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PUBLIÉ LE 06/02/2017
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Foutez-vous la paix !

Fabrice Midal
Editions Flammarion - Aubier - Climats - Arthaud
Magazine » Bonnes feuilles

Cessez d'obéir,
vous êtes intelligent !

Et si le grand problème actuel était que la plupart des injonctions qui nous sont assénées pour nous calmer ne font que nous mettre une pression plus grande ? Dans son dernier ouvrage, Fabrice Midal nous invite à lâcher-prise... Extrait !

J’étais enfant, nous étions en vacances, en famille, dans le sud de la France. Sur la plage, mes parents nous avaient inscrits, ma soeur et moi, à un concours de châteaux de sable. Nous disposions d’une heure, je me suis attelé à la construction d’un vrai château, avec ses donjons et ses ponts-levis. Je n’ai pas réussi à en terminer la moitié. Ma soeur, elle, avait choisi de sculpter une coccinelle et, pour qu’elle soit parfaite, elle l’avait ponctuée de confiture de fraise – elle en avait rapporté un pot de la maison. Elle avait gagné le premier prix, et ma déception était énorme. Non pas parce qu’elle avait gagné, mais parce que j’estimais qu’elle n’avait pas respecté la consigne. Les organisateurs du concours, eux, avaient récompensé sa créativité et évidemment son savoir-faire. Sa coccinelle, je l’admets, était une réussite. Cette anecdote me revient à l’esprit à chaque fois que je suis pris par la tentation de suivre aveuglément, à la lettre, une règle dans laquelle je finis par m’enferrer. Une règle qui m’est édictée ou, plus souvent encore, une règle que je m’impose à moi-même, que je nomme une habitude et dont je me rends inutilement prisonnier. Je crois bien faire, mais je manque d’une claire vision de la situation. Ce que je fais est absurde… Obéir semble souvent la solution facile et un gage de prudence puisqu’ainsi nous ne nous écartons pas du chemin tracé par d’autres. Nous n’avons plus peur de nous tromper : en suivant la consigne à la lettre, nous sommes sûrs de « bien faire ». Sans même en prendre conscience, nous nous livrons à un acte de servitude. Nous râlons parfois un peu, mais nous nous exécutons quand même…

Étienne de La Boétie, rendu célèbre par son amitié avec Montaigne, a écrit en 1549, très jeune, un livre inouï, De la servitude volontaire. Ce texte prodigieux a été « oublié » pendant des siècles avant d’être réhabilité en partie par Gandhi, l’apôtre de la non-violence. La Boétie y pose une question surprenante : pourquoi les hommes renoncent-ils si facilement à leur liberté pour obéir à un autre ? L’une des raisons, dit-il, est notre peur de perdre la parcelle de pouvoir que nous déte- nons, aussi minime soit-elle. Et il a cette formule qui n’a malheureusement rien perdu de sa fulgurance : « Le tyran tyrannise grâce à une cascade de tyranneaux, tyrannisés sans doute mais tyrannisant à leur tour. »
Les courtisans que nous restons anticipent les ordres et ne veulent surtout pas soulever de vagues. Ils se brident, servent le maître (ou le courant majoritaire) et anticipent même ses désirs – parce qu’ils en tirent profit, au moins celui d’être transparents, de se fondre dans la masse. Ils obéissent parce qu’ils ne veulent pas prendre de risques ni avoir d’emmerdes. Ils acceptent la censure et s’autocensurent. Ils sont persuadés qu’il n’existe pas, pour eux ni pour la société, d’autre solution que la servitude, l’abdication, l’imitation. Ils en sont arrivés à oublier leur profond désir de dire non face à l’absurdité de certains ordres… Pourtant, nous sentons bien qu’obéir sans discuter, sans comprendre pourquoi, voire sans être d’accord, nous étouffe, nous éteint, empêche l’intelligence que nous portons en nous d’éclore. Nous avons envie de dire non, mais quelque chose nous retient. Une éducation, un formatage. Depuis sa naissance, le petit humain est incité à rentrer dans un moule au lieu de prendre le risque d’assumer sa propre liberté. À l’école, il apprend à appliquer des règles toutes faites, il est bombardé des connaissances nécessaires pour le rendre disponible sur le marché du travail. On ne nons, aussi minime soit-elle. Et il a cette formule qui n’a malheureusement rien perdu de sa fulgurance : « Le tyran tyrannise grâce à une cascade de tyranneaux, tyrannisés sans doute mais tyrannisant à leur tour. »

Nous avons envie de dire non, mais quelque chose nous retient...

