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© VERA PETRUK
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PUBLIÉ LE 19/07/2019

A RETROUVER DANS

Inexploré n°43

Avons-nous une destinée ?
Les mystères de nos chemins de vie

LES LIVRES À LIRE

Comprendre la voyance

Alexis Tournier
Editions Trajectoire

Quand la médiumnité s'impose...

Florence Hubert
Editions Exergue

Contacts avec l'au-delà

Jean-Marie Le Gall
Éditions Lanore
Magazine » Enquêtes

Des futurs (im)parfaits

Médiumnité, voyance, prémonitions éclairent nos destinées, jetant un pont entre le visible et l’invisible. Mais que l’on soit un « pro » ou non des perceptions, il arrive de commettre des erreurs ou imprécisions. En arrière-plan, un questionnement vertigineux : qu’est-ce qui est écrit ou non dans nos chemins de vie... et que perçoit-on ?

En tant qu’être humains en chemin, nous sommes en quête de sens, de compréhension et d’orientation. Ce sens peut être mis en lumière et en perspective par des informations ou des perceptions provenant d’autres dimensions que la réalité ordinaire. Nous sommes tous des perceptifs, tous capables de nous connecter à d’autres plans. Il nous semble d’ailleurs naturel d’avoir des rêves inspirés ou des insights qui viennent éclairer, à certains moments clés, des aiguillages sur nos voies de vie. « Les perceptions sont une propriété même de la conscience. Tout être humain a cette capacité, car il participe d’une métaconscience », souligne Alexis Tournier, praticien de la voyance et des arts divinatoires.


Du réveil à la révélation


Le canal perceptif est donc accessible et fonctionnel chez tout un chacun, plus ou moins consciemment. Continue, la communication entre les plans, qu’il s’agisse d’entrer en contact avec l’au-delà ou encore de percevoir le futur, doit être apprivoisée (familiarisation avec les états élargis de conscience, initiation et entraînement à la médiumnité et l’intuition...), car elle est peu développée dans notre culture matérialiste. Cette perception subtile demande un double mouvement, paradoxal : d’ouverture à l’inconnu, de lâcher-prise et d’ancrage, de maîtrise, à différencier du contrôle. Car les perceptions extralucides peuvent être brouillées par le chant des sirènes de l’ego, soucieux de ce fameux contrôle et aveuglé par les conditionnements, passant de fait souvent à côté de la boussole de l’intuition, voire des révélations des voyants ou des médiums. A contrario, l’individu peut aussi se laisser berner. « On recherche le contact avec le monde des esprits, on ouvre la porte, mais sur qui ? On est en contact, mais avec quoi ? Je suis passé par ces différents types de communication avec le monde invisible et je sais, avec le recul, qu’il faut être extrêmement vigilant. Nos amis spirites, ainsi que les bouddhistes, attirent notre attention sur le fait que nous pouvons être abusés par les esprits », témoigne Jean-Marie Le Gall, magnétiseur, qui a décidé d’arrêter la médiumnité après 34 ans de pratique.

Dans notre société cartésienne, cette faculté perceptive originelle est la plupart du temps endormie par le processus éducatif, l’environnement social et culturel. « Si certains sont familiers avec ces perceptions depuis l’enfance, ce don se révèle et se réveille souvent suite à des traumatismes ou chocs émotionnels qui nous plongent dans des états différents, nous ouvrant à des intuitions ou des perceptions fulgurantes... sauf qu’en fait on retrouve sa vraie nature, connectée », précise Alexis Tournier. Sur cette voie de l’éveil à même de transcender nos destinées, les grandes philosophies orientales ou encore le chamanisme amènent l’individu à développer la conscience de « qui » il est, avec, en corollaire, le développement de ces capacités perceptives, médiumniques, qui ouvrent à l’au-delà de soi. « Le langage de l’âme utilise plutôt une vibration universelle, celle de la lumière, de l’amour et de la pensée pure. Pour pouvoir s’exprimer, cette vibration passe par le ressenti du corps physique ou des autres corps subtils », précise Sylvie Ouellet, auteure entre autres de J’aimerais tant te parler… (éd. Dauphin Blanc, 2007). Cette écoute médiumnique passe donc par un éprouvé vibratoire, dont on peut ressentir intimement la justesse.


Connexion illimitée


Désireux de mieux comprendre les perceptions extrasensorielles qui l’accompagnent depuis l’adolescence, Alexis Tournier a participé à des expérimentations avec des universitaires au sein de l’Institut métapsychique international (IMI) et a notamment créé Clevao, qui propose des formations à l’intuition et aux arts divinatoires. Attentif à faire le pont entre le monde scientifique dans lequel il a baigné (bac C, prépa de maths, école d’ingénieurs, avant de bifurquer vers la voyance) et le perceptif qu’il est, il nous relaie le consensus émergent qui rapproche sagesses traditionnelles et sciences actuelles : « Tout est information. Tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui va être appartient à une matrice de conscience non locale. Notre monde physique n’est qu’une projection holographique de cette matrice », explique-t-il. Les capacités de voyance, de médiumnité ou encore de perception intuitive ont un dénominateur commun : elles donnent accès à cette matrice d’information non locale.

« La voyance et la médiumnité sont très similaires, c’est juste une question de vocabulaire. Lorsqu’on évoque des guides, des anges, des esprits, on vient plaquer sur cette conscience non locale des dénominations accessibles à notre mental, pour se rassurer. Or, c’est peutêtre beaucoup plus transcendantal que ça, débordant notre système de représentation », interpelle-t-il. Et de nous imaginer, être humains, comme des poissons rouges, occupés à deviser sur ce qu’il y a de l’autre côté du « bocal »... Il poursuit la métaphore : « De temps en temps, une “épuisette” pêche un poisson ; de retour dans le bocal, il va raconter ce qu’il a vu de l’autre côté. »


Errare humanum est


Cette information non locale parvient à un individu perceptif : médium, voyant, mais cela peut aussi être tout un chacun, comme nous l’avons vu. Celui-ci la conscientise et l’exprime.

