Aron Ralston est cet américain de 27 ans qui s’était coincé la main sous
un rocher alors qu’il effectuait une randonnée, seul, dans le centre de l’Utah,
en avril 2003. Retour sur une vision qui lui a sauvé la vie.
Tombé au fond d’un canyon, la main écrasée
sous un rocher d’une demi tonne, ne disposant
au moment de sa chute que d’un litre d’eau
et de deux burritos, Aron sait pertinemment
qu’il n’y a aucun espoir que des secours parviennent
à le localiser. Avec une énergie décuplée, il va tenter
sans succès de soulever le bloc de pierre, puis il
entreprend de le tailler à l’aide d’un petit couteau. Ses
efforts donnent des résultats dérisoires, et Aron glisse
lentement dans une forme de stupeur : il va mourir
là ! Les heures, puis les jours s’égrainent, il s’affaiblit,
bientôt il n’a plus d’eau. Son esprit devient incapable
de se concentrer, il voit des formes :
« Je commence par
voir mes amis, mais ils sont transparents, des fantômes
qui habitent temporairement le canyon avec moi ».
Puis les hallucinations deviennent plus intenses. Parfois,
elles l’emportent totalement, il se voit sortir du canyon
par une porte apparue dans la paroi, arriver dans une
maison et y retrouver ses amis :
« Cet exil mental est un
lieu plus abstrait que ma conscience habituelle, mais ce
n’est pas non plus un univers de rêve. Je ne sais comment,
mais mon corps reste dans le canyon tout en voyageant
vers d’autres univers. » Cela fait près de 4 jours qu’il est
coincé quand Aron vit cette expérience dans laquelle
il a le sentiment de passer plusieurs minutes hors de
son corps. C’est durant cette journée qu’il se résigne
à l’idée qu’il ne survivra pas à une 5e nuit. Il lâche
prise, cesse de lutter, et réalise que l’idée de mourir ne
le révolte plus :
« Je ressens un sentiment de légèreté qui
approche du bonheur parfait ». C’est dans cet état qu’il
glisse dans une nouvelle hallucination :
« Les couleurs
explosent dans ma tête, je traverse les parois du canyon.
Cette fois, je suis seul et j’entre dans un petit salon. Un
petit garçon blond de trois ans habillé d’un polo rouge
arrive, traverse en courant un parquet illuminé de soleil.
Je sais que je suis dans ma future maison. Par la même
intuition, je sais que cet enfant est le mien. Je me penche
pour le prendre avec mon bras gauche, me servant de
mon bras droit sans main pour le balancer et nous rions
ensemble quand je le passe sur mes épaules. Cette action
tranche curieusement avec mes rêves précédents ; avant,
j’étais comme envoûté et je ne pouvais pas interagir
avec les autres. Maintenant je participe à l’action (…)
Soudain, la vision disparaît. Me voilà de retour dans le
canyon, les échos de ce moment joyeux résonnent encore
dans ma tête. Mais je suis rassuré, mon subconscient me
dit que je survivrai à cet emprisonnement. (…) Cette
certitude, ce petit garçon bouleversent mes perspectives. »
La certitude de survivre est subitement d’une telle
intensité qu’Aron va y puiser la force, après 127 heures
de captivité, totalement épuisé et déshydraté, de
se couper le bras ; c’est grâce à cela qu’il est en vie
aujourd’hui. Depuis 2010 Aron est papa d’un petit
Léo.