Les courtisans que nous restons anticipent les ordres et ne veulent surtout pas soulever de vagues. Ils se brident, servent le maître (ou le courant majoritaire) et anticipent même ses désirs – parce qu’ils en tirent profit, au moins celui d’être transparents, de se fondre dans la masse. Ils obéissent parce qu’ils ne veulent pas prendre de risques ni avoir d’emmerdes. Ils acceptent la censure et s’autocensurent. Ils sont persuadés qu’il n’existe pas, pour eux ni pour la société, d’autre solution que la servitude, l’abdication, l’imitation. Ils en sont arrivés à oublier leur profond désir de dire non face à l’absurdité de certains ordres… Pourtant, nous sentons bien qu’obéir sans discuter, sans comprendre pourquoi, voire sans être d’accord, nous étouffe, nous éteint, empêche l’intelligence que nous portons en nous d’éclore. Nous avons envie de dire non, mais quelque chose nous retient. Une éducation, un formatage. Depuis sa naissance, le petit humain est incité à rentrer dans un moule au lieu de prendre le risque d’assumer sa propre liberté. À l’école, il apprend à appliquer des règles toutes faites, il est bombardé des connaissances nécessaires pour le rendre disponible sur le marché du travail. On ne lui enseigne ni à réfléchir ni à être humain, mais à reproduire à l’identique, durant les contrôles et les examens, des connaissances qu’il a apprises par coeur. Notre éducation fait abstraction du monde chaotique d’aujourd’hui et de demain où chacun sera un jour amené à changer de métier ou de lieu de vie, à évoluer très rapidement au sein de sa profession pour s’adapter à la vitesse de notre XXIe siècle. Une époque où il aura alors surtout besoin d’avoir l’intelligence des situations pour penser par lui-même, pour questionner, pour lire, non pour obéir à des règles qui seront très vite dépassées. Pour se débrouiller dans la vie. Au lieu de formater les gens à un état donné de la société, nous devrions leur apprendre à penser et à être libres ! Cela serait à la fois plus humain, mais aussi plus efficace.
Nous confondons formation et formatage. Même un stage de trampoline pour enfants de quatre ans se transforme en « apprentissage de techniques » et en parcours sanctionné par une « évaluation des compétences ». Donc en lutte, en compétition, indépendamment de la dimension du plaisir et de l’épanouissement qui ne sont plus qu’accessoires. Peu importe l’épanouissement de l’individu : il apparaît comme une demande narcissique, seule compte une comptabilité aveugle. Nous sommes comme le petit garçon que j’étais sur la plage : nous croyons bien faire, mais nous construisons les conditions de notre échec. Nous ne savons plus prendre de la hauteur et voir plus grand que le cadre dans lequel nous sommes enfermés, dans lequel nous nous enfermons. Pourtant, ce cadre n’est pas fermé ! Les règles sont beaucoup moins rigides qu’on ne le croit. Bien sûr, il est parfois risqué de sortir du cadre pour emprunter un chemin nouveau. Pourtant, si l’on y pense bien, nous faisons tous l’expérience de situations où nous nous découvrons des ressources insoupçonnées, un savoir dont nous ignorions que nous le possédions. Nous nous révélons alors à nous-mêmes comme un chiot jeté pour la première fois à l’eau et qui découvre qu’il sait d’instinct flotter et même nager ! Des situations, y compris de la vie quotidienne, à première vue banales, mais où nous nous sommes transcendés. Où nous avons été géniaux parce que nous avons laissé s’exprimer cette intelligence qui ose. Ces situations-là, les grands scientifiques, les grands artistes en sont les témoins – et ils éclairent un phénomène que chacun d’entre nous peut développer. Einstein a révolutionné la physique le jour où il a décidé de passer outre les règles qui étaient celles de la science de son époque. Il a été présent à ce qui est, et non à ce qui était édicté comme tel. Par sa liberté, il a bouleversé la science. Newton, recevant une pomme sur la tête, a choisi de sortir du chemin tout tracé qu’il aurait pu suivre par commodité, comme quantité de scientifiques de son époque. Ce jour-là, libéré des règles, il a élaboré la loi de la gravitation universelle. Kandinsky, face à un tableau de Monet dont il ne reconnaît pas le sujet (une meule de foin), découvre le pouvoir de la peinture et se libère des contraintes et des schémas qu’il s’était lui-même imposés jusque-là.

