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PUBLIÉ LE 14/06/2016

A RETROUVER DANS

Inexploré n°31

Réincarnation, existe-t-il une vie avant la vie ?

LE LIVRE À LIRE

Le Secret des immortels

Serge Augier
Editions de la Martinière
Magazine » Entretiens

Transformer le monde
avec les cycles taoïstes

Si un doux vent nouveau souffle sur le monde, celui-ci
semble parfois englué dans une tornade poussiéreuse
et ravageuse. Comment le taoïsme, par sa vision
des cycles et des influences, peut-il nous aider à décrypter
ce qui se joue actuellement au sein de la société ?
Discussion avec Serge Augier, héritier de la tradition.

Selon la vision taoïste, deux polarités s’expriment dans chaque aspect de la vie et de l’univers : le yin – qui représente l’obscurité, la fraîcheur, le féminin – et le yang – qui représente le soleil, la luminosité, la chaleur, le masculin. En plus de cela, tout est connecté à cinq éléments : l’eau, le bois, le feu, la terre, le métal, qui ont aussi leurs propres influences. Chaque personne, mais aussi chaque objet, peut ainsi être analysé par rapport à son environnement. Ainsi, un arbre ou un immeuble peuvent être comparés à une personne. Pour que l’ensemble soit encore plus ancré dans la nature, ces influences ont été mises en relation avec des branches terrestres, les douze animaux du zodiaque qu’on peut connaître dans l’horoscope chinois populaire. Ainsi, chaque heure, chaque journée ou chaque année sera liée à une branche terrestre et pourra être comparée à une personne. De ce fait, le taoïsme peut facilement interpréter ce que nous vivons puisque toute chose possède un symbolisme multiple, qui est ensuite lié à une composante temporelle. Par exemple, certains peuvent être plutôt feu ou plutôt bois, et une personne qui sera née en été aura encore davantage de feu et pourra donc être encline à s’énerver plus facilement.


Aujourd’hui, on sent la société à bout de souffle... Comment le taoïsme peut-il décrypter ce fait ?

Il existe soixante types d’années différents selon ces influences. Lorsqu’on met ces années dans un « grand cycle », cela forme neuf « périodes » de 20 ans. Un cycle humain est déterminé sur trois grands cycles (soit 180 ans). Lorsqu’on arrive à la fin d’une période, il y a un essoufflement de l’énergie générale mais aussi un essoufflement des espoirs, ce qui crée des états d’énervement et de vives tensions. Aujourd’hui, nous vivons la fin d’un grand cycle, qui durera jusqu’à 2043, et nous sommes en plein milieu de la période 8, soit dans un moment de grande fatigue et de grande fragilité.


Quel sens peut-on donner à cette époque ?

C’est une époque où les êtres humains évoluent, dans un sens ou dans un autre. Ça peut être un réveil, ou ça peut être l’ultime de ce qu’on est en train de vivre la… Si on le compare au rythme de notre vie humaine, on dit que nous avons des cycles de 6 à 8 ans. Si pendant 6 à 8 ans, vous avez eu une vie exemplaire, sportive, ouverte, honnête, vous vous transformez et vous allez vers l’idéal de vous-même. Si pendant 6 à 8 ans, vous faites n’importe quoi, en quelques mois, on va dire : « Tiens, il a pris un sacré coup de vieux ! » Simplement parce que vous payez le cycle que vous venez de mal gérer. Ça, c’est à l’image de l’être humain. Eh bien, il en va de même pour les systèmes des grands cycles de l’humanité. Si, entre maintenant et 2024, date d’entrée dans la période 9, on ne fait pas tous un effort pour être responsables, pour se rendre compte qu’il ne faut pas accuser les autres mais qu’il faut travailler sur soi, être plus compatissants, réussir à nous mettre d’accord pour aller dans le même sens, la prochaine période, la dernière du grand cycle actuel, risque d’être une période de violents conflits, ou du moins de tensions extrêmes, en comparaison desquels ceux d’aujourd’hui ne sont rien.


À quels exemples historiques pourrait-on comparer cette période ?

Si on prend des comparaisons historiques : 1863, on est en pleine guerre civile Nord-Sud aux États-Unis. Il y a aussi un autre moment où on est en fin de période basse, c’est en 1914… Alors, oui, on peut toujours trouver des dates clés partout, mais là, ce sont quand même des guerres importantes ! Il n’y en a pas tant que ça… Autre exemple : dans la dernière autre période fragile, qui est la période 5, nous sommes en 1944.


C’est une époque où les êtres humains évoluent...

Comment envisager sereinement le présent, alors ?

Nous avons besoin d’une prise de conscience globale, ce n’est plus possible autrement. On va devoir accepter de travailler ensemble. Le chacun pour soi ou dans son coin, c’est terminé... Si on sait déjà qu’on vit tous dans le même bateau, maintenant on est obligés de l’accepter et de trouver des solutions pour naviguer. Les gens voient bien que la crise des migrants les touche, par exemple, mais désormais, ça ne suffit plus, il faut faire quelque chose !


