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PUBLIÉ LE 03/03/2020

A RETROUVER DANS

Inexploré n°45

Sommes-nous tous reliés ?

LES LIVRES À LIRE

Se libérer du temps généalogique

Elizabeth Horowitz & Pascale Reynaud
Éditions Dervy
Magazine » Enquêtes

Se connecter à l’âme du monde

Rêver, consteller et canaliser bouscule notre conception du réel. En arrière-plan, une interrogation métaphysique : à quel « monde » se connecte-t-on ? Plus largement, peut-on choisir, dans nos vies, la fréquence sur laquelle nous nous branchons ?

« Quelque chose en moi a atteint l’endroit où le monde respire », poétisait le philosophe soufi Kabir. Aux confins des cultures et des disciplines, l’Âme du monde inspire et intrigue depuis l’aube de l’humanité – de l’antique sagesse grecque à la tradition arabo-musulmane, jusqu’à la psyché de Carl Gustav Jung. « L’Âme du monde, qui est notre intériorité la plus vaste, nous ouvre les chemins de traverse du grand univers », souligne le philosophe Mohammed Taleb dans Éloge de l’Âme du monde. Cheminons, de l’étoffe des rêves à la magie des constellations.


Une vie de rêve


Où nos rêves nous emmènent-ils ? La question donne le vertige. Alors que « le mental ment monumentalement » (dixit Prévert), le rêve, pure intelligence qui échappe au tamis du mental et des conditionnements, nous connecte avec l’infini des possibles. Rêves prémonitoires, rêves lucides et autres songes partagés se jouent du temps, de l’espace et des limitations de notre véhicule-corps. Une surréalité qui nous fait entrer en résonance avec un (in)conscient collectif. « Dans les modèles oniromythiques – biblique, antique, mais aussi traditionnel –, le monde d’où surgissent les rêves est invisible, surnaturel et extérieur au dormeur. Soit l’âme du rêveur rend visite à un être surnaturel, soit c’est ce dernier qui lui rend visite », partage le somnologue et psychologue Roland Pec. Depuis, le rêve a subi un désenchantement, davantage associé de nos jours à la neurophysiologie du sommeil qu’aux mondes qu’il nous ouvre. Si l’imagerie neurofonctionnelle semble être devenue la nouvelle « frontière » des chercheurs de rêves, elle ne révèle néanmoins pas le « pays des rêves » ! « Il est encore loin le temps où nous serons en mesure de filmer le rêve d’un dormeur. Tant mieux, car l’intimité se verrait offerte en pâture. Une intimité à ce point intime qu’elle échappe souvent à la conscience du rêveur lui-même », soutient Roland Pec.

Cette posture de pont entre les mondes qu’occupe le rêve, en mesure d’élargir notre conscience, se retrouve aussi dans le channeling, où les médiums sont des messagers entre l’incarnation et le subtil. Un monde subtil, à la portée de tous. « L’être incarné est un germe ayant pour source la lumière universelle. Ainsi, dans la graine originelle, tout est déjà présent – tout votre être est déjà manifesté, il n’y a qu’à le déployer. La graine porte la fibre universelle, la connaissance de l’Univers, la conscience », témoigne Pierre Lessard, qui canalise Maître Saint-Germain pour (nous) permettre de manifester « le maître en soi ». L’enjeu, là, est de retrouver la conscience de nos pouvoirs innés, « lesquels sont extraordinaires pour ceux qui ne les ont pas reconnus, mais naturels pour ceux qui savent reconnaître qu’ils sont une expression de l’univers entier ».


Sous influence de nos fantômes


Les approches transgénérationnelles (psychogénéalogie, constellations familiales) témoignent de manière « extraordinaire » de cette connexion à des « archives » qui dépassent notre personne. L’être humain baigne, en effet, dans un co-conscient et un co-inconscient familial et collectif, comme l’a découvert Moreno, l’inventeur du psychodrame et pilier de la psychogénéalogie.

Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que nous sommes.
Le Talmud

Avant lui, Sigmund Freud avait déjà évoqué, dans Totem et tabou, le principe d’une âme collective, pour tenter d’expliquer une transmission de l’inconscient d’une personne à celui d’une autre. Mais c’est Carl Gustav Jung qui a réellement ouvert la voie d’une approche transgénérationnelle en théorisant l’inconscient collectif. Si l’on se réfère à la technique systémique des constellations, initiée par Bert Hellinger, tout système – famille, organisation, entreprise – est un champ de force vivant, traversé d’interactions, de péripéties, d’énergie en mouvement. « L’équilibre d’un système vivant est une danse », précise Éric Laudière, thérapeute formé par Alexandro Jodorowsky et instigateur de constellations originales (dans le noir, multiconstellations, etc.), pour mettre en lumière la « farce cosmique » de nos arbres généalogiques.

Partant du principe que l’information est partout, comme le montre la physique quantique, la constellation permet d’extérioriser les jougs invisibles qui nous enchaînent dans la matrice de l’inconscient familial. « Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de conquérir notre liberté et de sortir du destin familial répétitif de notre histoire en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille, et en éclairant les drames secrets, les non-dits et deuils inachevés », postulait Anne Ancelin Schützenberger, figure phare de la psychogénéalogie. Une fois conscients de ces scénarios qui tournent en boucle, il est possible de changer « d’orbite ». « Nous portons des loyautés inconscientes qui nous empêchent d’être sur le chemin de notre âme et à notre juste place. Les constellations permettent de mettre en mots les émotions et ressentis qui n’ont pas eu la chance d’être exprimés dans le système familial. Cela permet à chacun (mort ou vivant) d’assumer la charge des responsabilités qui lui incombent et de réintégrer sa place par la mise en lumière des événements que l’on croit oubliés et des implications cachées », analyse Catherine Hudovernik, praticienne et formatrice en constellations.


Guerre et paix


Ce phénomène de transmission invisible dépasse les liens de sang. « Pour donner une explication rationnelle à ce qui semble ne pas l’être, on peut recourir à la théorie des champs morphiques de Rupert Sheldrake. Chaque chose existante sur Terre laisserait de petites traces énergétiques dans l’univers matriciel dans lequel nous évoluons. Dans cette idée, toute famille, même recomposée, est un champ d’énergie où des résonances se créent », constate Élisabeth Horowitz, thérapeute spécialisée dans l’analyse transgénérationnelle.

Même en partant d’une problématique personnelle, consteller, c’est donc s’éveiller à la dimension invisible d’un groupe ou d’une personne. « Cette mise en représentation a un pouvoir indéniable de guérison sur les participants et même sur des personnes non présentes lors de la constellation. Le groupe, “champ qui sait” (dixit Bert Hellinger), génère une délivrance des systèmes individuels et collectifs que sont les familles, les communautés, voire les pays », relève Marie-Thérèse Bal-Craquin, qui propose un chemin initiatique de transformation via les constellations. J’ai moi-même vécu une incroyable constellation où le groupe a été amené à « rejouer » la Seconde Guerre mondiale, mettant en représentation des belligérants et des alliés. Dans ce champ d’énergie, il n’y avait plus d’ennemis, seuls des êtres humains pris dans les filets de la même galère. Nous l’avons « ressenti » avec beaucoup d’émotion. Cela a eu du sens : pour la protagoniste qui avait demandé cette constellation afin de mettre en lumière une ombre familiale, pour le groupe… et certainement bien au-delà !

(...)

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