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© Olivier Seignette
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PUBLIÉ LE 21/08/2017
Magazine » Enquêtes

Les contes sont
des êtres vivants

Conteur hors pair, romancier et essayiste, Henri Gougaud a les mots dans la peau. De la haute vallée de l’Aude au pays bambara, des terres chamanes de Tiahuanaco aux territoires « d’outre-mort », il récolte et essaime la magie du « grand parler ». Pour cet homme ouvert au mystère, humble face à l’inconnu,
tout est vivant. Il était une fois...

Fanfaron, le soleil parade dans cet appartement du 12e arrondissement de Paris, au cœur du quartier de Picpus. Un tel nom, évocateur de légendes plurielles, va comme un gant à Henri Gougaud ! Né en 1936 sur les terres hérétiques du pays de Carcassonne, petit-fils d’un anarcho-syndicaliste, ce « libertaire définitif (sic) » qui ne s’en laisse pas conter, raconte aux quatre vents depuis des décennies. Pourfendeur du « prêt-à-penser » et de la langue de bois, s’il appartient à une lignée, c’est à celle des saltimbanques. Pour lui, contes et légendes sont des éveilleurs. « Ils ne sont pas une manière d’oublier le réel, mais de le nourrir », affirme-t-il. Depuis l’âge d’or de Saint-Germain-des-Prés, où il fut parolier de Juliette ­Gréco, Jean Ferrat ou encore Serge Reggiani, jusqu’à ses ateliers de contes qui font le plein, il a choisi de « servir la vie », dit-il, à travers le miracle des mots.

L’historien Patrick Boucheron aime à dire qu’il est « important de nommer avec exactitude les choses qui nous adviennent ». C’est là le ­credo d’Henri Gougaud qui nous invite à faire des « lessives de mots » (la journaliste que je suis en a fait ­l’expérience) : à retrouver le sens et l’essence de ceux-ci. « Il y a des mots qu’il faut passer au pressing. La parole a un certain pouvoir, ça demande une éthique. » Entourés d’objets voyageurs et de livres – qui vont des San Antonio, dont il est un fan absolu, jusqu’aux écrits des mystiques soufis –, nous avons devisé sans voir le temps passer. « Mais il n’est pas passé ! Le temps est un personnage. Il n’a rien d’une mécanique », confie notre conteur, l’œil rieur.


Depuis le succès de votre livre ‘‘Les Sept Plumes de l’aigle’’, qui conte l’initiation chamanique de Luis Ansa dans les montagnes de Tiahuanaco, jusqu’à votre dernier ouvrage, qui sort en ce mois de juin, ‘‘Kalawaya, Churla, chamane bolivienne (1)’’, le chamanisme occupe une place importante dans votre vie. Qu’est-ce qui vous touche dans cette pratique ?

C’est un de mes domaines de prédilection, mais n’allez pas écrire que je suis chamane ! Mon mouvement premier est de me dire agnostique, faisant ainsi aveu d’une ignorance vertueuse : je ne sais pas... ...

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