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PUBLIÉ LE 26/11/2018

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Inexploré Hors-Série n°7

Histoires et lieux extraordinaires de France
Magazine » Enquêtes

Allan Kardec
L'invention du spiritisme

Le Français Allan Kardec (1804-1869) reste dans l’Histoire comme le « codificateur du spiritisme ». Ses adeptes ont beau affirmer qu’il s’agirait d’une science ou d’une philosophie, l’épanouissement que connaît le spiritisme dans le monde, en particulier au Brésil, montre que le mouvement est devenu une véritable religion.

Quand Hippolyte Rivail se penche sur le phénomène des « tables tournantes » en 1854, il a déjà 50 ans et une activité bien établie d’enseignant et d’auteur de livres scolaires. Il se passionne cependant depuis sa jeunesse pour les faits inexpliqués concernant notamment le « somnambulisme magnétique ». Des amis, dont un éditeur, vont lui demander de faire le tri dans cette somme d’informations, pour en produire un livre grand public. L’ironie est que ses publications précédentes sont des livres destinés à « débarrasser la jeunesse des multiples superstitions qui polluent les esprits juvéniles et malléables ».

« Ta mission est là »


Après avoir accepté, presque à contrecœur, il se laisse entraîner par un ami à sa première séance d’écriture médiumnique et d’invocation ou évocation d’« esprits ». Il en sort troublé et va rapidement se laisser convaincre : « Ce fut là que, pour la première fois, je fus témoin du phénomène des tables tournantes et cela dans des conditions telles que le doute ne m’était plus permis.» Il s’adonne alors régulièrement et avec passion à ces séances quand, au cours de l’une d’elles, un esprit lui révèle : « Nous vivions tous deux ensemble il y a bien longtemps dans les Gaules. Nous étions amis, tu étais druide et t’appelais alors Allan Kardec. » C’est son ange gardien Zéphir qui lui fait cette révélation et qui lui enjoindra plus tard, en avril 1856, de réaliser sa mission de vie : « Il n’y aura plus de religion et il en faudra une, mais vraie, grande, belle et digne du Créateur… Les premiers fondements en sont déjà posés. Toi, Rivail, ta mission est là. » Ses échanges soutenus avec l’invisible lui apprennent qu’il existerait une hiérarchie des esprits. Les « grands » esprits vont lui fournir la matière de son premier opus spirite : Le livre des esprits, qui paraît le 18 avril 1857. C’est un succès immédiat et colossal, le premier d’une série de cinq livres, véritable Pentateuque du spiritisme : Le livre des médiums (1861) ; L’Évangile selon le spiritisme (1864) ; Le ciel et l’enfer (1865) ; La Genèse selon le spiritisme (1868). Le spiritisme, nom adapté du « spiritualisme » américain, s’attire bien vite les foudres à la fois des autorités religieuses et des milieux scientifiques rationalistes. Pourtant, quelques grandes figures de la vie intellectuelle de l’époque lui donneront ses lettres de noblesse : Victor Hugo, Camille Flammarion, le physicien William Crookes, Arthur Conan Doyle ou encore le philosophe Henri Bergson.

Un mouvement humaniste


Ses échanges soutenus avec l’invisible lui apprennent qu’il existerait une hiérarchie des esprits.

La doctrine spirite distingue trois parties en l’homme : le corps physique, l’esprit ou âme (à la fois personnalité, intelligence, conscience, volonté…) et le périsprit. Ce dernier principe est l’énergie qui, animant le corps, pourrait être utilisée par l’esprit (immortel) après la mort pour se manifester aux vivants dans le cadre de la médiumnité. Les esprits, en effet, ne poursuivent qu’un seul but : que l’homme prenne conscience de sa véritable nature pour se réaliser et participe à la transformation progressive de l’humanité. Le spiritisme est également, dès l’origine, un mouvement humaniste qui prend position en faveur du progrès social, du vote des femmes, de l’abolition de l’esclavage, du désarmement, et qui se prononce contre la peine de mort. Se défendant d’être un prophète, Kardec a tout de même inscrit la révélation spirite dans le prolongement de celles de Moïse et de Jésus Christ. En 1917, le Vatican interdit cependant aux catholiques de participer à des séances spirites. Le mouvement atteint pourtant son apogée en Europe en 1925 lors d’un congrès présidé par Arthur Conan Doyle, avant de connaître un déclin rapide sous la pression rationaliste et l’essor de la psychiatrie et de la psychanalyse.
Aujourd’hui, quelques milliers d’adeptes, en France, continuent à se dire spirites et certains poursuivent des expérimentations surprenantes, comme au sein de l’IFRES(1), qui produit des images pour le moins troublantes grâce à une technologie qui serait soufflée par l’au-delà…


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