Qu’ont fait Einstein ou Kandinsky que nous ne savons généralement plus faire ? Ils ont brisé le carcan, ils ont cessé d’obéir aux règles existantes et quelque chose est venu à eux, sans qu’ils l’aient forcément anticipé.
Ma grand-mère confectionnait le meilleur gâteau au fromage du monde. Mais quand je lui demandais la recette, elle me disait qu’elle prenait du fromage blanc, des oeufs, du sucre, de la farine… et parfois elle y ajoutait des raisins, des abricots ou d’autres fruits. Je croyais qu’elle faisait exprès de ne pas être plus précise. Mais non, elle inventait chaque fois sa manière de faire, selon son inspiration, et c’était toujours délicieux, parfois meilleur, parfois moins bon. C’est ce « moins bon » justement qui nous tétanise : nous sommes plus rassurés quand nous utilisons une balance de cuisine et suivons à la lettre une recette sans rien y modifier. Quitte à toujours nous répéter, quitte à ne jamais nous surprendre. Quitte à devenir une sorte de robot.
Vous voulez réussir un examen, un entretien, une présentation ? Commencez par vous foutre la paix. Libérez-vous des carcans qui vous emprison- nent sans même que vous vous en rendiez compte. Découvrez d’autres forces, d’autres atouts qui tiennent de la capacité d’inventer une réponse. Le candidat à un entretien d’embauche qui s’en tient à ce qu’il a prévu de dire, qui a répété son discours, sera déstabilisé quand on lui posera une question à laquelle il ne s’attend pas. Au lieu de faire preuve de la présence d’esprit nécessaire, il sera coincé dans ce qu’il a appris, dans les règles du comment « bien » faire qu’il cherchera à appliquer à la lettre. Dans son obsession de vouloir tout contrôler, il ne sera pas prêt à entrer dans la danse. Il va s’empêcher de donner le meilleur de lui-même. J’en ai moi-même fait l’expérience quand j’ai donné mes premières conférences. Je voulais tellement « bien faire » que je ne faisais que m’étouffer. Je multipliais les lectures, les notes, et je rédigeais un texte que je lisais. Tout le monde s’ennuyait, et moi le premier. J’obéissais à des règles que j’avais moi-même inventées. Un jour, j’ai fini par comprendre qu’il me fallait transgresser ces règles. Certes, je prépare toujours mes conférences, mais, à un moment, j’arrête d’y penser. La première fois que je me suis lancé, sans texte écrit mais avec juste quelques notes, j’ai eu l’impression d’un saut dans le vide. Et j’ai été surpris de l’intensité de l’expérience. Il se passait quelque chose que je n’avais pas prévu. Parce que j’avais commencé à me foutre la paix, à me faire confiance, mes conférences avaient enfin trouvé vie…

Il va s’empêcher de donner le meilleur de lui-même...

Je me suis souvent demandé pourquoi nous persistons à nous soumettre à des règles souvent absurdes, à des protocoles tatillons qui nous brident et nous empêchent d’avancer. Sans doute avons-nous l’impression qu’ils sont un rempart contre le chaos. C’est certainement vrai : je suis convaincu qu’on ne peut pas vivre sans règles. Et ce n’est pas en m’opposant systématiquement à toutes les règles que je serai créatif ou vivant ! Que de mouvements révolutionnaires ont créé des règles encore plus rigides que celles qu’ils prétendaient dénoncer ! Les casseurs qui noyautent les manifestations pensent être libres parce qu’ils s’attaquent aux règles avec violence, mais ils se trompent de servitude. Ils restent prisonniers de leurs propres schémas.

