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PUBLIÉ LE 04/05/2018

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Inexploré n°38

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Les 7 étapes d’un voyage initiatique

Hasards, rencontres, signes en tous genres… Le voyage est un incroyable accélérateur de vie qui possède une dimension initiatique. La métaphore de notre existence ? Un voyageur parmi les voyageurs nous guide à travers les arcanes majeures de cette expérience.

ÉTAPE 1


Transcender la peur

En 15 jours de voyage, il nous arrive plus d’aventures que durant tout le reste de l’année. Logique : le voyage est, par excellence, une plongée dans l’inconnu. Or, s’il est bien une chose que notre cerveau reptilien déteste, c’est l’inconnu. Pour lui : inconnu = danger. D’où le réflexe conditionné de peur qu’il déclenche alors. Mais si tous les lieux sacrés sont défendus par des « gardiens du seuil » (gargouilles et monstres divers), ce n’est pas un hasard. Pour accéder à sa dimension spirituelle, l’homme, à l’image de Saint-Michel, doit terrasser en lui le dragon : vaincre sa peur. Peur qu’il « arrive quelque chose » ou peur de l’autre, cet inconnu qui n’est pas moi. Pourtant, si en voyage, quelques drames et agressions surviennent parfois, ils représentent statistiquement un pourcentage infinitésimal par rapport aux deux milliards d’individus sillonnant aujourd’hui la planète. Ayant passé sa vie sur les routes du monde, André Brugiroux raconte (1) qu’en 50 ans de pérégrinations, il ne s’est fait agresser que trois fois (petits vols), mais qu’il a été plus de cent fois tiré d’un mauvais pas par son frère humain… Outre l’enrichissement qu’offre ce saut effectué hors de nos habitudes, le voyage propose à ses adeptes un sympathique bonus. Ce qui nous marque le plus dans l’existence : les premières fois. Or, en voyage, on vit des premières fois dix fois par jour, mais encore faut-il oser aller vers l’inconnu !


ÉTAPE 2


Expérimenter l’effet miroir

Psychologie contemporaine, rapprochement de la science et de la spiritualité, nous sommes entrés dans une époque de notre évolution où le fait d’être cocréateurs de nos existences n’apparaît plus comme une hypothèse fantaisiste. Ce que nous vivons ? C’est ce que nous projetons dans le monde. Or, en voyage, où « les possibles » sont démultipliés par rapport à nos vies quotidiennes bien réglées, cet « effet miroir » prend toute sa puissance, nous rappelant que ce ne sont pas les événements qui comptent, mais la façon dont nous y réagissons. Impossible ainsi d’oublier la leçon donnée par ces deux couples qui, s’étant connus sur le vol qui les emportait en voyage de noces, connurent des destins très… différents l’un de l’autre. Arrivés à Kuala Lumpur pour découvrir qu’une grève des bagagistes les privait de leurs effets, ils ne se retrouvèrent qu’à l’arrivée de leurs bagages… trois jours plus tard. Entretemps, le premier couple s’était rendu au marché de nuit pour acheter quelques t-shirts et y avait rencontré un messager leur conseillant un îlot désert paradisiaque. Seul problème : il fallait prendre un billet non remboursable, départ deux jours plus tard. Bref : faire confiance. Ce qu’ils firent, pour y vivre « les meilleurs moments de notre vie ! ». Le second couple, lui, se déchira à peine sorti de l’aéroport. En colère, ils quittèrent le restaurant où ils dînaient en coup de vent, y oubliant sacoche, passeports et argent. Quand ils retrouvèrent le premier couple pour récupérer leurs bagages, ce fut pour annoncer qu’ils se faisaient rapatrier et envisageaient de… divorcer !


ÉTAPE 3


Se laisser guider

En cet instant de paix intérieure, vous réalisez soudain tout le miracle que constitue la sensation d’être un fragment d’univers conscient.

