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PUBLIÉ LE 23/07/2018

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Inexploré n°39

Les rêves pour se transformer : illuminez vos nuits avec un art chamanique !
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Les gardiens d'un rêve

Les Aborigènes d'Australie sont par excellence un peuple du rêve. Ils conçoivent la dimension onirique comme étant à la fois originaire de notre monde et parallèle à lui. Le Temps du rêve serait une source constante d'informations.

Les Aborigènes d’Australie pensent qu’à l’origine, le monde était un désert sans relief ni vie. Dans les profondeurs de la Terre inerte, dormaient les rêves, qu’un réveil soudain conduisit à l’air libre. Les Êtres Rêves se mirent alors à sillonner la Terre en chantant et en semant leurs empreintes fabuleuses. Pouvant se transformer et changer de forme, ils créèrent un rêve pour chaque chose : un rêve nuage, un rêve colline, un rêve kangourou... Ils modelèrent ainsi les paysages et les êtres, faisant du monde matériel la partie visible d’une structure de rêve. Un rocher, une rivière, une plante, un animal ou encore un homme existent parce qu’ils ont été rêvés.

« À la suite de cela, « les Êtres Rêves » s’évaporèrent, leur corps se fondant dans la roche ou un point d’eau », complète Bénédicte Uyttenhove, analyste jungienne. Cependant, avant de rejoindre leurs ténèbres souterraines, ces Grands Initiés « enseignèrent aux hommes comment vivre. Ils leur donnèrent les mythes, les lois et les rites destinés à maintenir un contact spirituel avec eux », indiquent Sylvain Michelet, Roger Ripert et Nicolas Maillard dans Le livre des rêves. Ainsi, les Êtres Rêves sont toujours là, quelque part dans le Temps des rêves – un thème central pour ces cultures d’Australie. Le Temps des rêves désigne donc à la fois l’ère qui précède la création du monde et une dimension parallèle, habitée par des esprits avec lesquels il serait possible de communiquer, notamment par le rêve.


Protéger une architecture invisible



Pour les Aborigènes, tout découle donc des Êtres Rêves, à l’origine de l’architecture invisible de notre réalité habituelle. Cependant, les choses ne s’arrêtent pas là : s’il est possible de continuer à communiquer avec eux, il convient de les entretenir. Ainsi, chaque individu est modelé par un rêve, qui détermine son appartenance à une famille ou à un clan, mais il est également gardien ou « surveillant » de ce rêve. La trame du rêve, dans laquelle tout est interconnecté, n’est donc pas définie une bonne fois pour toutes. Elle est dynamique et plastique. Elle est tel un jardin qui nourrit le jardinier, qui en retour s’occupe de lui. Le rêve donne le vivant, qui entretient le rêve, qui évolue avec le vivant. Et si le rêve meurt, le vivant meurt. Par ailleurs, le Temps des rêves n’est pas linéaire comme l’eau qui coule. Il est comme l’air ou l’espace, multidirectionnel. Ainsi, entretenir un rêve, c’est maintenir sa propre connexion aux principes de vie sous-jacents, mais aussi celle de ses ancêtres et celle des générations futures.

« L’idée que les humains sont connectés à des structures de rêves fait penser aux archétypes et à l’inconscient collectif développés par Carl Jung, auxquels nous serions reliés. De plus, cela rappelle la notion de champs morphogénétiques de Rupert Sheldrake », indique Bénédicte Uyttenhove, également directrice de l’École de psychologie clinique. En effet, l’inconscient collectif serait une trame informationnelle structurée par des profils et des scénarios types, communs à l’humanité. De son côté, la théorie des champs morphogénétiques stipule que chaque individu est formé, là aussi, à partir d’une structure informationnelle, qui le guide dans sa croissance, et qu’il peut modifier en retour. Elle indique également qu’un individu, mais aussi une famille, une race ou l’ensemble du vivant, ont chacun leur champ. Ces champs s’emboîtent les uns dans les autres et sont tous reliés. Ils sont vus comme l’architecture invisible du vivant. Enfin, « le Temps des rêves amena les Aborigènes à définir le temps, bien avant Einstein, en termes spatiaux plutôt que linéaires », soulignent les auteurs du Livre des rêves.(...)

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