Beaucoup de règles sont nécessaires à la cohésion sociale, mais aussi à notre propre structuration. Il y a des horaires à respecter, des tâches à accomplir, un respect de soi et de l’autre qui doit être accepté par tous. La vraie question à se poser est de savoir lesquelles nous devons suivre : les avons-nous choisies ou non ? Les suivons-nous par peur de nous faire remarquer, de prendre un risque ou en toute conscience ?
J’insiste, car mon invitation à se foutre la paix ne consiste pas à faire n’importe quoi. Au contraire. C’est l’aveuglement à suivre certaines règles qui nous fait faire n’importe quoi. Je n’appelle pas à la sottise des casseurs, mais à l’intelligence qui existe en nous et qu’il nous faut juste apprendre à redécouvrir. Je n’appelle pas à l’anarchie, mais à la vie sans muselière.
Le footballeur qui place un but magique ne transgresse pas les règles du jeu qu’il connaît pleinement. Mais grâce à elles, il peut inventer sa manière de jouer. C’est là, précisément, ce qui fait tout le talent de certains. Ils sont suffisamment bons pour oser le geste inattendu. On a alors le sentiment qu’ils offrent tout…
Quand ma soeur et moi avions participé au concours de châteaux de sable, elle n’avait pas construit une maison en carton sous prétexte que le sable ne l’amusait pas ou la salirait ! Elle s’était pliée à la règle du jeu, mais elle l’avait interprétée avec son intelligence et sa créativité. Elle s’était libérée du carcan, mais ne s’était pas pour autant exclue du concours.
Oui, je suis ponctuel à mes rendez-vous, je paye mes impôts, je ne fraude pas dans le métro, je prépare mes interventions, et suivre ces règles-là me libère l’esprit. Je joue le jeu social avec ses conventions, mais je veille à ne pas devenir esclave de celles-ci, à ne pas les laisser me porter dans une routine qui m’empêcherait de vivre. Je réponds à ces règles, je m’y conforme, mais en essayant de ne pas tomber dans une servitude volontaire.
Je me fous la paix, c’est-à-dire que je m’autorise à un rapport complètement neuf, complètement vivant, aux règles et à la discipline. Je ne me plie pas à une règle parce que c’est une règle ; je l’intègre quand elle me rend plus libre. Sinon, j’essaie de la questionner.
La grande leçon de la méditation, c’est justement de découvrir les dons du présent qui nous permettent de répondre intelligemment à la situation. En ce sens, la méditation que je défends est une éthique : elle nous demande de savoir faire face à chaque situation et d’inventer un rapport juste à elle. De lâcher la pression des règles, de refuser la servitude volontaire qui favorise la tyrannie sous toutes ses formes.
J’ai personnellement souffert de la fréquentation de « maîtres de sagesse » qui se prétendaient aptes à dire ce que l’on devait faire. J’ai connu ces maîtres à une époque où je cherchais une voie vers la liberté. Certains m’avaient impressionné parce qu’ils étaient eux-mêmes fondamentalement libres. Mais j’ai bien été obligé de reconnaître que les groupes qu’ils avaient fondés ne vivaient pas cette liberté. Ils suivaient les règles du maître et retombaient dans une soumission volontaire, supportée au nom de discours spirituels enflammés qui leur faisaient croire être des sortes d’élus. J’ai vu graviter, autour de certains « maîtres », des « disciples » qui perdaient peu à peu le contrôle de leur vie. À force d’obéir, ils cessaient d’avoir confiance en leurs propres ressources. À chaque pas, ils demandaient conseil au « maître ». Lequel leur dictait la « conduite juste ». Ils avaient ainsi fini par annihiler leur propre intelligence. Tous ces maîtres n’étaient pas malfaisants, certains étaient généreux et justes, mais tous brisaient la liberté authentique. Nous ne pouvons pas apprendre à être, à aimer, à décider quoi que ce soit d’essentiel en nous en remettant au pouvoir d’un autre.

