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PUBLIÉ LE 29/12/2017

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Inexploré n°37

Être soi face au vertige de la nouvelle conscience
Magazine » Enquêtes

S'éveiller à notre multidimension

À la fois exaltant et vertigineux, ce pressentiment de plus en plus répandu quant à la multidimensionnalité de notre être et de notre univers est-il une simple vue de l’esprit ou une réalité fondée scientifiquement ? Qu’en disent les physiciens aujourd’hui ? Et comment le vivre harmonieusement au quotidien, sans perdre la tête ni les pieds sur Terre ?

Au fil de nos chemins de vie, nous sommes nombreux à avoir été interpellés par les dimensions invisibles à l’oeuvre dans notre existence. Les circonstances de certains accidents, la répétition de schémas douloureux, des maladies qui reviennent sans raison apparente, mais aussi la fulgurance de certains rêves, de flashs intuitifs ou d’heureuses synchronicités, nous apparaissent parfois comme autant d’informations « venant d’ailleurs » et frappant à la porte de notre conscience. Et que dire de ces « souvenirs » parfois très précis racontés par nombre d’adultes et par certains enfants à propos de leur « vie d’avant » ? Ou encore de ces blessures que l’on porte au fond de Eggermontsoi comme des réminiscences de la nuit des temps, capables de déclencher des réactions émotionnelles démesurées ? Interrogé au sujet de son nouveau livre Lorsque j’étais quelqu’un d’autre, Stéphane Allix partage : « Vous et moi pouvons tous être traversés par des idées, des pulsions, des impulsions, des inspirations qui semblent venir d’un autre monde.

Sont-elles intérieures ou extérieures à nous ? Dans tous les cas, elles résonnent comme des parts inconnues de nous-mêmes qui impactent notre quotidien et nécessitent d’être éclairées. »
Pour finir, on ne compte plus les témoignages de personnes prétendant avoir eu accès à d’autres plans de réalité au travers d’abductions, d’EMI, ou d’états expansés de conscience... Pour Franck Lopvet, auteur du livre Un homme debout, « toutes ces expériences nous permettent de réaliser que nous sommes bien plus que ce que nous croyons être. Elles sont les traces tangibles de notre multidimension ».


Des êtres vibratoires et informationnels



La physique quantique nous éclaire sur le sujet. Se penchant sur l’échelle de l’infiniment petit, celle-ci révèle que les atomes qui composent toute matière, dont notre propre corps, sont composés de vide à 99,99 %. Et comme l’explique Denis Bédat, docteur en biophysique, « ce vide n’est pas le vide absolu newtonien, mais il est rempli d’une substance transparente, sorte d’éther relativiste qui relie tout ce qui est. Tout, à ce niveau subatomique, n’est que schéma de probabilités et tous les éléments y sont interconnectés à l’infini ». Dans cette grande mer d’énergie en perpétuel mouvement, ce qui nous donne l’impression d’une matière tangible, c’est le lien qui existe entre les particules subatomiques. Les propriétés quantiques de « non-localité » et d’« inséparabilité » expliquent que deux particules dites « intriquées » (ayant interagi ou ayant une origine commune) se comportent comme un système unique, quelle que soit la distance qui les sépare. Si l’on exerce une mesure ou une influence

Tout se passe comme s’il existait “ailleurs” un grand réservoir d’informations.

sur l’une, l’autre réagit instantanément, les deux demeurants en lien en-dehors de l’espace-temps.

