Article


©
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 17/07/2018

A RETROUVER DANS

Inexploré n°26

Voyages et Terres sacrées

LES LIVRES À LIRE

Le rêve éveillé libre

Georges Romey
Dervy-Médicis

Psychothérapie et Chamanisme

Olivier Chambon
Editions Véga
Magazine » Enquêtes

Thérapie : Cure de rêves

L’imaginaire est un outil puissant, et les professionnels de santé l’ont bien compris !

Sylvain est allongé. Il a les yeux fermés mais ne dort pas. Laissant se déployer les images à l’intérieur de lui, il rêve en étant éveillé. Des étendues d’eau dans lesquelles la lune se reflète lui apparaissent. Il entre dans l’eau et trouve au fond un château qui brille, dans une énorme bulle. Il s’y introduit, rencontre un jardinier devant une grande porte dorée, et se retrouve dans une nef de cristal, entouré d’une ronde d’enfants joyeux. Une femme apparaît. « Lorsque nos mains se touchent, une intense lumière tombe du haut de la cathédrale », décrit le jeune homme. Ils seront soulevés vers la voûte, qui s’ouvrira pour les laisser passer et dévoiler un paysage magnifique. Son thérapeute, Georges Romey, auteur du Rêve éveillé libre, qualifiera ce rêve d’initiatique. Il marquera le début d’un grand changement dans la vie de Sylvain.

Les consignes en rêve éveillé sont généralement simples : soit le thérapeute propose des images de départ et guide le patient selon un scénario préétabli, soit il l’invite à laisser venir des images spontanément et accompagne leur déroulement. « Ce qui est le plus surprenant, c’est combien la conscience réagit vite et bien. Si vous lui demandez de se diriger vers un arbre, instantanément elle en voit un. D’ailleurs, vous venez vous-même à l’instant de voir un arbre. Comme les enfants qui sont immédiatement happés par les histoires qu’on leur raconte, nous entrons très vite en transe et développons des trésors d’imagination », note le psychiatre Olivier Chambon, auteur de Psychothérapie et chamanisme. Georges Romey précise qu’aucun de ses milliers de patients n’est resté sans faire un voyage au-delà de 2 séances. La méthode du rêve éveillé se révèle alors des plus surprenantes.


Une invention française


De tout temps, l’homme a utilisé de nombreuses méthodes faisant appel à des états de transe plus ou moins marquée pour visiter le monde de l’imaginaire. Prise de substances psychoactives, utilisation du son, du mouvement et de la respiration, permettent de modifier la conscience et de s’ouvrir au monde des rêves. Dans notre monde contemporain, le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, pionnier de la psychologie des profondeurs, est sûrement celui qui s’est le plus penché sur la fonction des images. Toutefois, le rêve éveillé à proprement parler voit le jour en France à la fin des années 1930 de manière indépendante et concomitante de « l’imagination active » de Jung. C’est Robert Desoille (1890-1966), ingénieur diplômé de l’école centrale de Lille et intéressé depuis sa jeunesse par l’hypnose et par les états modifiés de conscience, qui sera le fondateur de sa première formule : le rêve éveillé « dirigé ». La particularité de Desoille est de proposer à ses patients des thèmes de départ, puis d’induire des « montées » (prendre des escaliers, s’envoler…), ou des « descentes » (prendre un souterrain, plonger dans un lac…), pour vivre une forme d’élévation de l’âme ou une exploration de l’inconscient. Des élèves de nombreux pays d’Europe et d’ailleurs viendront se former auprès de lui avant de propager la méthode dans leur pays.

Georges Romey, alors jeune Breton fraîchement débarqué à Paris, se prend de passion pour cette méthode dans les années 1950. Un jour, il se rêve dans la salle voûtée du château d’un vieux roi, et 2 serviteurs lui apportent un poisson mort. « Je pris le poisson et le jetai dans un seau d’eau claire où il reprit vie. Aussitôt, le seau se transforma en ruisseau dans lequel le poisson s’élança en un éclair. C’est évidemment mon énergie vitale qui reprenait son essor », témoigne-t-il. Impressionné par l’effet de cette méthode sur lui-même, il se met à la pratiquer et commence un long travail de recensement des symboles les plus fréquents. « À l’époque, il n’existait aucun ouvrage de type dictionnaire des symboles ou autre », rappelle-t-il. Travail de Titan pour un passionné. S’appuyant sur 18 000 séances enregistrées, Georges Romey finit par produire un Dictionnaire de la symbolique des rêves de 1 700 pages. Et c’est parce qu’il a besoin d’accéder à du matériel imaginaire le plus pur possible de toute intervention extérieure, qu’il se rend compte que la cure en rêve éveillé est d’autant plus riche que le thérapeute ne s’en mêle pas. Le rêve éveillé « libre » est né. « Une suggestion induit automatiquement une chaîne d’associations qui n’est pas expressive de la problématique du rêveur. Dès que nous nous mêlons au rêve, nous dévions le cours des choses, nous brisons un lien qu’il peut être difficile de retrouver par la suite. L’influx nerveux du patient sait très bien ce qu’il a à faire », soutient le thérapeute. Ainsi, à l’heure actuelle, il existe différents protocoles de rêve éveillé, plus ou moins directifs. En quoi le travail avec l’imaginaire est-il profitable ?


La puissance des images


Les images que nous percevons tous les jours sont déjà en elles-mêmes un mystère. Nous pensons qu’elles proviennent de nos yeux et qu’elles sont objectives. En réalité, elles résultent d’une synesthésie neuronale – une fusion de toutes nos perceptions sensorielles au cœur de notre cerveau –, qui est ensuite interprétée selon notre état psychologique du moment, nos souvenirs, nos conditionnements éducatifs et culturels. Ainsi, les visuels que nous avons sont déjà teintés par nos états. Que se passe-t-il alors lorsque nous fermons les yeux ? Notre cerveau continue de produire des images qui utilisent un langage figuratif inspiré du monde. Toutefois, sans accroche extérieure, ces apparitions deviennent d’autant plus le terrain de jeu de nos forces psychiques et de notre inconscient. Là, tout paraît possible. Les décors et les personnages peuvent se métamorphoser en un clin d’œil, les choses inertes se personnifier, le minuscule se mêler à l’immense, le passé rencontrer le présent et plusieurs sortes de futurs. « Je faisais la taille de la marguerite qui était devenue mon amie, et pourtant avec cette fleur nous contemplions la planète entière de très haut », confie Hélène, relatant un rêve éveillé. « Je marchais dans une foule médiévale avec mon téléphone-GPS qui s’est transformé en une sorte d’engin capable de me faire voler », raconte Fabien. La créativité et la plasticité essentielle de notre conscience peuvent s’en donner à cœur joie.

(...)

L'accès à l'intégralité de l'article est réservé aux abonnés de la famille INREES.

OU

NOS SUGGESTIONSArticles