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PUBLIÉ LE 18/09/2018
  • Catherine Maillard
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Cercle sacré : la roue de médecine

Utilisée par les peuples amérindiens, la roue de médecine permet à l’être humain de renouer avec les cycles naturels pour restaurer une harmonie perdue. Quels sont les enjeux et les vertus de cette pratique ancestrale pour le monde d’aujourd’hui ?

Traditionnellement, le terme « roue de médecine » renvoie au cercle, et plus précisément au « cercle de vie » . On trouve des cercles réalisés à l’aide de pierres, de fleurs, ou d’éléments de la nature à même le sol à de nombreux endroits en Amérique du Nord. Les amérindiens lui attribuent le pouvoir de restaurer un équilibre physique, psychique et spirituel. « C’est sans doute la plus ancienne représentation de la cosmologie du monde car elle nous vient de l’observation directe de la nature » témoigne Maud Séjournant, au regard de son initiation chamanique(1). À la fois clé de compréhension de l’Univers, outils de connaissance de soi, et voie de santé holistique, la roue de médecine pourrait nous ouvrir les portes d’un profond changement tant individuel que collectif ! Sommes-nous prêts à tenter cette aventure ?


Une voie médecine holistique



« Il est important de se relier aux rythmes et aux cycles de la terre. (…) L’harmonie avec les forces de la terre est essentielle, car la déconnexion et le manque d’harmonie créent la maladie » témoigne Sandra Ingerman, thérapeute et pratiquante chamane certifiée(2). Des propos qui nous donnent à réfléchir sur nos modes de vies et notre approche de la santé ; ils sont au centre de la médecine amérindienne traditionnelle, une médecine énergétique transmise oralement depuis quelques 5 000 ans. Chacun y est vu comme un « voyageur cosmique » poursuivant son périple sur terre sur le modèle des cycles du soleil et de la lune, des quatre saisons et des points cardinaux. La guérison est holistique ; elle est fondée sur le rétablissement de la communion avec les puissantes énergies de la terre et du ciel. Pour le chamane Kenneth Meadows(3), « La roue de médecine pourrait être définie comme un cercle de connaissance qui restaure l’intégrité et donne pouvoir sur sa vie ».

Autre clé de compréhension de la roue de médecine, sa forme : le cercle ! Symbole archétypal fondamental dans la tradition et considéré comme un contenant qui représente l’Univers, les amérindiens l’appellent Wakan tanka, le Grand Tout, qui contient l’intégralité des choses existantes. C’est pourquoi la roue de médecine est représentée découpée en quatre quadrants : les quatre points cardinaux, le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest. Chacun représente un esprit primordial, un messager du grand esprit porteur d’une qualité spécifique d’énergie ; y sont associés le plus souvent une saison, un animal, une couleur, un élément, qui différent selon les tribus (voir tableau).

« La roue de médecine parle de la vie, de l’interrelation, et de la façon dont tout se transforme » précise Bruno Clavier, psychanalyste, initié aux traditions Lakota, et ayant suivi les enseignements Algonkins et Inuus. En d’autres termes, toutes les choses sont reliées entre elles et ne font qu’un dans le cercle de la vie… Tout y est comme une chaîne où chaque maillon est en interaction avec tous les autres et joue un rôle unique. Et c’est là que réside le fondement de notre Univers. Pour Jacques Languirand, spécialiste de la pensée amérindienne : « Dans le cercle sacré, tout est lié ; là s’exprime l’unité spirituelle de tous les êtres, qui demande de maintenir la valeur suprême de l’harmonie. Quand le cercle est brisé, il est possible de rétablir cette harmonie avec la roue de médecine ».


Se reconnecter au quatre directions



Si ce grand cercle sacré est un principe fondateur, c’est en la pratiquant qu’elle devient active. « Voyager autour de la roue de médecine, c’est s’engager de tout son corps, de tout son mental, de toutes ses émotions et toute son âme, dans une aventure de résonance avec les énergies et les vibrations de la terre » relate Kenneth Meadows. En parcourant et en méditant à chaque étape de la roue, symbolisée par les quatre directions, et ses éléments, le processus amène immanquablement celui qui s’y initie, à se reconnecter à son environnement naturel et aux différents règnes, tant animal, végétal, que minéral. Alors, une prise de conscience est possible pour retrouver un équilibre sur tous les plans, tant physiques, psychologiques que spirituels. « Chaque passage, Est, Sud, Ouest, Nord est comme un éclairage... La roue de médecine nous enseigne, et nous montre où nous en sommes, et comment passer la prochaine porte ! » explique Léo Rutherford(4), enseignant, et fondateur du College of Contemporary Shamanism.

La roue de médecine parle de la vie, de l’interrelation, et de la façon dont tout se transforme.

« La notion de nettoyage est également au coeur de cette médecine ! » ajoute Bruno Clavier. Nous portons tous des empreintes toxiques, des traumatismes, des blessures, des douleurs et des sentiments négatifs qui bloquent la libre circulation de nos énergies primordiales, celle issues de la nature. Quand nous répétons des modèles de comportements destructeurs, nous bloquons notre capacité innée à changer et à évoluer d’un cycle à l’autre. Pour la thérapeute indigène Jane Ely, qui fonde ses enseignements sur la sagesse universelle de la roue de médecine : « Inconsciemment nous recyclons des débris émotionnels, physiques mentaux et spirituels. Toutefois, cette forme basique de recyclage ne finit pas en bon compost qui fera pousser quelque chose de nouveau ». C’est ici que le miracle de la roue de médecine s’opère : en purifiant les énergies de la personne et en transmutant les émotions destructrices en forces créatrices.