Les deux premiers livres écrits sur notre planète furent deux récits de voyage : L’épopée de Gilgamesh puis L’Odyssée. Deux récits initiatiques où le voyage est une métaphore de notre chemin de vie. Dans L’Odyssée, les dieux, prenant l’apparence d’un inconnu, interviennent constamment dans le destin des héros en leur soufflant conseils et informations. Dans L’usage du monde, Nicolas Bouvier, prince des écrivains-voyageurs, évoque à plusieurs reprises ces agents du destin qui orientent le cheminement de ceux qui leur prêtent l’oreille. Chaque famille possède sa propre mythologie. La mienne est centrée sur le voyage ! Parmi les tous premiers à déposer notre liste de mariage dans une agence de voyage, entraînant par la suite nos enfants autour du monde (2), nous n’avons cessé de croiser des messagers. Depuis le banal commerçant qui, apercevant nos palmes, nous conseille un spot de plongée, en passant par ce voyageur croisé dans un bouiboui qui nous fit échanger notre billet d’avion à la dernière seconde en nous confiant l’adresse secrète d’un petit paradis. Pour arriver à cette journée critique où, à trois jours du départ, trois personnes différentes (serveur, rickshaw, touriste) prononcèrent la même phrase : « N’allez pas au Cachemire ! ». Cachemire où trois jours plus tard, à Srinagar, un attentat à la bombe fit 24 morts dans l’aéroport. Dont acte, comme disent les juristes.


ÉTAPE 4


Écouter le langage du monde

C’est par ces termes que, dans l’Alchimiste, Paolo Coelho désigne l’ensemble des signes, coïncidences et autres synchronicités que la vie envoie pour nous guider. Ayant animé pendant plusieurs années une émission de radio où je recevais de grands voyageurs, je prenais un malin plaisir à leur demander si, au cours de leur expédition, quelques coups de pouce du destin n’étaient pas intervenus pour les aider. Tous, de Jean-Louis Étienne à Bernard Ollivier (3) avaient chaque fois dix exemples de « micro-miracles » à avancer. Pour quelle raison ? Sans doute parce que « l’univers tout entier conspire à la réussite de celui qui accomplit sa légende personnelle », exprimait si bien l’écrivain brésilien. Intéressant puisque l’on commence aujourd’hui à avancer que les manifestations du destin n’auraient rien de miraculeux mais seraient la conséquence de l’interaction inconsciente de notre esprit focalisé sur une idée forte avec le monde et son champ d’information quantique... Il n’en reste pas moins décoiffant de croiser son voisin à l’autre bout du monde ! Statistiquement plus qu’improbable et pourtant si fréquent que les Anglais en ont tiré un proverbe : « It’s a small world ». Et comment expliquer qu’arrivant à Saint-Pétersbourg face à un groupe d’immeubles comprenant des centaines d’appartements, André Brugiroux, dans l’obscurité totale, choisisse la cage d’escalier où résonnait un bruit, gravisse deux étages, frappe à une porte qu’il « sentait bien » et tombe précisément sur les personnes qui l’attendaient ?


ÉTAPE 5


Oser lâcher prise

En voyage, l’esprit libéré, nous pouvons nous appliquer à être simplement présents au monde.

Des années durant, avec Sandra, mon épouse, nous avons appelé cela les « fausses mauvaises nouvelles ». Notre réveil, réglé à quatre heures du matin pour gravir les 5 400 marches du pélerinage de l’Adam’s Peak au Sri Lanka, ne s’est pas déclenché... Partis avec trois heures de retard, nous croisons les voyageurs partis à temps, trempés et désabusés : rien à voir là-haut à cause de la météo. Quand nous y parvenons enfin, le soleil perce et jette son premier rayon sur l’empreinte de pied du Bouddha : magie absolue ! Quelques années plus tôt, issus de deux religions différentes et ayant souhaité donner à notre mariage une dimension spirituelle, la nouvelle que ni le rabbin ni le prêtre n’acceptent de nous unir nous abat. Fausse mauvaise nouvelle ! Durant notre voyage de noces, à Khajuraho, en Inde, site « chargé », jalonné de temples extraordinaires, hasards incroyables et synchronicités s’enchaînent. Le matin, une femme a passé un collier de fleurs autour du cou de Sandra en lui annonçant qu’elle se marierait le jour même. Me voyant arriver, elle me désigne, me passe un collier puis disparaît. Sans rien demander. Le soir, sous une pleine lune hollywoodienne, je décide de visiter les temples de nuit. Un mendiant nous prend en main et nous conduit (avant de disparaître à son tour) dans l’unique temple en activité où un prêtre nous fait asseoir et conduit toute une cérémonie, alors que le site est officiellement fermé ! Pétales de fleurs, riz, tika sur le front… Nous apprendrons quelques jours plus tard, qu’en cette fête de Shiva, une fois par an, nous avons été… mariés ! Parce que la vie, dans son grand mystère, sait mieux que nous ce qu’il nous faut (et comment y parvenir), nous devons toujours accepter ce qui est, et lui faire confiance. Tel est l’authentique lâcher-prise.


