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PUBLIÉ LE 10/10/2016

A RETROUVER DANS

Inexploré n°32

Coopérer, en route vers demain
Magazine » Entretiens

"Le parfum est
lié à l'âme"

La chimiste Sandrine Giordanengo met son intelligence subtile des plantes au service de fragrances et cosmétiques 100 % naturels. Objectif reconnexion.

D’où vient votre rapport intime à la nature ?

J’ai eu une enfance difficile. Mon refuge était de parler aux éléments. J’ai lu mon premier ouvrage sur les plantes à 6 ans. A 15 ans, je fabriquais mes cosmétiques. Le monde végétal, le monde minéral et le monde animal m’ont beaucoup appris, notamment sur la capacité de s’adapter à l’environnement pour survivre. Dans la nature, des rapaces se baignent avec moi, des biches m’approchent ; c’est très émouvant. J’ai une conscience très large de l’univers, je me sens accompagnée. Hier, alors que je me baladais, je me suis sentie appelée vers un lieu où je ne serais jamais allée par moi-même. J’ai marché, sans savoir pourquoi, et suis tombée sur une population d’orchidées sauvages. Comme si elles m’avaient attirée à elles ! Je suis en permanence en communication avec la nature. Quand je marche en forêt, je demande la permission aux arbres de passer, j’écoute, je remercie.


Comment concilier ce sens de l’invisible avec votre formation scientifique ?

Pour moi, tout est nombre, tout est mathématique. J’adore cette discipline ! Quand on s’aperçoit qu’une équation permet de prévoir ce qu’il va se passer, on comprend qu’on évolue dans une grande matrice. J’ai fait de la physique quantique pendant quatre ans. La vibration de toute intention est déjà matière. L’air est porteur, nos pensées et nos émotions ont des ondes, la confiance et l’amour que nous mettons en quelqu’un peuvent le sauver. Tout est lié.


Comment les parfums sont-ils entrés dans votre vie ?

Ils ont toujours éveillé quelque chose en moi. Étudiante, tous les midis, j’allais sentir des fragrances. Puis j’ai travaillé pour des parfumeurs. Les voir employer des substances synthétiques m’attristait. Au gré de mes voyages, je me suis intéressée à la façon dont les peuples traditionnels guérissent et perçoivent la connexion à l’invisible. Au Brésil, ou j’ai vécu six ans, une marque de cosmétiques m’a confié des missions d’ethnobotanique. Je me suis aperçue que des gens partageaient mes ressentis et me faisaient confiance, au point de me révéler des savoirs que je n’ai pas osé transmettre à mes employeurs, de peur qu’ils en fassent mauvais usage. J’ai ressenti comme un clash intérieur ; j’ai tout quitté. Un travail de trois mois auprès d’une chamane amazonienne m’a fait comprendre que j’avais quelque chose à accomplir.

Quand je marche en forêt, je demande la permission aux arbres de passer...

Je suis partie au Sahara, puis j’ai lancé ma gamme, dans un esprit de reconnexion, de partage et de supplément d’âme. Nous sommes ici pour une raison. Il ne faut pas attendre, il faut avancer, créer. Plus nous sommes au diapason de ce que nous sommes venus accomplir, plus la vie nous envoie des signes qui nous guident. Aujourd’hui, quand je demande, si je suis juste, je reçois. Les choses s’enchaînent. C’est presque sans désir personnel.


Vous dites que votre vocation est de capter l’énergie des plantes, de la maintenir intacte et de la porter, par les senteurs, jusqu’aux humains. Comment y parvenez-vous ?

Pour les anciens, les huiles essentielles étaient l’esprit des plantes. C’est cette vibration qu’il m’appartient d’extraire et de transmettre. Ma formation en génie chimique m’est utile, mais au-delà, je veille à ce que chaque tâche soit effectuée en conscience. Je vais voir les gens qui distillent, j’observe leur manière d’être, j’assiste au processus, je prends des bains du distillat. Ainsi, je ressens si l’esprit de la plante, sa force, sa personnalité sont encore présents après la transformation. A moi, ensuite, de les honorer et de les respecter, par mon assemblage. Je fais tout à la main. Les matières premières que j’utilise sont extrêmement chères – jusqu’à 25 000 euros le kilo. Comme me l’ont appris les Tibétains, je ne les manipule jamais si je ne suis pas alignée, disponible. Alors, mes parfums vibreront, la fréquence de chaque essence répondra aux besoins.


Pour les anciens, les huiles essentielles étaient l’esprit des plantes.

Pensez-vous qu’un parfum puisse provoquer une ouverture de conscience ?

Les senteurs jouent un rôle considérable, tant dans l’épanouissement du gout ou du désir sexuel que dans l’accès au divin. Les anciens savaient que le parfum était lié à l’âme, qu’il rejoignait le système limbique, qu’il pouvait faire accéder à d’autres états de conscience, raviver des mémoires et nous faire évoluer. Lorsque des gens me rendent visite pour découvrir mes produits, je les fais parler d’eux. Dans cette écoute bienveillante, quelque chose opère. Apres, ils savent quelle fragrance il leur faut. Un homme m’a dit : « Vos parfums nécessitent d’apprendre à recevoir. Ils ne sont pas de l’ordre de la consommation, mais de l’acceptation. En nous mettant en contact avec l’énergie originelle, ils nous mettent en chemin. Ce procédé holistique demande un lâcher-prise total, un travail au niveau de l’être, et non de la pensée. » Transmettre ce que je sais et ce qui me fait du bien, pour que ça devienne un outil pour autrui, voilà ma mission.


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