Pourtant, on baigne dans un sentiment paradoxal : à titre individuel, quand nous vivons une prise de conscience, nous pouvons entrer dans une transformation personnelle. Du point du vue sociétal, on a parfois l’impression que c’est impossible.

Parce que le problème, et c’est un concept taoïste très ancien, c’est que le changement ou l’évolution de la société peut arriver uniquement par une évolution unitaire des personnes. Si vous regardez les groupes les plus violents, ils vont amener quelque chose d’éphémère qui va repartir en cycle, et ils vont revenir avec cette même violence un peu plus tard. En revanche, quand on se rend compte que ça ne va pas, on est obligé de travailler sur soi et de prendre ses propres responsabilités, de changer ses actions quotidiennes pour changer sa manière de travailler, de s’alimenter, de s’organiser ou de se comporter avec les autres, rien ne sert d’être violent. Si je veux qu’on s’occupe de moi, eh bien je dois aussi mieux m’occuper des autres. Incendier une voiture est une réaction d’enfant : lorsqu’il n’est pas content, il fait pipi dans sa culotte quand il est tout petit, il casse un truc ou vole dans le portefeuille de sa mère un peu plus tard, mais ça ne peut pas fonctionner longtemps car ça ne s’arrête jamais... A l’inverse, ceux qui sont face à de tels comportements doivent aussi apprendre à écouter, à se remettre en question, on ne peut pas juste se tirer dans les pattes !


On ne peut pas se battre contre une émotion qui est déjà là...

Donc le vrai changement, ce sont tous les efforts qui ne se voient pas, finalement...

Oui ! Comme à titre personnel : on ne peut pas se battre contre une émotion qui est déjà là. Elle est la ! Pour ne plus souffrir, il faut l’observer, se servir du sens de l’humour et la transcender en travaillant sur cette émotion négative pour qu’elle ne se représente plus. Mais quand elle se représente quand même, il faut juste se détendre : « Je me suis fait avoir ! » On ne peut rien faire contre, essayer de supprimer une colère qui est là, c’est idiot, mais le fait de ne rien faire et d’attendre la prochaine, c’est idiot aussi, surtout si j’ai compris que je pouvais la transcender.


Pourtant, si on parle de lumière, on accepte aussi une certaine forme d’ombre ?

Bien sûr, mais la lumière veut éclairer l’obscurité, elle ne veut pas la détruire. Saint Michel, avec sa lance, ne transperce pas le dragon, il le domine, il le terrasse, il le ramène à la terre, mais il ne veut pas le détruire. C’est ça, l’idée ! Le problème d’aujourd’hui, c’est que cette fin de cycle nous amène dans un affaiblissement général, et quand on se sent faible, c’est le syndrome du petit chien, on s’énerve, on a peur et on « gueule » de plus en plus fort ! On perd le sens des responsabilités, c’est-adire que quoi qu’il arrive, on trouve un fautif… Avant, quand on marchait dans la rue et qu’on tombait en se prenant les pieds dans le trottoir, on disait : « Zut, je ne fais pas attention ! » Maintenant, on accuse le maire, la chaussée ou ceux qui ont fait les trottoirs.


À vous entendre, j’ai l’impression qu’on est en train d’épurer un karma collectif...

Il faut que les gens développent plus de vitalité...

C’est exactement ça ! Maintenant, les responsables politiques doivent faire des efforts en amenant les changements possibles, mais les gens qui observent une société et une économie fatiguée doivent aussi accepter de travailler différemment et de faire des efforts pour aller dans un sens nouveau... Il nous faut renoncer à des choses pour avancer dans le monde. On voit bien qu’on ne peut plus faire comme avant... A l’époque, les gens naissaient riches ou pauvres. Il n’y avait pas d’ascenseur social. Aujourd’hui, l’argent vient de l’autre, tout est basé sur les échanges commerciaux, même a de petits niveaux, donc on va être obligé d’apprendre à produire dans le monde, pour le besoin de quelqu’un d’autre qui, lui-même, produira pour nous. On va être obligé, de plus en plus, d’être responsable de son propre travail, et il y aura de plus en plus de gens qui seront coiffeurs, fleuristes, plombiers… Des entrepreneurs qui savent et aiment faire ça comme ça, et qui feront plusieurs trucs !


Comment le tao peut-il nous aider à vivre ces évolutions ?

Il y a une vraie solution pour que les prochains cycles se passent bien, il faut que les gens développent plus de vitalité, il faut qu’ils se sentent forts, qu’ils travaillent sur leur souffle, leurs émotions, leur esprit, qu’ils soient capables d’être centrés ! Quand on se sent plus fort, on n’a pas peur, et si on n’a pas peur, on n’est pas déresponsabilisé, on est capable d’assumer et d’aller de l’avant. Donc il suffit d’avoir plus de vitalité… C’est l’explication taoïste la plus pure : si on a suffisamment d’énergie, une abondance de vitalité, il est plus facile de vivre le présent !


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