Article


© RUSLAN GRUMBLE
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 08/10/2018
  • Julie Klotz
    Auteur

A RETROUVER DANS

Inexploré n°40

Au-delà : La psychologie et la science bouleversées !
Magazine » Enquêtes

Exorcisme : délivrer l’âme

L’exorcisme peut-il être une voie pour guérir un soupçon de « possession » ? Le père George de Saint-Hirst démystifie ce rituel religieux destiné à expulser une entité spirituelle maléfique qui se serait emparée d’un être ou d’un lieu.

« À 14 ans, j’ai commencé à pratiquer la magie noire, jusqu’au jour où certaines personnes de mon entourage ont eu des accidents graves. Je ne possédais pas de manuel mais, bizarrement, je connaissais spontanément tous les protocoles. Comme j’arrivais à manipuler facilement les victimes dans mon propre intérêt, j’ai pris de l’assurance et j’ai continué. Je suis allée jusqu’à la renonciation au baptême et au pacte avec Satan. Un jour, lors d’un rituel, j’ai senti quelque chose qui me dépassait complètement… Le lendemain, j’avais trois grosses griffes dans le dos qui saignaient ; elles sont parties, puis revenues quelques mois plus tard. Chez moi, les meubles bougeaient tout le temps. Chaque fois que j’entrais dans une église, j’étais prise de convulsions. Je suis tombée malade plusieurs fois. Je ne dormais presque plus. Frisant l’internement plusieurs fois, j’ai fini par suivre un lourd traitement médicamenteux », raconte Aurélie qui, après quinze ans de souffrance, a accepté de se faire exorciser par le père George de Saint-Hirst (voir photo page 101), prêtre exorciste de l’Église vieille-catholique romaine, installé dans le sud de la France, à Saint-Laurent-du-Var.

En analysant un cas comme celui-ci, le père George de Saint-Hirst peut conclure qu’il s’agit bien là d’une possession. Ce qui signifie qu’une présence aliénante a investi et envahi le monde intérieur ainsi que le corps de la personne possédée. Selon les cultures, cette présence sera associée à une divinité, un djinn, un esprit, un ancêtre, un démon, voire au diable lui-même. C’est ainsi que le père George établit une classification des cas qu’il rencontre, « du simple rhume au cancer généralisé ». « En tant que créatures de Dieu, nous avons le devoir de soigner notre âme tout autant que notre corps », explique-t- il. À l’origine de ces « maladies », il peut identifier des attaques paranormales, un simple désordre énergétique comme « le mauvais oeil », différents envoûtements, sortilèges et maléfices impliquant une emprise, jusqu’aux parasitages par une âme errante d’une personne ou d’un lieu, pour finir par les « possessions », avec ou sans acte de magie noire. Dans le Manuel clinique des expériences extraordinaires, Isabelle Kochko, psychologue clinicienne, et Djohar Si Ahmed, psychanalyste, distinguent bien « cas de possession » et « hantise ». De fait, ces deux concepts sont difficiles à définir, tant le domaine du paranormal désigne des phénomènes insaisissables, peu observables, ni explicables scientifiquement. Cependant, les deux auteurs déterminent que « possession et hantise renvoient à des expériences en rupture avec l’ordre habituel du monde, et dans leurs formes majeures, impliquent des vécus persécutifs, voire terrifiants. Et pour cause : quelque chose d’extérieur, d’étrange, d’étranger, ou vécu comme tel, s’insinue, infiltre, prend possession de l’espace intérieur du sujet, de son âme, mais aussi de son cadre de vie, de son habitation, de son environnement ». La hantise a en plus la particularité de provoquer la sensation d’un environnement qui serait habité par une présence dont l’action serait « diffuse, invisible, récurrente et en général malveillante ».