ÉTAPE 6


Vivre ici et maintenant

L’un des bénéfices les plus considérables offert par le voyage est que l’on peut accéder à ce que les sages du monde entier affirment être le secret du bonheur : la capacité à vivre ici et maintenant. Autant, dans la vie quotidienne, factures et problèmes nourrissent un discours intérieur incessant et nous empêchent de vivre la magie de l’instant présent, autant, en voyage, l’esprit libéré, nous pouvons nous appliquer à être simplement présents au monde. Raison pour laquelle, en voyage, on se sent si heureux et tellement plus… vivant ! Nul miracle là encore, puisque la dualité sur laquelle repose l’univers (yin et yang, positif-négatif, masculin-féminin) vaut pour toute chose, et pour notre posture mentale, entre autres, sous ses deux formes : comment puis-je me projeter dans le monde (l’intention, yang) et comment suis-je à son écoute (l’attention, yin) ? En Occident, nous sommes presque toujours dans l’intention : désirant, analysant, planifiant... En voyage, lâchant enfin prise, nous prenons le temps de regarder, écouter, admirer, rééquilibrant en nous les deux forces fondamentales jusqu’à, parfois, vivre des moments parfaits qu’évoquent tous les voyageurs : face à un coucher de soleil en brousse, vous voici soudain envahi par un bonheur et une gratitude infinis qui illuminent chaque recoin de votre être, sans aucune raison. Simplement parce qu’en cet instant de paix intérieure, vous réalisez soudain tout le miracle que constitue la sensation d’être un fragment d’univers conscient.


ÉTAPE 7


Rencontrer son âme

Je ne parlerais certes pas de ce dernier sujet s’il ne m’avait été donné de vérifier là encore, lorsque je recevais à la radio de grands voyageurs, que j’étais loin d’être le seul à l’avoir vécu. De même que tous mes invités avaient, chacun, accumulé divers « miracles » et « rencontres providentielles » pour accomplir leur légende personnelle, de même, à la question : « Êtes-vous déjà arrivé dans un lieu inconnu pour y ressentir l’étrange impression d’être “chez vous ?” », nombreux furent ceux qui abondèrent dans ce sens. C’est d’ailleurs cette multiplication d’événements, situations et ressentis identiques vécus par les grands voyageurs qui me poussèrent à rédiger une petite philosophie du voyage(4). Personnellement, par deux fois (mon métier de journaliste me poussant à voyager quelque peu), j’eus l’impression de rentrer « à la maison ». Une première fois au coeur de la campagne iranienne en « tombant » sur l’unique communauté qui, lorsque Cyrus libéra les Juifs de Babylone, décida de rester sur place pour honorer le tombeau de la reine Esther. Une seconde fois, au Bénin, arrivant sous les hourras des gamins dans un village lacustre, je fus saisi d’une émotion indescriptible, ayant soudainement la sensation de rentrer à la maison. Un peu plus tard, notre délégation ayant été reçue en grande pompe par le roi coutumier du pays, on vint m’extraire du rang des Blancs pour me faire gagner un fauteuil vacant, situé à trois places de celui du roi, sans qu’aucune explication ne me soit jamais donnée. Ce jour-là, précisément, je fêtais mes 50 ans… Voilà aussi, finalement, ce que le voyage nous invite à revisiter : les mystères et les profondeurs de notre âme !


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