Ce qu’on appelle « le futur » serait, en réalité, une coexistence de plusieurs futurs.

Dès lors, les erreurs ou imprécisions peuvent venir d’un mauvais décodage de la personne qui reçoit l’information. « Lors de la transcription en mots des perceptions, l’information est passée au tamis des interprétations, des filtres émotionnels et autres projections de l’individu. Prenez deux personnes qui ont vécu le même événement ; en écoutant leurs récits, on peut parfois croire à deux histoires différentes. Même un très bon médium, un très bon voyant peut se fourvoyer. Nous ne sommes pas des machines ! » Sur un plan plus subtil, la conscience non locale est par nature très vivante et dynamique. En écho à la physique quantique, Alexis Tournier souligne qu’en percevant une information sur le futur, on agit sur ce dernier. « Il peut se réagencer. De manière subtile, voire inconsciente, le futur se met à jour. Perception et action sont les deux faces d’une même pièce. » Ce qu’on appelle « le futur » serait, en réalité, une coexistence de plusieurs futurs. Voyants et perceptifs, quand nous percevons le futur, lequel voyons-nous ? « Vraisemblablement le plus probable ; celui qui a le plus de chances de se manifester. La perception de ce futur peut (le) changer ; il peut “sauter” à un autre futur potentiel. » Alexis Tournier utilise la métaphore d’une corde constituée de cordelettes plus petites, pas encore tressées, dont les drains partent dans tous les sens, symbolisant autant de futurs possibles. « Le mouvement du présent, comme le ferait une fermeture éclair, permet d’assembler ces cordelettes non tressées : il y a actualisation du futur. »


Faux contact ?
Médiums et voyants s’accordent quant aux frustrations de ceux qui les consultent lorsque la réponse ou le contact établi ne correspondent pas à leurs attentes et, pire, si rien ne se produit !

« Le mental humain est très puissant. Il nous empêche souvent d’ouvrir notre esprit à de nouvelles orientations, d’écouter et d’entendre les messages de l’au-delà, ou tout simplement de prendre le contrôle de notre existence », avertit la médium Jade Devaux. Il arrive aussi que ce qui semble être une erreur de « casting » se révèle l’opportunité d’un contact inattendu. « Je me souviens d’une femme qui souhaitait entrer en contact avec son enfant décédé. Or c’est son mari, qu’elle n’avait aucune envie de contacter, qui s’est présenté... mais parce qu’il avait quelque chose d’important à lui dire », confie la médium Florence Hubert. Ce témoignage, comme tant d’autres, laisse penser que ce qui apparaît comme une erreur survient pour révéler des choses en nous, comme si l’Univers nous poussait vers notre destinée... Et le voyant ou le médium, en quelque sorte candide de ces enjeux cachés, en suivant le guide qui l’accompagne, nous pousse dans cette direction fondamentalement juste pour nous... même si cela reste une erreur aux yeux du public.




Au sommaire de nos vies


Tout ceci nous ouvre à une autre question abyssale : le livre de nos vies est-il écrit, tel un manuscrit fini... ou pas ? Il s’agit là d’un vrai débat philosophique depuis l’Antiquité. Voyance, médiumnité et arts divinatoires ont toujours existé pour lire entre les lignes et tenter de découvrir les chapitres à venir. « Nous sommes comme des fusibles dans la société », reconnaît Alexis Tournier. Son expérience de la voyance lui laisse à penser que l’avenir n’est pas écrit à 100 %. Il y a une sorte d’indétermination, relayée par la physique quantique. « Un chemin de vie est une sorte de cap d’ordre général. Comme en randonnée, plusieurs sentiers permettent de rejoindre cette direction ; à l’image du Mont-Blanc pouvant être atteint par différentes voies. » C’est là qu’intervient le libre arbitre : à chacun d’emprunter le sentier qu’il veut. En fonction de nos conditionnements, d’ordre social, historique, culturel, transgénérationnel, nous opterons pour tel ou tel itinéraire, mais nous pourrons peut-être faire le choix de sortir des voies balisées, des sentiers battus...

« Les médiums, les voyants, sont comme des drones ; ils ont une vision très large. Avec ce recul, ils peuvent voir les panneaux indicateurs, les directions, les distances entre deux bornes ou encore les croisements sur le chemin de vie. Mais la personne a toujours le choix. » Pour la médium Florence Hubert, à nous de saisir ou pas la perche que nous tendent le message révélé, les perceptions dévoilées, avouant qu’il est parfois plus simple de rester dans l’(in) confort du connu... Il arrive aussi que le voyant ou le médium ne parvienne pas à percevoir ou entrer en contact avec cette métaconscience. L’opacité est susceptible de provenir, plus ou moins consciemment, de la personne qui consulte, mue par un désir contradictoire : elle a pris rendez-vous, mais elle ne veut pas vraiment savoir... Cette absence de contact ou de perceptions est parfois du fait du médium ou du voyant. Comme pour un sportif, il arrive qu’il y ait trop de fatigue ou que cela soit un jour sans. Peut enfin survenir, chez le perceptif, une forme d’autocensure, consciente ou non. Comme si ce qu’il y avait à révéler était « trop dangereux » pour la personne, qu’elle n’était pas prête ou que cela entraverait trop son libre arbitre. « Des cas rares et très difficiles », conclut Alexis Tournier.

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