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© DMITRI LAUDIN
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PUBLIÉ LE 05/02/2018

A RETROUVER DANS

Inexploré n°37

Être soi face au vertige de la nouvelle conscience
Magazine » Enquêtes

Les épreuves qui construisent le Soi

Nous sommes tous amenés à traverser des souffrances et des expériences douloureuses au cours de nos vies. Passé la réaction de refus, et si nous transformions cela en chemin d’évolution, l’occasion de se redécouvrir ?

N’ayant jamais été habitués à nourrir les profondeurs de notre être, nous ne savons plus qui nous sommes. Notre bienséance, notre peur de l’autorité, notre désir de plaire et d’être aimé, notre quête de sécurité ont fini par étouffer notre unicité et notre créativité pour nous conformer au « moule » de la société. Coupés de notre intériorité, nous voilà engagés dans un chemin tout tracé qui n’est souvent pas le nôtre. Dans un monde de plus en plus divisé, superficiel et individualiste, nous compensons et nous nous adaptons, mais nos fausses personnalités se révèlent tôt ou tard être des châteaux de cartes que les tumultes de l’existence viennent menacer d’effondrement. Accidents, ruptures, maladies, deuils ou schémas douloureux nous percutent, tel un cri de détresse de notre être profond appelant par tous les moyens notre reconnaissance et notre attention. Mais qui est-il cet « être » méconnu qui sommeille au fond de nous ? Comment le « découvrir » et lui laisser place ?

« Le courage d’être soi ne s’acquiert pas par les gènes, pas plus qu’il nous est offert à la naissance par quelques bonnes fées penchées sur notre berceau, écrit Jacques Salomé. Il se découvre et se développe à partir d’une confrontation et d’un dépassement de soi-même. » Quand donc entendrons-nous son appel ? Combien d’épreuves nous faut-il traverser avant d’opérer ce qu’Annick de Souzenelle appelle un « retournement radical », « cette mutation intérieure profonde qui nous fait mourir à nous-mêmes, revêtir d’autres yeux et d’autres oreilles et nous ouvrir à tous les registres du réel » ? Tous les protagonistes et scénarios du grand jeu de rôle de notre vie semblent nous inviter à cette rencontre avec Soi. Qu’elle soit brutale ou progressive, exaltante ou terrifiante, ne mérite-t-elle pas d’être vécue, nous offrant la possibilité de sublimer nos limitations et nos identifications et de révéler, enfin, notre authenticité et notre infinité ?


Mutations profondes



Dans notre entretien d’Inexploré n°34, la Princesse Constance de Polignac nous confiait : « J’ai vécu l’abus, trois accidents, le coma, la maladie, la mort de mon fils puis celle de mon mari. Toutes ces difficultés furent des initiations, des “épreuves” qui m’étaient offertes pour “faire mes preuves”, me dépasser et me révéler. » Il en est souvent ainsi : les écueils de l’existence, qui nous ont fait vaciller et que nous aurions tant aimé éviter, se révèlent avec le recul être de précieuses occasions de grandir et de nous découvrir. Il apparaît même parfois qu’une mystérieuse intelligence semble, à travers eux, frapper à la porte de notre conscience. À quoi nous appelle-t-elle donc si ce n’est à cesser de tourner notre regard vers l’extérieur et à oser plonger à l’intérieur de nous-mêmes ? Morgane témoigne ainsi : « Pendant toute ma traversée du cancer du sein, j’étais en lutte. Et quand il est revenu se loger dans mes poumons, j’ai capitulé en réalisant qu’il venait de l’intérieur de moi, que c’est mon corps qui me parlait et que j’avais quelque chose d’essentiel à comprendre. » Ainsi, les chocs et les crises que nous traversons viennent-ils ébranler les carapaces que nous nous étions forgées et creuser le sillon de notre ouverture. Et plus notre conscience s’ouvre, plus nous accueillons nos épreuves, nos réactions et

Une fois ce chemin vers Soi frayé, il s’agit de garder le contact.

nos symptômes non plus comme des ennemis mais comme des messagers.

Susurrant ou hurlant à notre oreille, ils nous exhortent à lever le couvercle sur toutes les parts blessées ou délaissées de notre être et à les étreindre toutes autant qu’elles sont. Se pourrait- il donc que ce que nous prenons habituellement pour un coup dur, une injustice voire une atrocité de la vie soit en fait un appel à l’Amour ? C’est souvent au plus aigu de la souffrance qu’arrive le moment, le basculement, où nous cessons de résister. Au fil des épreuves, nous perdons la santé, notre compagnon ou notre métier, et avec eux, toutes nos certitudes. Nos croyances ébranlées, notre identité malmenée, nous tombons dans le vide duquel nous pourrons enfin renaître. « À l’âge de 23 ans, j’ai réalisé que je m’étais fourvoyé dans une voie qui n’était pas la mienne. Les années d’errance et de chômage qui ont suivi se sont transformées en véritable crise existentielle. J’étais en dépression et avais perdu dix kilos. Je ne pouvais plus exister à travers mon métier, mes possessions, mon physique. Mais à un moment donné, j’ai réalisé qu’au-delà de tout cela, j’existais toujours. Je n’avais rien besoin de faire pour être. Ça m’a libéré de beaucoup de peurs et m’a donné une immense permission de vivre », nous partage Laurent Gounelle, auteur de L’homme qui voulait être heureux et autres best-sellers. Comme lui, Morgane raconte à quel point la traversée du cancer l’a « dépouillée » et lui a permis de s’émanciper de tant de poids hérités de l’éducation ou de la société qui l’encombraient et ne lui correspondaient pas. « Qui est-on réellement quand on se libère des préjugés, des étiquettes, du regard et des attentes des autres ? se questionne-t-elle. Ma féminité était abîmée, je n’avais plus de règles, j’avais perdu un sein, mes cheveux et mon statut social, j’étais en difficultés financières. Mais au final, je me suis libérée de toutes ces fausses identités. Et une joie profonde m’a immergée. Une force, une lumière, se sont imposées alors que tout le reste disparaissait. »(...)


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