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© Guillaume Valadeau
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PUBLIÉ LE 14/12/2015
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Bienvenue douleur !

Pilar Sordo
Editions Payot & Rivages
Magazine » Bonnes feuilles

La volonté
d'être heureux

Le bonheur est souvent présenté comme un hasard,
Et s'il était en fait un choix à réaffirmer au quotidien ?
Dans son livre "Bienvenue douleur !",
Pilar Sordo nous enseigne avec simplicité l'art de surmonter
les épreuves et de tirer de nos malheurs la force de vivre.

La force de volonté est celle qui permet de « polir » l’âme face aux difficultés, ce qui nous permet de valoriser le fruit d’un travail bien fait et de comprendre que ce qui s’apprécie vraiment dans la vie est ce qui nous a coûté le plus d’efforts.
Faute d’avoir assimilé ce concept fondamental, nous sommes en train de construire une société qui fonctionne avec des boutons, dans laquelle le mécanisme « on/off » nous montre combien tout est rapide et facile, dans laquelle nous préférons les escalators aux escaliers, les ascenseurs plutôt que de monter à pied, dans laquelle nous voulons que nos voitures soient garées à côté du lieu où nous allons, dans laquelle si nous allons au restaurant nous nous sentons obligés de manger tout le pain de la corbeille parce qu’il est compris dans l’addition, mais sans même nous demander si c’est sain ou non. Cela montre que nous n’avons pas encore assimilé dans nos têtes ce mécanisme à travers lequel on arrive à faire des choses par volonté et non parce que « c’est comme ça » ou parce que « je dois le faire ».
Actuellement, les écrans (le « Dieu écran » comme je l’ai appelé) ont envahi nos maisons, nos chambres et nos vies émotionnelles, ce qui ne serait pas grave si nous étions vraiment conscients que les allumer ou non dépend de l’exercice de notre volonté et non du hasard. Aujourd’hui, ironiquement, ces écrans (ceux des télévisions, des ordinateurs, des téléphones portables et des tablettes) sont de plus en plus légers et leur esthétique est de plus en plus attrayante, ils se rient presque de nous qui sommes chaque jour plus massifs, plus obèses et plus sédentaires.
Un autre bon exemple de notre insuffisance de force de volonté apparaît sans aucun doute dans le changement du rôle éducatif des parents qui, pour éviter le conflit et la souffrance des enfants, leur font plaisir en tout : ils leur demandent ce qu’ils veulent manger et les couvrent d’un tas de choses qui, à la longue, laissent leur âme insatisfaite, produisant des enfants au caractère faible, qui n’ont plus de tolérance à la frustration, sont impatients, ont une énorme capacité à s’ennuyer et parant, une faible capacité à créer, qui sont en permanence insatisfaits de tout avec une pauvre ou nulle disposition à remercier.
Les parents qui sont à leur place sont des parents disposés à payer le prix d’être désagréables dans l’éducation de la volonté, des parent qui « râpent et polissent l’âme de leurs enfants » chaque fois que c’est nécessaire, parce qu’ils ont la certitude que c’est dans l’éducation de la discipline que réside le secret pour que leurs enfants soient demain les meilleures personnes qu’ils puissent être.

La force de volonté est celle qui permet de "polir" l’âme face aux difficultés...

Il y a beaucoup plus d’exemples de la perte de conscience de la volonté que ceux que je viens de mentionner ; l’un de ceux qui m’émeut peut-être le plus, et que j’aime beaucoup rappeler, est le fait prendre conscience que nous devons recommencer à imprimer ou à faire développer les photographies, comme nous le faisions autrefois. La plupart de nos parents et de nos grands-parents ont perdu le droit d’avoir des photos dans leur maison à cause de l’égoïsme de notre génération. Les photos que les personnes âgées ont chez elles sont en noir et blanc, et datent des années quatre-vingt-dix. C’est lié au fait qu’elles attendent que leurs enfants leur offrent ou leur apportent des tirages afin de pouvoir les voir, car beaucoup de nos aînés ne sont pas amis avec le « Dieu écran » et ont du mal à visionner autant d’images accumulées dans un petit appareil.
Lors du pèlerinage que j’ai fait dans mon pays après le tremblement de terre et le raz-de-marée, la seule chose que me demandaient les gens, c’était de les aider à retrouver des photographies, parce que c’était les seules traces qui leur donnaient l’impression que la vie continuait, ayant perdu tout le reste. A la mine de San José, après l’accident qui a enseveli trente-trois mineurs sous terre, c’était pareil : pour les familles de victimes, il était moins angoissant d’avoir la photo du mari ou du fils que de regarder la terre et sentir qu’ils étaient sept cents mètres plus bas.
Aujourd’hui, toutes nos photos sont enregistrées sur des appareils qui peuvent s’égarer, être volés, hackés ou simplement ne plus fonctionner ; et si tel est le cas, nous allons perdre notre histoire. De plus, très souvent, nous rangeons les photos dans des dossiers que nous appelons par exemple « été 2012 » et où nous incluons plus de six cents photographies. Six cents photographies ! Quelle famille va s’asseoir pour regarder six cents photos, alors qu’avant nous étions contents d’en posséder trente-six, et que nous n’en avions pas besoin de plus ?
Il y a des gens qui ont enregistré de la musique sur différents supports et même s’ils marchaient jusqu’en Alaska, ils ne parviendraient pas à écouter toutes ces chansons. Je ne suis pas en train de vous dire par là que c’était mieux avant, je crois au contraire que la technologie apporte des choses merveilleuses auxquelles nous n’aurions jamais pensé et qui sont de vrais cadeaux ;

Que nous restions les maîtres des machines et non l’inverse...

je dis simplement que nous devrions réfléchir à l’usage que nous en faisons, pour que nous restions les maîtres des machines et non l’inverse, comme c’est le cas actuellement et qui nous ramène au concept de force de volonté que nous venons de décrire.
Cette question de la volonté comporte aussi un autre aspect que je ne veux pas laisser de côté et qui est en relation avec la tendance que nous avons à construire des systèmes sociaux chaque fois plus centrés sur les droits, mais avec une piètre conscience des devoirs. Je considère merveilleux qu’il y ait une conscience des droits dans tous les domaines, car elle nous rend plus dignes et nous protège contre les abus et les excès de pouvoir. Cependant, puisque tout excès est mauvais, je crois qu’aujourd’hui personne ne parle plus de devoirs, ce qui nous conduit à évoluer dans une société dont nous sommes tous responsables et où nous avons tous les exigences, mais, à la longue, très peu de générosité. Comme je le disais, seule la volonté nous pousse à nous prendre en main, nous permet de ne pas devenir des assistés et nous amène d’abord à nous demande « Que puis-je faire ? » et non « Qu’obtiendrai-je en échange de ce que je fais ? ».


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