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PUBLIÉ LE 19/11/2019
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Les 4 sagesses indiennes

Caroline Frisou
Magazine » Bonnes feuilles

Chaque rencontre est un trésor

Depuis des millénaires en Inde, 4 sagesses sont transmises oralement de génération en génération et aident chacun à vivre en conscience. Découvrez dans cet extrait du nouveau livre de Caroline Frisou quelques lignes à propos de la première leçon de sagesse : chaque rencontre compte et porte son lot d’apprentissage.

Sagesse n°1 : Quiconque vous rencontrez est la bonne personne


Cette première sagesse signifie que chaque individu qui entre dans notre vie y participe pour une raison singulière. Aucune relation ne peut donc être a priori qualifiée d’insignifiante, qu’elle soit éphémère ou qu’elle semble superficielle. Oui, chaque rencontre sur notre route jouera un rôle dans notre existence : si certaines personnes nous apprennent quelque chose sur la vie ou sur nous-même, d’autres nous tendront la main au moment opportun ou nous feront avancer sur notre chemin.

À première vue, cette philosophie peut sembler surprenante, notamment pour les Occidentaux. En effet, si cette sagesse indienne présente la relation à l’autre – quelle qu’en soit sa nature – comme un cadeau à découvrir, les sociétés contemporaines dites « évoluées » ont plutôt tendance à favoriser l’individualisme, la compétition ou le repli sur soi et les siens. L’autre est ainsi plus facilement assimilé à un rival, une gêne, voire un « intrus », à éviter plutôt qu’à un présent caché. En témoignent chaque jour la concurrence qui fait rage au sein de certaines entreprises pour décrocher « le » poste de rêve, ou bien la survalorisation de l’ego avec les réseaux sociaux ou encore les crispations éprouvées face à une personne que l’on juge différente dans son apparence ou sa manière d’être.

Ainsi, au lieu d’être conscient de ce que l’autre peut potentiellement apporter, nous développons une tendance naturelle à le considérer à travers le prisme de notre ego et de la loi du plus fort. C’est ainsi que naissent le manque d’attention, la méfiance et le désintéressement envers notre prochain, que celui-ci soit un parfait inconnu croisé dans le métro ou un membre de notre propre famille que nous avons pris l’habitude de négliger.

Il est essentiel de garder à l’esprit que toute rencontre aura un impact, une utilité ou un sens propre se révélant dans l’instant ou au fil du temps.

Heureusement, cette manière de fonctionner n’est pas une vérité absolue et dépend également d’autres facteurs, comme la dimension du lieu où nous avons grandi (village, ville, grande ville…), celui où nous vivons actuellement, et aussi de critères personnels relatifs à notre famille, aux valeurs qui y ont été inculquées ou à notre sensibilité propre. Notre rapport aux autres peut être favorisé si nous avons évolué dans une famille très soudée ou que nous avons été sensibilisés à l’importance d’accueillir avec bienveillance les rencontres se présentant à nous. Cette faculté s’avère d’ailleurs essentielle : comment apprécier ce que l’autre peut nous apporter si nous sommes à la base incapable de le considérer comme notre égal et de nous à lui un minimum ?


Imposés ou choisis, les autres nous sont indispensables


En dépit des valeurs sociétales, il existe une réalité biologique indéniable : l'homme (au sens générique du terme) est « un animal social » comme le soulignait Aristote. Autrement dit, au-delà de nos désirs et de notre identité singulière, le rapport à autrui fait partie intégrante de notre existence, nous imprègne et nous façonne. En effet, nous possédons en tant qu'être humain des « neurones miroirs », permettant d'entrer instinctivement en sympathie avec l'autre c'est-à-dire en imitant ses propos, ses gestes, en décryptant ses émotions ou en les ressentant à notre tour.

