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© COLIN ANDERSON
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PUBLIÉ LE 27/04/2020

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Inexploré n°46

Entre Terre et Ciel, connectez vos énergies

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Jiddu Krishnamurti
Le Livre de Poche

Vivre en pleine conscience

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Être à ce qui est

Notre rapport au monde est ce qui nous nourrit. Comment le rendre libre de toute aversion ou avidité et être ouverts à ce qui arrive vraiment ? Transmuter ses mémoires et apprendre à notre esprit à être présent au monde, pour enfin être nourri.

Nos pensées sont énergie, qu’elles transforment en matière, que cela soit dans notre corps ou dans nos actes. Elles sont la conséquence de ce qui nous nourrit, tant physiquement, psychiquement que spirituellement. Ici, on peut d’ailleurs oser la réflexion que si l’on se passe de spiritualité, peut-être nous passons-nous d’un pan énergétique puissant, donnant en contrepartie à la matière « inerte » un pouvoir excessif ? Quoi qu’il en soit, il apparaît que tout ce qui entre « ressort », et que nous pouvons porter une attention particulière aux conséquences mécaniques de nos choix de « nourriture », de ce que nous apportons à notre corps comme à notre esprit. Mais nous sommes également poreux à nos mémoires, à notre histoire, à ce qui ne cesse de résonner en nous. Ce que nous faisons « entrer » dans notre esprit, les expériences que nous vivons, le type d’énergie que nous mettons dans notre mental, rencontre qui nous sommes et a une influence totale sur la vie que nous allons mener et sur la liberté que nous allons nous octroyer. L’important étant d’évaluer à quel point nous sommes présents au monde et combien nous pouvons nous nourrir de sa rencontre.


Notre esprit éponge


Nous sommes un corps et un esprit qui évoluent dans un environnement. Comme nous l’avons vu au cours de ce dossier, ce que nous mangeons influence notre santé, notre corps, nos émotions, notre mental, nos humeurs et, de ce fait, notre rapport au monde. Il est un enseignement que l’on reçoit très rapidement lorsque l’on commence à suivre un chemin spirituel : ce que nous mettons dans notre esprit l’influence aussi au quotidien. De manière caricaturale, si nous regardons tous les jours des films de guerre ou des films d’horreur, il y a des chances pour que notre moral en subisse les conséquences. Nous devons être attentifs à la propension qu’a notre esprit d’être une éponge absorbant ce qui l’entoure. Toute notre relation énergétique à la vie va s’en trouver en résonance, car tout ce que l’on va absorber va aussi rencontrer nos mémoires. Comme l’explique le maître vietnamien Thich Nhat Hanh, « si vous consommez des objets issus de la souffrance, vous semez en vous des graines de souffrance. Chaque fois que l’on s’exerce à vivre en pleine conscience, on plante des graines saines et on renforce celles qui sont déjà en soi. » Une logique redoutable qui pourtant cède très souvent la place à notre manque de vigilance et à une forme de paresse mêlée d’incrédulité. Le chemin de la pleine conscience, l’attention portée à ce que nous faisons et ce qui nous entoure, comme responsabilité perpétuelle, est aussi voie de transmutation.


Transmuter est le secret


Face à la réalité de la souffrance, nous avons plusieurs possibilités d’action. La voie de la pleine conscience initiée par le maître Thich Nhat Hanh en est une. Elle rassemble en elle le chemin bouddhiste, mais fait aussi écho au mouvement laïc Mindfulness venu des États-Unis : pratiquer une attention à tout ce que l’on vit, rencontre, et apaiser son esprit pour observer vraiment ce qui est, notamment avec la méditation. Il est une métaphore qui représente bien la manière dont notre mental se comporte, emporté qu’il est par les émotions. Le cheval fou : l’énergie folle de nos actes non réfléchis, qui suivent la force des habitudes et du quotidien. Pratiquer la « pleine conscience » consiste à apprendre à ralentir ce cheval, et se laisser à la fois pénétrer par la beauté du monde qui nous entoure, mais aussi purifier ses souffrances pour les transmuter en une énergie positive. Ainsi, le concept « d’écologie intérieure » commence à se développer sous nos latitudes. C’est la possibilité d’installer en soi un circuit vertueux d’entretien. En plus de toutes les étapes que nous avons citées dans nos précédentes pages se trouve celle de la transmutation intérieure.

Nathalie Marin, énergéticienne et thérapeute en soins esséniens-égyptiens, propose de travailler ce qu’elle nomme « les formes pensées ». Dans notre enfance, nous aurions créé des égrégores, qui deviendraient à la fois des guides de ce que nous avons à travailler, mais aussi des appels de souffrance récurrents. « Une forme pensée est un champ énergétique que nous créons lorsque nous vivons un événement marquant, engendrant une émotion forte, un stress ou un choc psychologique. Nous projetons alors, en dehors de nous, une énergie qui va être dirigée par nos pensées. Elle va engendrer une sorte de noyau stationné dans l’aura mentale du sujet. La forme pensée va se nourrir de cette émotion ressentie et croître. Elle va, du coup, attirer à nous des événements qui vont nous faire revivre la même émotion », explique la thérapeute. Nous allons ainsi à la fois valider une croyance et, de ce fait, revivre sans cesse des échecs, des empêchements, etc. Identifier ce phénomène, écouter le message de cet égrégore, travailler à le transformer va générer une énergie inverse, celle de la construction et de la confiance, nous menant vers un chemin plus serein. Si l’on cesse de nourrir énergétiquement nos validations pathogènes, notre énergie va se déployer dans la réalisation de soi.