Au final, la physique quantique nous amène donc à concevoir notre monde matériel non plus comme une conjonction de corps inertes, solides et séparés, mais comme un vaste réseau de champs d’énergie mouvants et interreliés. Autre point particulièrement intéressant pour mieux comprendre notre multidimensionnalité : le vide apparaît comme un support sur lequel toute l’information présente dans l’univers est « mémorisée ». Pour divers chercheurs, notre cerveau serait davantage une antenne réceptrice qu’un lieu de stockage de la mémoire qui, elle, serait délocalisée dans le champ. « Des expériences montrent qu’en permanence, le plus souvent à notre insu, nos cellules sont traversées d’informations. Tout se passe comme s’il existait “ailleurs” un grand réservoir d’informations, décrivant la totalité de l’univers et de ses possibles, partagé par nos consciences à la manière d’un cloud. Ce qui peut expliquer les phénomènes intuitifs et notre capacité à percevoir des choses éloignées dans le temps et l’espace », précise Morvan Salez, docteur en astrophysique et ancien chercheur au CNRS. Denis Bédat ajoute : « Notre interconnexion avec le champ est bien réelle, elle s’étend même à tout ce qui vit, mais nous n’avons simplement pas été éduqués à la cultiver. » Si certains psychiatres pensent que les rêves, visions et intuitions sont entièrement subjectifs et auto-induits par les personnes qui les vivent, de plus en plus de scientifiques avancent que tous les processus cognitifs humains supérieurs résultent d’une interaction avec le champ. « Une intuition serait simplement une coalescence soudaine de cohérence dans le champ », affirme la journaliste scientifique Lynn Mac Taggart dans sa remarquable investigation sur le sujet.


Des univers multiples ?



Afin de mieux comprendre nos expériences et sensations de reliance à d’autres mondes, explorons maintenant la notion de multivers qui fait l’objet de diverses théories scientifiques non unanimes. « En cherchant à fusionner la relativité générale, description de l’espace-temps à grande échelle, et la théorie quantique qui décrit l’infiniment petit, on arrive, par différents chemins, à des théories qui toutes postulent l’existence de dimensions supplémentaires et d’univers fasse encore consensus, leur émergence est bien le signe d’une intuition grandissante que d’autres univers existent et que notre espace-temps n’est pas la seule facette du réel », nous explique Morvan

Ce que nous verrions du monde et des autres ne serait que reflet ou projection de nous-mêmes.

Salez. Parmi celles-ci, nous pouvons citer la théorie des cordes selon laquelle il existerait d’autres dimensions, imperceptibles pour nous car enroulées sur elles-mêmes à toute petite échelle. La gravitation quantique à boucles, quant à elle, évoque un multivers semblable à une mousse dont chaque bulle serait un univers. « Dans certains témoignages d’abductions liés au phénomène Ovni, les personnes rapportent avoir été emportées dans des lieux comprenant plus de dimensions que notre espace-temps habituel ; elles disent avoir rencontré des êtres capables d’exister ou d’évoluer dans des plans de réalité différents du nôtre. De telles descriptions rejoignent étonnamment les théories scientifiques sur le multivers ! », reprend Morvan Salez.

Poser l’hypothèse d’un multivers, c’est aussi sortir du dogme du déterminisme temporel selon lequel, connaissant la position et la vitesse de toutes les particules, toute trajectoire dans l’univers devrait être parfaitement déterminée. Le physicien Philippe Guillemant nous éclaire : « La mécanique quantique rejoint la relativité générale pour dire que passé, présent et futur sont simultanés et fonctionnent ensemble. Dans le présent, nous n’avons pas un seul parcours parfaitement déterminé vers le futur mais possiblement une multitude. Certains physiciens prétendent que nous aurions différentes versions de nous-mêmes dans chacun de ces univers parallèles. Moi je suis plutôt d’avis que ces différentes vies nous appartiennent et que nous avons la possibilité de passer d’une ligne à une autre. » Pour ce chercheur au CNRS, notre futur serait déjà réalisé, du moins à l’état potentiel, et c’est notre état de conscience qui le déterminerait. Selon lui, en opérant un retour sur soi, et en se reliant intérieurement à qui nous sommes profondément, nous pouvons nous connecter à une partie de nous-mêmes localisée dans des dimensions supplémentaires de l’espace, sorte de surcouche de l’espace-temps, et récupérer des informations sur notre futur. « Dans le multivers de possibilités, ce sont les visualisations pour lesquelles nous aurons investi le plus d’émotion, de rêve ou de volonté qui recevront le plus grand potentiel de manifestations », précise-t-il.


Où s’arrêtent nos frontières ?



