagination du scénariste Stan Lee (également créateur de Spiderman) dans le contexte d’une contreculture américaine largement influencée par l’hindouisme et les promesses d’accomplissement liées à la pratique du yoga, de la méditation et des arts martiaux. Dans un essai intitulé Mutants and Mystics : Science Fiction, Superhero Comics and the Paranormal, l’universitaire Jeffrey Kripal prend comme moment fondateur une conférence donnée par l’écrivain britannique Aldous Huxley en 1960 à l’université de Californie sur le thème des « potentialités humaines ». Fasciné par le Vedanta hindouiste, puis le Tantrisme, Huxley voyait dans les spiritualités orientales des voies de libération et de réalisation là où au contraire les Eglises chrétiennes en particulier s’étaient de longue date détourné de la mystique et privilégiaient une certaine soumission pour accéder au salut, le tout dans un contexte de culpabilisation de la sexualité. C’est pourquoi Huxley a influencé deux jeunes diplômés de l’université Stanford, Michael Murphy et Richard Price, qui ont fondé en 1962 l’institut Esalen à Big Sur en Californie, devenu un haut-lieu de la pensée alternative pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur étant certainement le rapprochement fécond entre science, psychologie et spiritualité promu par des chercheurs tels que Gregory Bateson, Abraham Maslow ou encore Stanislav Grof.

Une source d’imagination sans limite

Le pire étant un joyeux mélange des genres qui a culminé dans le psychédélisme débridé des années 1970. Pour Michael Murphy en tout cas, la notion d’état modifié de conscience et la conception d’un cerveau « filtre » d’une conscience étendue comme un champ subtil d’information - selon un modèle défendu dès la fin du siècle précédent par des figures telles que William James, Frederic Myers ou le philosophe Henri Bergson – ont constitué l’essence même des recherches menées à l’Institut Esalen depuis cinq décennies. Le thème de la mutation et des potentialités humaines a fasciné donc bien avant les années 1960, mais ce contexte singulier a été marqué par une ouverture à l’Orient à cause d’un rejet du modèle de consommation.

Un autre personnage Marvel l’incarne « merveilleusement », c’est le Dr Strange. Son destin tient du « bûcher des vanités », roman qui sera publié quelques années plus tard, mais le personnage est créé par Stan Lee et Steve Ditko dans un contexte clair de fascination pour l’Orient puisque l’initiateur et le rédempteur du Dr Strange sera un vieux maître tibétain. Rendu incapable d’opérer à la suite d’un accident de voiture, un neurochirurgien cynique et prétentieux est fini, mais sa quête le mènera au Tibet où il sera initié aux arts occultes, et en particulier au voyage astral. Le Dr Strange pratique abondamment la sortie hors du corps pour évoluer dans des univers parallèles où se nouent et se dénouent les intrigues. Avec les moyens du cinéma d’animation contemporain, il était tentant pour les scénaristes du film d’appuyer les effets de la BD. La possibilité de sortir du corps et d’évoluer dans des mondes parallèles est une source d’imagination sans limite.

Le voyage astral est une réalité pour ceux qui le vivent...

Les réalisateurs du film se sont donc adjoint les services d’un scientifique pour les conseiller sur le réalisme ou la plausibilité de certaines notions. Gravitation quantique, multivers, dimensions, etc., Adam Franck, astrophysicien, a également briefé les scénaristes sur le « problème difficile » de la conscience et son lien possible avec la physique quantique. « Cela a beaucoup intrigué les fondateurs de la physique quantique, écrit Laurent Sacco dans un article de Futura Sciences, car la seule chose qui semblait finalement se passer dans une expérience pour obtenir un résultat physique défini est la prise de conscience par un observateur. John von Neumann et Eugène Wigner sont donc allés jusqu'à proposer que ce soit effectivement cette prise de conscience par un observateur, donc l'influence de l'esprit en dernière analyse, qui provoquerait l'apparition d'un résultat physique bien défini. » Le fait que des réalités alternatives puissent être créées par notre esprit est du pain béni pour la science fiction qui en a largement usé, et au plan cinématographique Dr Strange paie un tribut mérité à Matrix ou Inception. Reste que le voyage astral est une réalité pour ceux qui le vivent, et que la physique considère sérieusement l’existence d’univers ou de mondes parallèles.


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