Le concept « d’écologie intérieure » commence à se développer sous nos latitudes.


La spiritualité comme nourriture


« Tous mes rapports encombrés au monde sont ce qui me fatigue », exprime Joachim Vallet, enseignant de méditation et de philosophie du yoga, soit les yogasūtra et le sāmkhya. C’est l’expression d’une « ignorance », d’un voile obscurcissant notre rencontre avec le monde, influencée par les mémoires que nous avons de lui. Ces mémoires nous constituent et sont les fruits de nos actes, mais nous les recevons aussi en héritage de notre famille, de notre société et de l’histoire humaine. Ces impressions, qui sont ainsi constituantes de notre personnalité, vont transformer la relation, voire la rendre nulle, avec ce qui vient à nous. Alors que c’est dans la rencontre vraie que nous pouvons nous nourrir. Ce phénomène, c’est la discrimination dont parle Krishnamurti, qui maintient notre esprit dans le jugement incessant – « j’aime, je n’aime pas » –, qui nous sépare et qui ne nous permet pas d’être dans l’amour, dans la rencontre et donc de pouvoir nous en nourrir : « Tant que l’esprit compare, il n’est point d’amour et pourtant l’esprit ne cesse de juger, de comparer, de peser, de chercher la faille, le point faible. Là où il y a comparaison, il n’est point d’amour », enseigne Krishnamurti.

C’est la dualité dont parlent les chemins bouddhistes, le duo d’opposés attirance/aversion ou désir/peur, lié aux mémoires, et qui nous empêche d’être en relation. « C’est voir tout blanc ou tout noir, au lieu de voir la complexité des couleurs de ce qui advient... Mais quand c’est le cas, le cœur est réchauffé, il y a une reconnaissance immédiate… On le ressent physiquement. Ces instants passent. D’ailleurs, l’instant d’après, on a oublié et on peut se demander comment. On fait une randonnée, avec la marche et la fatigue, on peut connaître un effondrement égotique, une non-présence des mémoires qui nous constituent et donc, “ouaaah” il y a cette reconnaissance… Mais juste après, on se dit “bon, ça va être l’heure de manger”… On sort le sandwich et le truc se referme », s’amuse Joachim Vallet. On ressent beaucoup ce phénomène dans le rapport à l’art. L’indicateur va être le corps, avec une déconnexion de l’esprit. Dans la relation au monde, lorsqu’on vit des interstices de relation « vraie », notre cœur nous le fait ressentir. On le reconnaît et cela survient souvent lorsqu’on parvient à être dans le moment présent et que nos mémoires ne « jouent » pas trop.


Méditer pour être là


Alors, comment faire perdurer ces instants magiques où nous sommes dans la rencontre nourrissante de l’autre, de la beauté, de la nature, de l’art, du monde tel qu’il est ? Apaiser les mémoires en les travaillant, être moins dupes de nos jugements et s’efforcer de ne pas suivre sans recul nos réactions. L’outil fondamental préconisé par tous est la méditation : « Toute la question de la méditation est d’apprendre à être, peut-être écouter, pour entrer en relation à ce qui advient, être présent et dans une disposition intérieure qui fait que les mémoires qui me constituent puissent être au repos, pour que mon cœur puisse être en relation à ce qui advient. Ça, c’est nourrissant », apporte Joachim Vallet. Finalement, lorsque l’on parvient à être présent au monde, n’est-ce pas la plus grande liberté que nous puissions nous offrir ? Car, au-delà de se nourrir de ce qui est, notre but n’est-il pas là : d’être libres ? Libres de recevoir, d’échanger, d’aimer ? Libres de nous-mêmes qui nous entravons sans cesse ? Libres de vivre cette incarnation, relativement aux buts que l’on veut suivre et à l’amour que nous pouvons donner et recevoir ?

C’est le message inspirant de Thich Nhat Hanh : « Être libre, cela signifie à mes yeux être libre de tout sentiment de détresse, de la colère et du désespoir. S’il y a en vous de la colère, vous devez œuvrer à sa transformation, en sorte de recouvrer votre liberté intérieure. S’il y a en vous du désespoir, vous devez reconnaître l’existence en vous de cette énergie particulière et ne plus tolérer qu’elle vous fasse perdre le contrôle de vous-même. Il vous faut pratiquer la pleine conscience, afin de transmuter l’énergie du désespoir et réaliser de cette façon-là la liberté que vous méritez, la liberté par rapport au désespoir. » Le tout étant d’accepter que nous méritions tout cela ?


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