Alors, que penser de ces mémoires qui semblent se dire et parfois se répéter dans nos schémas de vie ou dans notre corps ? Finalement d’où viennent-elles ? D’une vie passée, future, parallèle ? Pour le psycho-praticien Stéphane Drouet, cette question est une aberration au niveau quantique. « Nous sommes des mémoires atemporelles, intelligentes, dynamiques (remises à jour en permanence) et reliées les unes les autres par les lois de l’intrication. On ne peut donc pas dire qu’il y a de l’antérieur ou du postérieur. Toutes nos dimensions interagissent simultanément. » Son point de vue corrobore le témoignage de Stéphane Allix. Après avoir ramené à sa mémoire des informations précises sur la vie d’un soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, il se questionne : « Réincarnation ? Vie parallèle ? Je m’abstiens de conclure. Alexander est mort en 1941, c’est donc évident que sa vie s’est déroulée “avant” la mienne, et pourtant, d’une certaine façon, son énergie continue d’être vivante, agissante.

Plutôt que de trancher sur ce débat terminologique, je préfère m’intéresser à la relation qui existe entre ces mémoires et ma vie actuelle et chercher comment mettre en lumière et pacifier ce qui a besoin de l’être. » Au terme de son enquête, Stéphane finit par concevoir notre corps comme le point de rencontres d’histoires familiales, transgénérationnelles, karmiques, spirituelles. « Les frontières de notre individu sont une forme d’illusion, poursuit-il. Nous sommes façonnés par mille influences extérieures et notre chemin de guérison rejaillit sur le Tout. » Cette interconnexion quantique n’est pas sans rappeler la figuration celte très ancienne de l’entrelacs, aussi dénommé « lacs d’amour », représentant la vibration primordiale de l’univers, l’enchevêtrement sans fin des faits cosmiques et humains... Finalement, où sont les limites entre soi et les autres, entre notre vie et le reste du monde ?


Accepter le mystère



Au regard des considérations ci-dessus, le réel, notre « je » et notre terrain de jeu, semblent beaucoup plus riches que ce que l’on a tendance à imaginer. En prendre conscience peut donner le vertige et ouvrir nos canaux d’accès à ces autres réalités peut s’avérer fort déstabilisant. Alors comment vivre notre multidimensionnalité au quotidien ? Pour Franck Lopvet, le but de notre vie n’est pas de régler les choses d’un quelconque passé ou karma. « Le terme de multidimension tente d’expliquer l’inexplicable. Nous sommes une sorte d’entité divine qui s’explose en un seul instant en de milliers de parties différentes qui vont toutes se charger d’une part d’une gigantesque équation. Ma prérogative d’humain n’est pas de résoudre l’équation avec ses multiples inconnues mais d’incarner l’inconnu que je suis, en vivant ma vie et en acceptant de ressentir ce qui me traverse. »

En vertu des lois quantiques qui postulent qu’observateur et objet observé sont fondamentalement liés, ce que nous verrions du monde et des autres ne serait que reflet ou projection de nousmêmes. Pourtant, dans notre quotidien, l’autre apparaît bien comme séparé de nous-mêmes, tout comme notre passé semble bien révolu. « Le plan est à la fois linéaire et simultané, nous précise Franck. C’est cette dichotomie à laquelle il faut s’habituer. Plus on accepte cette gymnastique, plus on accepte le mystère et plus on peut vivre la spontanéité de l’enfant. » Les conseils de Stéphane Drouet vont aussi dans ce sens. Pour lui, la puissance divine de l’être humain est justement logée dans notre inconscient. « On essaie de nous faire croire qu’il faut gagner en conscience, nous dit-il. Pour moi, c’est une croyance erronée. Regardez toutes les prises de conscience que vous avez eues depuis dix ans : êtes-vous capables de toutes les citer ? Non. Par contre, l’inconscient les a stockées. Et ce faisant, il devient de plus en plus dense et puissant. C’est en s’abandonnant dans le non-savoir que l’on peut accéder à des couches toujours plus subtiles de la multidimension et nous enrichir d’informations toujours plus fines pour soutenir notre évolution. » Finalement, la simplicité ne serait-elle pas la clé pour pouvoir vivre notre nature humaine à la fois limitée et immensément vaste, incarnée et incandescente de divinité ?



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