En un sens profond, personne ne peut donner de conseil à personne. Chaque être est différent. Chaque situation est unique. Et la nécessité de penser par soi-même nous incombe à tous. À Londres, pendant la Seconde Guerre mondiale, pendant les ravages du nazisme, Simone Weil, qui n’avait plus que quelques mois à vivre, ne cesse de penser aux conditions du renouveau. C’est là qu’elle écrit sa Note sur la suppression g.n.rale des partis politiques. Elle y compare l’appartenance à un parti et à une Église, deux exemples, dit-elle1, de soumission de l’intelligence et de la justice. Dans les deux cas, l’individu adhère à une pensée, ou à une croyance, sans en connaître tous les attendus, il se range à des affirmations établies d’avance, que parfois il ne connaît même pas. Il ne s’agit pas d’empêcher les individus de se regrouper, car le groupe est un enracinement salutaire où se déploient l’amitié et la solidarité, mais de protéger partout la liberté de l’esprit. Comme elle l’écrit : « Presque partout – et même souvent pour des problèmes techniques – l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’obligation de la pensée. C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée. Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques. En entrant dans un parti, tout individu est obligé d’adhérer à une ligne donnée – il n’a plus la possibilité de penser. Il ne lui est pas possible de dire : “Je suis d’accord sur tel et tel point ; mais n’ai pas étudié ses autres positions et je réserve entièrement mon opinion tant que je n’en aurai pas fait l’étude.” » C’est ce qui empêche nos sociétés d’être vraiment démocratiques…
La méditation, me dit-on, est en elle-même une technique avec des règles qui lui sont propres. Ne nous conduit-elle pas à abdiquer notre liberté ? En réalité, je compare les règles-cadres de la médita- tion à la ponctualité. Être à l’heure ne m’empêche pas d’être libre, au contraire : cela me libère du poids du retard qui encombrera mes pensées. Être à l’heure me permet de m’oublier pour être juste présent à ce qui se passe. Par leur simplicité, les règles de la méditation remplissent cette même fonction. Et leur force est d’être très simples. En quoi consistent-elles ?
La première règle est d’être présent à son souffle. C’est presque idiot, aurais-je envie de dire ! De toute manière, nous respirons sans avoir besoin de consignes quant à l’inspire et l’expire ! Et nous respirons d’autant mieux que nous n’y pensons pas, que nous ne nous torturons pas à appliquer « la » bonne méthode de « respiration consciente ». Être présent à la manière dont nous respirons naturellement, et non pas à travers un exercice artificiel, est le premier pas, un pas essentiel pour se resynchroniser avec la vie en soi. Pour redevenir un avec la vie. Là, vraiment, il n’y a rien de sorcier…

Être ouvert à tout ce qui est là, dans la situation...

Le deuxième pas, qui lui est concomitant, consiste à être ouvert à tout ce qui est là, dans la situation. Ici non plus, il n’y a pas à se forcer ni à obéir : de toute manière, j’entends, je vois, je sens, je pense. Il suffit donc de respirer, d’entendre, de voir, de sentir. D’être présent. La difficulté réside dans cette simplicité, tellement élémentaire que nous avons du mal à l’appréhender. Tellement élastique que nous sommes perplexes face à la liberté qui nous est donnée de la vivre, dans un rapport détendu avec elle, un rapport naturel qui n’est pas un carcan mais une expérience tangible. Je suis alors juste ouvert à ce qui est. La règle ici me permet de restreindre le champ de mon attention et d’être ainsi plus aisément présent. En m’introduisant à la pratique, Francisco Varela m’avait donné ce premier conseil, une image que je n’ai jamais oubliée : vous êtes dans un laboratoire, derrière un microscope ; observez avec curiosité tout ce qui se passe. Vous n’avez rien à réussir, juste à scruter. La règle, c’est le microscope. Une possibilité de poser notre attention. Je reste immobile, je suis présent à ma respiration. Mais ce qui importe, c’est ce à quoi tout cela m’ouvre, moment après moment. En ce sens, méditer est un acte radical : je me fous la paix et je me libère des règles qui surgissent en moi, en particulier de celles que je m’impose, la plupart du temps sans que personne ne me demande quoi que ce soit. Il ne s’agit pas d’un exercice, il n’y a ni défis ni instructions, il n’y a pas de réussite ni d’échec. Il n’y a que ce quart d’heure, cette demi-heure ou même parfois plus, pendant lesquels, au milieu de toutes les obligations du quotidien, je pars à l’aventure. Je cesse de vouloir méditer, je cesse d’obéir, je ne fais rien. L’ensemble de ma journée acquiert une nouvelle saveur…
Faire confiance à son intelligence est une expérience profonde à côté de laquelle nous passons trop souvent, en refusant d’accorder la moindre confiance à ce que nous ressentons. Méditer m’aide à réveiller ces antennes que j’ai en moi et qui ne demandent qu’à se déployer. Pour peu que j’accepte de ne pas savoir à l’avance ce qui va advenir, de m’ouvrir à l’imprévu et à l’intelligence qui jaillira en moi. Pour peu que je me foute la paix… Cet apprentissage-là n’est jamais définitif, parce qu’on se trompe sur la liberté : nous ne serons, quoi que l’on fasse, jamais ni tout à fait libres, ni tout à fait dans la servitude. Nous sommes tous sur le chemin de la liberté, et ce chemin-là est exaltant. C’est le chemin que je suis depuis des années.
Même si j’ai grandi, je reste parfois le petit garçon à qui l’on demandait de construire un château de sable et qui n’avait su construire qu’un château de sable…

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