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PUBLIÉ LE 27/12/2019

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Inexploré n°45

Sommes-nous tous reliés ?
Magazine » Enquêtes

Une conscience globale testée par la science

Pendant plus de dix-sept ans, le Projet Conscience Globale a agrégé des données semblant montrer qu’une conscience humaine planétaire est à l’oeuvre et se manifeste lors d’événements tragiques captant l’attention de dizaines de millions de personnes. Illusion ou véritable émergence d’une « noosphère » telle qu’élaborée par Teilhard de Chardin ?

L’histoire contemporaine reste marquée par les événements du 11 septembre 2001. Ce spectacle de l’horreur dans la démesure a sidéré des centaines de millions de personnes et produit une vague d’émotion planétaire considérable. Plus rien ne serait comme avant. Beaucoup d’entre nous ont ressenti une communion à l’issue de cette tragédie, la sensation que l’humanité est Une et qu’une poignée de fous ne pourront jamais anéantir cette réalité. Il se passe la même chose, à des échelles plus ou moins réduites, lors d’autres événements tragiques comme le tsunami dans l’océan Indien en 2004, les attentats terroristes en France, et malheureusement la liste est longue. Se pourrait-il que cette communion, cette émotion partagée, soit « captée », voire anticipée, par certains dispositifs technologiques ? C’est la thèse centrale défendue par les chercheurs du « Projet Conscience Globale », un programme lancé à la fin des années 1990, qui n’a cessé de produire des données défiant la vision matérialiste de la conscience, et dont la portée scientifique et philosophique est immense.


Une interaction « esprit-machine »


Le dispositif dont il est question dans ce programme se compose d’un réseau de machines réparties à la surface de la planète. Ces machines sont des « générateurs de nombres aléatoires » (GNA) qui simulent plusieurs centaines de lancers à pile ou face par seconde et produisent des séries de 0 et de 1 au hasard, de sorte que leur répartition sera équivalente sur une durée suffisamment longue.

Les chercheurs ont voulu tester les effets d’une « conscience de groupe »

Comment comprendre, alors, que la ligne qui traduit cette répartition à 50/50 ait dévié de façon nette pendant toute la durée des événements du 11 septembre 2001 ? Et même, qu’elle ait commencé à dévier juste avant, produisant finalement une courbe dont les statistiques nous disent qu’elle a une chance sur plusieurs milliards de milliards d’être due au hasard ? Les analyses montrent que la déviation a commencé juste avant et a persisté pendant 50 heures après le début des attaques, avant de reprendre une allure normale. C’est l’événement qui a produit la plus forte déviation sur l’ensemble du réseau, et il est tentant d’estimer que c’est aussi celui qui a suscité la plus forte vague d’émotion dans l’histoire récente. Ainsi, la corrélation entre les deux révélerait une logique sous-jacente, bien que les débats restent ouverts sur la façon d’interpréter ces observations. Est-ce la manifestation d’une conscience collective, d’un inconscient collectif, ou encore un effet de l’intention des chercheurs… ? Il faut remonter à l’origine de ces recherches pour tenter de comprendre ce qui se passe ici et quelles en sont les implications. Au début des années 1990, les chercheurs américains Brenda Dunne, Robert Jahn et Roger Nelson ont tiré profit des progrès technologiques qui permettaient de miniaturiser les GNA de l’époque, pour les sortir de leur laboratoire de l’Université de Princeton. Des travaux préliminaires avaient en effet permis de montrer une interaction « esprit-machine » dans des expériences qui consistaient pour des volontaires à tenter de dévier la ligne du hasard produite par des GNA.


Effets de « conscience de groupe »


« Nous avions une mission d’ingénierie, explique Roger Nelson, qui consistait à montrer si la conscience humaine, dans certains états particuliers, pouvait affecter des équipements électroniques sensibles. » Il faut préciser ici que les générateurs aléatoires vrais reposent sur des processus de désintégration d’atomes, un phénomène quantique purement imprévisible. « Compte tenu de ce contexte, poursuit Roger Nelson, nous faisions un travail de précision et d’évaluation extrêmement rigoureux. Finalement, nous avons conçu plusieurs expériences uniques qui portaient sur les mêmes questions en utilisant des systèmes électroniques, mécaniques, hydrodynamiques et thermodynamiques. Certaines de ces expériences étaient si belles qu’elles mériteraient une place dans des musées, mais cet aspect visait à créer les conditions favorables aux tâches “impossibles” que nous demandions à nos sujets. Nous voulions créer le cadre pour l’expression d’une conscience créative et montrer les subtilités des interactions entre l’intention et ses effets dans le monde matériel. » Quand ces machines ont pu être sorties du laboratoire, les chercheurs ont voulu tester les effets d’une « conscience de groupe ». La question était de savoir si les GNA pouvaient être influencés par la seule attention et non par l’intention, et s’il pouvait y avoir un effet de groupe, comme s’il existait un champ de conscience collective au sein d’une assemblée donnée. Ils ont alors emmené leurs machines dans des concerts, des cérémonies religieuses, des événements sportifs, etc. « Le protocole était simple, précise Roger Nelson. Nous notions les moments ou périodes pendant lesquels nous estimions que des pensées ou des émotions cohérentes, en résonnance, pouvaient se produire parmi les personnes présentes, et nous regardions ensuite les données pour les analyser. » L’idée était qu’une déviation serait observée pendant ces périodes, sans intention particulière de la part des participants.