Du premier sourire à notre mère lorsque nous étions bébé au premier regard adressé à celui ou celle dont nous tombons amoureux, en passant par les rires entre amis ou les échanges avec des inconnus, nous nouons perpétuellement des liens avec nos semblables. Et de notre naissance à notre dernier souffle, chaque être qu'il nous sera donné de croiser laissera une empreinte de forme et de profondeur variable dans notre esprit. Si certaines rencontres sont clairement identifiables, d'autres auront des contours flous qui s'estomperont au fil du temps. Mais il faut savoir que notre mémoire aura purement et simplement gommé la grande majorité d'entre elles. Les souvenirs de ces rencontres se résumeront parfois à l'effluve d'un parfum, à l'ombre d'une silhouette ou au timbre d'une voix mais pourront être, le cas échéant, plus spécifique. Il est bien entendu difficile, voire impossible de se souvenir de chaque visage. Et pour cause, il est estimé que nous rencontrons en moyenne près de quatre-vingt mille individus au cours de notre vie ! Qu'adviendrait-il maintenant si nous considérions que chacun d'entre eux croise potentiellement notre chemin pour une bonne raison ? Comment aborderions-nous l'autre si nous acceptions ce simple fait que tout individu présent sur notre route est susceptible de nourrir une part de nous, que cela soit en nous aidant, en nous apprenant quelque chose ou en nous guidant sur notre chemin de vie ?

Peut-être ferions-nous preuve de plus d'attention, de considération, et d'écoute envers l'autre. Sans doute même que notre propre comportement en serait impacté. Sous son apparente simplicité, cette première sagesse offre en réalité la possibilité de réinventer en profondeur les relations que nous entretenons et celles que nous nouerons à l'avenir. Qu'il s'agisse de liens forts, durables, de connexions éphémères ou d'intensité moindre, nos rapports aux autres peuvent se métamorphoser en une véritable source de richesse. Il sera plus facile d'accueillir l'autre avec bien veillance, sans jugement, plutôt que de pointer inconsciemment tout ce qui nous différencie et pourrait nous éloigner.

Considérons chaque individu croisé sur notre route comme une source d’apprentissage ou de bonté

Si l'on considère que toute personne partageant un jour notre chemin nous transmet quelque chose, nous nous donnons la possibilité d'évacuer les poisons émotionnels passés, présents ou futurs tels que le ressentiment, la colère, la jalousie, la tristesse ou la haine. Sans faire preuve d'un angélisme béat ou d'une quelconque naïveté envers son prochain, cette première sagesse nous exhorte à épouser une perception humble, pacifiée, inclusive et empreinte de gratitude des rapports humains. Toute rencontre vient en effet toucher quelque chose d'intime : émotions, croyances, désirs ou valeurs. En ce sens, l'autre peut être assimilé à un miroir nous offrant l'opportunité de nous reconnecter à notre unicité, de l'écouter, de la comprendre et de la faire évoluer si nous en éprouvons l'envie ou le besoin.

De manière schématique, les milliers de rencontres que nous faisons tout au long de notre vie se répartissent en deux grandes catégories : celles dont nous aurons l'impression qu'elles nous sont « imposées » - parfois pour le meilleur, parfois à notre grand regret ! -, et celles que nous aurons au contraire la sensation de choisir librement. Ainsi, nous connaîtrons des êtres dont la présence nous semble naturelle, agréable, indispensable même, à notre quotidien. À l'inverse, nous côtoierons, même brièvement, des personnes dont nous ne nous sentirons pas proches ou éveillant en nous des sentiments d'indifférence, de gêne, d'agacement voire d'animosité. En conséquence, les liens que nous tissons avec les autres nous marqueront de manière différente en faisant naître des émotions spécifiques, contradictoires parfois. Si nous pouvons ainsi nous remémorer avec douceur certains amis d'enfance ou notre maîtresse d'école préférée, il sera plus délicat de repenser à une personne dont le souvenir est lié à une souffrance.

Sur un plan simplement « humain », il serait naturel de ne vouloir rencontrer sur notre chemin que des personnes avec lesquelles nous serions sur la même longueur d'onde, voire en osmose ! Ainsi, nous voyons rarement un intérêt aux liens que la vie nous contraint à supporter et qui ne présentent à première vue aucun sens. Pourtant, il y a toujours une raison pour laquelle un individu croise un jour notre route. En clair, quoi que ce dernier nous apporte, il a sa place à tenir dans notre existence. Le lien qui nous unira pourra, selon sa nature, nous aider, nous enseigner quelque chose, ou résonner à un niveau plus spirituel en nous guidant ou en nous réalignant sur notre chemin de vie. (…)

Un extrait tiré du livre de Caroline Frisou, Les 4 sagesses indiennes, éditions Leduc., 2019.


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