Le prêtre exorciste intervient souvent en dernier recours chez un sujet « perdu », qui est passé entre les mains de différents médecins, thérapeutes ou énergéticiens. Chaque diocèse est censé posséder un exorciste, mais certaines victimes déplorent ne pas être reçues, faute d’être baptisées. Feu Père Gabriele Amorth, exorciste du diocèse de Rome, le plus connu de l’Église catholique, s’est souvent plaint qu’il n’y ait pas assez de « vrais exorcistes » en France. En tous cas, il semble bien en manquer. Le père George, qui reçoit déjà plus de 1 000 personnes par an, est tellement débordé par les demandes qu’il est en train de former trois nouveaux exorcistes. Appartenant à un ordre missionnaire, il accueille tous ceux qui en ont besoin et observe parmi eux une majorité d’athées : « En réalité, j’exorcise très peu de pratiquants ; surtout des non-pratiquants ou des incroyants, selon moi, plus fragiles à cause de leur manque de spiritualité. » Il peut lui arriver d’accueillir des personnes d’autres confessions, bien que rabbins ou imams (entre autres) aient également la compétence à faire des exorcismes.


Maladies psychiques et cas de possession



Les « souffrants » ont souvent des symptômes qu’aucun médecin ne parvient à expliquer. « Leur santé physique, mentale, émotionnelle et énergétique se voit complètement perturbée. Ce qui vient irrémédiablement affecter tous les domaines de leur vie : relationnel, sentimental, professionnel et financier… », précise le père George. Ainsi, comment différencier celui qui relève de la psychiatrie de celui qui est sain psychiquement et subit une attaque paranormale ? D’après le père George, il existe toute une kyrielle de symptômes identifiables, même si la frontière entre les deux reste ténue. Souvent, il travaille en étroite collaboration avec des médecins psychiatres qui lui envoient des cas qu’ils ne parviennent pas à soulager par le seul usage de médicaments et du travail thérapeutique. Inversement, il invite certains « patients » à se rendre dans une unité de soins psychiatriques. La plupart du temps, un entretien approfondi lui permet d’établir une analyse qu’il confirmera lors de l’exorcisme, en fonction des manifestations observées chez le sujet. Un cas de possession semble engendrer un état dissociatif très proche de celui de la schizophrénie (hallucinations visuelles ou auditives), mais aussi des symptômes observés dans d’autres psychoses telles que la paranoïa (sentiment de persécution), dans des névroses comme l’hystérie (paralysie, convulsions, perte des sens), ou dans des affections neurologiques telles que l’épilepsie.

Possession et hantise renvoient à des expériences en rupture avec l’ordre habituel du monde.

Une attaque paranormale paraît détourner la victime de la réalité et la plonger dans une certaine confusion mentale, lui provoquer des pensées négatives, des obsessions, des passages amnésiques, ou encore un sentiment d’isolement. Comme elle semble perdre son libre arbitre, elle peut agir ou parler contre sa volonté, parfois dans des langues inconnues. Dans son quotidien, elle peut être confrontée à des manifestations négatives récurrentes : le courrier posté se perd, la voiture tombe en panne, les ampoules grillent, les appareils électriques dysfonctionnent... Par ailleurs, lorsque c’est la santé d’un sujet qui est atteinte, il n’est pas rare que rien de significatif n’apparaisse sur les analyses médicales prescrites par le médecin. Enfin, une personne « possédée » peut voir apparaître sur son corps des stigmates, mais aussi développer des perceptions extrasensorielles. « J’ai été victime d’un envoûtement qui a engendré chez moi des problèmes cardiaques graves. Je subissais des malaises réguliers, j’avais un sommeil perturbé, des douleurs dans le haut du dos… Puis, après avoir été exorcisé, du jour au lendemain, plus rien ! », raconte un témoin. En effet, dans bien des cas, les victimes d’attaques paranormales rencontrent des désordres énergétiques allant jusqu’à développer des problèmes physiques. Mais au-delà de tous les symptômes cités, il n’est pas toujours facile d’établir un diagnostic, selon le psychiatre Jean-Marc Mantel : « Des phénomènes de ce type peuvent s’intriquer avec des troubles psychiques authentiques. Il est alors difficile de faire la part des choses. Dans des vécus persécutifs, des influences extérieures peuvent se mêler à un déséquilibre émotionnel préexistant. Le mental et l’ego vont construire alors des peurs, à l’interface du monde subtil et de la psyché, donnant un aspect délirant ou subdélirant. » De la même manière, la psychologue Isabelle Kochcko pense qu’il est « très difficile de démêler ce qui peut provenir d’une intrusion extérieure d’une production psychique à laquelle on n’a pas forcément accès, par le biais de l’inconscient ».(...)


L'accès à l'intégralité de l'article est réservé aux abonnés de la famille INREES.

OU

NOS SUGGESTIONSArticles