Une influence « non locale »


De fait, les dizaines d’expériences réalisées dans ces contextes ont permis de montrer qu’une déviation apparaissait, comme sous l’effet d’une conscience de groupe. Les résultats les plus significatifs correspondaient à des situations dans lesquelles un élément rituel ou sacré était présent, comme des cérémonies religieuses, des méditations collectives ou des rassemblements sur des sites sacrés. Ce point n’est pas sans évoquer la puissance de la prière et de l’intention...

La déviation cumulée des courbes des GNA a atteint son maximum lors des instants jugés comme étant les « climax ».

Il faut souligner que cette « confiance » dans le fait qu’un effet est bien présent repose sur l’utilisation d’outils statistiques standard. Une étape supplémentaire a été franchie quand il a été supposé que les machines n’avaient pas besoin d’être à proximité des groupes étudiés, puisqu’on envisageait un effet « non local ». Ainsi, au cours du verdict du procès d’O.J. Simpson en octobre 1995, le chercheur Dean Radin a examiné les données de cinq GNA répartis en différents endroits des États-Unis, et Roger Nelson a de son côté étudié les résultats de douze appareils répartis en Europe lors des funérailles de Lady Diana en septembre 1997.

Les deux événements mobilisaient en effet l’attention de dizaines de millions de personnes et il se trouve que la déviation cumulée des courbes des GNA a atteint son maximum lors des instants jugés comme étant les « climax » respectifs des deux événements. Il a alors été décidé d’installer un réseau de GNA répartis en plusieurs endroits de la planète pour enregistrer en continu les données afin de tester l’hypothèse d’une « conscience globale » réagissant aux événements planétaires comme le faisaient les « consciences de groupe » lors d’événements plus ciblés. C’est ainsi qu’est né le Global Consciousness Project (GCP ou Projet Conscience Globale) à la fin de l’année 1997. Le réseau Internet permettait alors de rapatrier les données produites et de les centraliser sur un serveur de Princeton en vue d’une analyse globale.


Plus de 500 événements planétaires


Chaque seconde, deux cents bits d’information sont produits par chaque GNA au sein d’un réseau constitué de soixante-dix machines permettant d’enregistrer, selon les chercheurs, un véritable « électro-gaïa-gramme » de la planète. Deux de ces dispositifs se trouvent en France : un à Paris, hébergé par l’Institut Métapsychique International, et un autre à Toulouse. Lors de l’attentat du Bataclan en novembre 2015, le GNA de Paris était inactif, en maintenance, mais celui de Toulouse a montré une forte déviation, de même que celui qui était le plus proche de l’événement, au Royaume-Uni. L’interprétation du chercheur Bryan William souligne donc qu’un effet de conscience de groupe peut être plus marqué localement. Quelques mois auparavant, Paris avait été endeuillé par l’attaque meurtrière à la rédaction de Charlie Hebdo. Le GCP a analysé les données en les groupant avec celles d’une attaque terroriste au Yémen quelques heures plus tôt. Là aussi, la déviation est marquée et significative. Les commentaires des analystes précisent : « On note pour les deux événements un écart significatif semblant indiquer une influence de ces deux attentats sur la conscience mondiale, avec toutefois un décalage entre le moment où l’événement se produit et le moment où il impacte la conscience mondiale, ceci étant sans doute dû au temps de propagation de l’émotion dans la conscience. »

L’expérience formelle a été close en 2016, mais le recueil de données se poursuit, alimentant une gigantesque base de données. Plus de 500 événements planétaires ont été étudiés pendant ces 18 années et la déviation cumulée, bien que faible en amplitude (20 % contre 5 % attendus par le seul hasard), correspond à moins d’une chance sur un billion(1) qu’elle soit due au hasard. « Il est essentiel de comprendre que nous ne cherchons pas des “pics” dans les données pour tenter ensuite de les relier à un événement, souligne Roger Nelson. Au contraire, nous identifions d’abord un événement et analysons ensuite les données en déterminant une période précise au cours de laquelle nous faisons l’hypothèse que les données devraient montrer une variation par rapport au hasard. » En résumé, l’expérience consiste à identifier un signal dans du bruit, mais si le signal semble bien présent, une autre question est de savoir quelle est sa véritable origine.


