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PUBLIÉ LE 04/06/2018
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
Magazine » Bonnes feuilles

Ces animaux qui nous parlent

Pour Pénélope Bonnaud, le processus de deuil ne devrait pas être réservé qu’à l’égard d’autres êtres humains. Souvent considéré comme d’une importance moindre dans notre société, le deuil envers nos animaux a pourtant une importance capitale...

Très souvent incompris des autres, le deuil de l'animal plonge la personne dans une profonde solitude. Ce que j’entends régulièrement est « Je ne peux pas en parler au travail, ni même en famille, personne ne comprendrait pourquoi je pleure, on me dirait d'en acheter un autre, que ce n'était qu'un animal ». Étant donné la place que les animaux occupent à nos côtés, l'empreinte qu'ils laissent sur nos vies est devenue considérable. Ainsi, de toute évidence, il serait important de reconsidérer le deuil de l'animal dans notre société.

L'animal est entré dans nos maisons et dans nos cœurs et y a distillé son amour inconditionnel durant des années. Devenu notre meilleur ami, notre confident, parfois même notre enfant en se substituant à celui que l'on n'a pas eu, il est presque, pour ne pas dire il est devenu, une partie indissociable de nous. Mais un jour, tout s'arrête, parfois brutalement. C'est alors tout un monde qui s’écroule autour de nous, nous laissant orphelin face à ses jouets, sa laisse, son panier et toutes ses années de vie durant lesquelles nous avons partagé nos tristesses, nos angoisses, nos doutes et nos peurs qu'il a su apaiser, mais aussi nos joies et nos moments de bonheur. C'est, ainsi qu'il emporte aussi avec lui une partie de notre histoire. Nous avons alors l'impression de nous noyer dans un océan impossible à traverser : le deuil.

En effet, cette vie qui s'arrête est une page qui se tourne dans notre cœur, mais aussi dans notre histoire. C'est alors que nous nous rendons compte que nous étions aussi dépendants d'eux qu'ils l'étaient de nous, voire parfois plus... Il est ainsi normal de pleurer son son chat, son chien, son lapin... Certaines personnes me confient même parfois qu'elles voulaient rejoindre leur animal de l'autre côté tant la douleur était insupportable (car nous pouvons les retrouver de l'autre côté - de plus en plus de médiums qui communiquent avec les défunts humains voient leurs animaux à leurs côtés - mais cela ne peut en aucun cas se passer de cette façon-là). Et ce déchirement n'est pas entendu clans la société. Le soutien des proches et de l'entourage lorsqu'un humain décède n'entoure absolument pas la mort de l'animal.

Cependant, certains vétérinaires commencent à prendre conscience qu'il faut prendre des gants après les réactions violentes de leurs clients face à l'annonce d'un mauvais diagnostic. En effet, la perte d'un chien ou d'un chat par exemple peut causer des dégâts considérables chez certaines personnes. Car, outre les aimer plus que tout, ils ont aussi un rôle d'ancrage affectif et de repère. Ce sont nos « béquilles ». La force de leur amour peut nous donner la force de vivre et leur présence, une raison de vivre. On peut imaginer ce que représente la perte de son animal pour une personne âgée qui a déjà perdu son époux ou son épouse, et qui n'a pas ou peu de contacts avec ses enfants.

Le deuil de l'animal est en général très lourd à porter. De perdre un être qui ne nous a jamais voulu de mal et qui nous a donné tant d'amour avec confiance et innocence ne peut que paraître injuste. Mais il faut essayer de se dire que nous avons eu de la chance de croiser leur chemin et leur dire merci de nous avoir choisi. Il faudrait garder à l'esprit qu'ils ne sont pas venus pour nous faire souffrir, mais, comme ils disent, pour nous éveiller en nous aidant à aller mieux, et essayer d'aller mieux serait un bel hommage à leur passage à nos côtés. Je conseille souvent de planter un arbre avec une intention d'hommage après les avoir perdus. Je le fais pour chaque chien qui me quitte. Parfois des années après, parfois une semaine après, cela dépend des arbres dans les jardineries. J'attends toujours de trouver le bon. Je le plante alors en pensant au chien que j'ai perdu et à tout le bonheur que nous avons connu ensemble, et surtout je lui dis merci. Ainsi Lanson, Oscar, Pepinton et bien d'autres ont leur olivier attitré !

Cependant, avec tous les animaux que j'ai perdus, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas un deuil pareil à un autre. Selon notre relation, les choses que l'on a vécues avec lui, les circonstances de sa mort, son âge aussi entre en considération, notre douleur sera à chaque fois différente. La douleur peut être aiguë avec des crises de larmes, parfois sans larme, car plus profonde et plus grave, ou plus sourde, carrément sans émotion, c'est ce que l'on appelle l'état de sidération. Il y a des deuils qui durent des années, d'autres que l'on accepte assez facilement, mais certains peuvent aussi être bloqués dans notre inconscient. On croit alors qu'ils sont faits alors que nous sommes encore dans le déni. Pour ma part, j'avais poussé certains dénis encore plus loin, allant jusqu'à nier inconsciemment l'existence de certains animaux auprès de moi tant la douleur de la prise de conscience de leur perte aurait été forte. « Je passe à autre chose, c'est du passé, on n'en parle plus, on n'y pense plus. Rien de tout ça n'a existé. » C'est ce que l'on appelle « mettre un mouchoir dessus », et c'est ce qu'il y a de pire, car nous empêchons nos émotions de s'exprimer... Mais comme je le dis souvent, nous faisons du mieux que nous pouvons.


Extrait du livre de Pénélope Bonnaud, Ces animaux qui nous parlent : les incroyables messages de nos compagnons de vie, First éditions, 2018.


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