Un « effet expérimentateur » ?


Les observateurs sceptiques ont d’abord cherché un biais dans la façon dont les données étaient recueillies et ont reproché aux chercheurs de faire coller les événements planétaires a posteriori avec les déviations observées. Critique à laquelle Roger Nelson a répondu ci-dessus. Puis la critique a porté sur les durées de recueil de données en lien avec un événement donné, disant que si la durée était plus longue ou plus courte, les déviations seraient moins importantes. Là aussi, Nelson a répondu que la « fenêtre temporelle » était choisie avant de regarder les données et qu’on ne pouvait pas reprocher aux chercheurs de sélectionner une durée d’analyse qui favoriserait l’ampleur de la déviation.

Soixante-dix machines permettant d’enregistrer, un véritable « électro-gaïa-gramme » de la planète.

L’une des critiques les plus argumentées a été proposée par Peter Bancel, un physicien américain qui a rencontré Roger Nelson lors d’une visite à Princeton et est devenu co-investigateur du projet. « Une des premières choses que j’ai faites a été de voir si je pouvais trouver des erreurs méthodologiques ou autre dans la façon dont l’expérience fonctionnait, explique Peter Bancel. Je me demandais s’il n’y avait pas une erreur fatale à la base même de tout cela, et je n’en ai trouvé aucune. » Pour autant, puisque les données sont incontestables, c’est sur leur interprétation que lui et d’autres chercheurs divergent. En effet, selon Peter Bancel, l’effet observé pourrait ne pas être le fruit d’une « conscience globale », mais serait en fait dû à l’intention même des chercheurs ! C’est ce qu’on appelle en parapsychologie « l’effet expérimentateur » (voir encadré).

Puisqu’il s’agit d’influences subtiles de la conscience sur des dispositifs très sensibles, la conscience même des investigateurs pourrait en effet agir dans un sens ou un autre. Or, l’investigateur en chef du projet est Roger Nelson depuis l’origine. Et celui-ci ne cache pas son intérêt depuis son plus jeune âge pour l’hypothèse de la « noosphère » du paléontologiste et prêtre français Pierre Teilhard de Chardin (voir article Les chercheurs page 72). Dans un livre qu’il a publié récemment, intitulé Connected, il défend avec force cette hypothèse de l’émergence d’une conscience globale, sans pour autant considérer que les données du GCP constituent une preuve de ce phénomène. « Le GCP est un projet scientifique unique qui a, pendant plus de dix-sept ans, agrégé des données qui semblent montrer un vaste esprit terrestre qui vient de naître, ou de s’éveiller, conclut Roger Nelson. Il est symbolique de notre besoin de plus de sagesse quant à notre vivre-ensemble sur cette belle planète et de la nécessité de la préserver de nos tendances destructrices. » N’y a-t-il pas urgence à en prendre conscience, collectivement ? En effet, les machines ont « crépité » bien davantage ces dernières années qu’au début du projet.


Une perturbation dans « la Force »

Le chercheur Dean Radin nous confie son point de vue sur cette expérience hors du commun à laquelle il a participé : « Il n’y a aucun doute sur le fait que quelque chose a été mis en évidence, la question est quoi ? Est-ce que le système répond en effet à une conscience globale ou bien est-ce une expérience de précognition à grande échelle au cours de laquelle Roger Nelson a fait 500 prédictions justes en étant capable de deviner les périodes au cours desquelles une déviation serait observée ? La première interprétation consiste à dire qu’il y a un effet de conscience globale à grande échelle qui produit des moments de néguentropie (création d’ordre dans le chaos) et l’autre dit que c’est un “effet expérimentateur”. J’ai tendance à penser qu’il y a des éléments des deux théories, car dans les expériences complexes à analyser, il faut prendre du recul et se dire que peut-être les deux pointent vers une explication plus globale. Je dirais donc que dans certains cas l’effet est dû à une sélection fortuite de la fenêtre temporelle, mais dans d’autres cas, nous observons une manifestation de néguentropie à grande échelle produite par l’attention cohérente de très nombreuses personnes. Nous utilisons aujourd’hui une nouvelle génération de GNA qui enregistrent un “bruit de fond quantique” qui n’est pas traduit en bits d’information. Et pour décrire ce que nous voyons, nous utilisons une métaphore qui vient de Star Wars, quand Obi Wan Kenobi dit qu’il a senti “une perturbation dans la Force”. Une façon de l’interpréter est de dire que l’on peut en quelque sorte observer des ondulations ou des plis dans l’espace-temps lui-même ! »



(1) En français, un billion correspond à un million de millions ou mille milliards.


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