La clé est la prise en compte de la notion de cycle, que ce soit les âges de la vie, les saisons ou autres… alors le retour à l’harmonie est possible. Il se fait par étape. Nous progressons en spirale en réalité, ce qui explique que nous avons parfois la sensation de revisiter, à nouveau une douleur, un travers négatif, un problème de reconnaissance, une culpabilité… Le chemin de guérison est un processus, comme nous le rappelle Brooke Medecine Eagle(5), enseignante des traditions ancestrales amérindienne, lors d’une conférence à Paris : « Nous parcourons maintes et maintes fois la roue de médecine lors de notre marche sur Terre et si nous pensons à passer autant de temps dans les quadrants des 4 directions, Est, Sud, Ouest, Nord, ceux du lâcher prise, de la tranquillité, ceux de l’éclosion et de l’activité, alors nous découvrons une façon de vivre plus équilibrée. »


Outils de connaissance de soi initiatique



« Pratiquer la roue, c’est découvrir qui vous êtes, votre blessure, votre histoire, et votre médecine, en tournant dans le sens du soleil, de l’Est, au Sud, à l’Ouest, et enfin au Nord », indique Bruno Clavier. En étudiant cette roue de médecine ancestrale, le psychanalyste a pu établir des ponts passionnants entre la psychanalyse et cette voie, entre le chemin de connaissance de soi, le culte des ancêtres et les cycles du vivant. Le processus part de l’Est : c’est-à-dire de la naissance et aussi de la blessure. Il y a trauma quand il y a atteinte « à l’Est », le secteur de la petite enfance. Ce qui va entraîner peur, colère, ou haine… S’ajoute également la perte de l’estime de soi, du respect de soi, que l’on retrouve, selon les Algonquins, au Sud, le quadrant suivant dans la roue de médecine. Y est associé aussi le manque de respect des autres et les projections négatives sur son entourage et plus largement sur son environnement.

Grâce à la compréhension des cycles de la nature, parcourir la roue permet de voir nos propres fonctionnements

C’est à l’Ouest, le quadrant suivant qu’il est possible de transformer. C’est la porte où se posent les questions : Qu’est-ce qui m’est arrivé, pour que je puisse voir, en être conscient ! Cela passe par la compréhension, l’acceptation. Enfin c’est le passage au Nord, la guérison, la paix… avant d’entamer un nouveau cycle. Comme en témoigne également Léo Rutherford : « Grâce à la compréhension des cycles de la nature, parcourir la roue permet de voir nos propres fonctionnements, nos conflits internes et nous aider à les résoudre. Elle ouvre une mise en perspective. »

Une des manières rituelles de pratiquer est la Sweat Lodge, ou hutte de sudation, un lieu de purification, où les participants explorent chaque porte, chaque direction, avec à chacune d’elle des esprits alliés, l’animal qui y est associé, la saison… Dans une Sweat, par exemple, on peut découvrir à l’Est la présence d’une colère, qui va s’exprimer au Sud contre les autres, à l’Ouest contre soi et qu’il va falloir lâcher, le plus souvent à l’issue d’une bataille… jusqu’à ce qu’elle s’apaise au Nord avec l’aide des esprits. « C’est avant tout d’initiation dont il s’agit, au sens spirituel du terme », prévient Bruno Clavier, sous-entendu, ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille…

Ainsi, nos pas autour de la roue de médecine nous transforment en profondeur ; il nous faut trouver notre propre « médecine » pour nous rapprocher du rôle pour lequel nous avons été appelé et finalement réaliser ce pourquoi nous sommes venus. Jacques Languirand n’y va pas par quatre chemins : « La guérison la plus radicale consiste à faire se rencontrer le déroulement de l’existence individuel, et le cercle sacré de la vie ». Alors peuvent circuler à nouveau en nous, tel le sang dans nos veines, les vibrations de ces puissants courant cosmiques. Et avec eux, la possibilité de transmuter la haine en compassion, la peur en confiance, la blessure en leçon de vie, pour rayonner la nature de qui nous sommes vraiment et participer au retour à l’harmonie collective.


Conseils pratiques



Parcourir la roue de médecine

Eric Sunfox Marchal(6), co-fondateur du compagnonnage chamanique, nous invite à tracer une roue au sol, en identifiant les quatre directions cardinales avec une boussole, et en la parcourant physiquement ; soit en questionnant une situation qui vous pose problème, ou bien au fil de la journée, pour se remettre dans une énergie de temps cyclique, et non plus linéaire. « Quel que soit le mode que vous choisissez, la proposition est d’explorer l’énergie de chaque quadrant en y résidant physiquement, et de passer à l’étape suivante, soit au fil de la journée, soit tous les trois mois », indique Eric Sunfox.
Sa proposition : Quand vous êtes à l’Est, (début de journée /printemps), c’est le temps de l’action, du renouveau, tout est possible. Le Sud (Midi/été) propose la récolte, la joie, le partage, pour ne pas risquer le burn out. Passer à l’autre porte, l’Ouest, (fin de journée/Automne) demande un temps d’introspection, la connexion à l’invisible, de relâcher ce qui est devenu inutile, avant de séjourner au Nord (Nuit/hiver), et de faire preuve de sagesse, la transmission. L’utiliser simplement crée un changement positif en vous, et autour de vous.

Comprendre le tableau des 4 Directions

  • Direction Est : Printemps, élément Feu, esprit des nouveaux commencements, corps spirituel, lieu d’origine de la Foi.. ;

  • Direction Sud : Été, élément Terre, croissance, corps physique, lieu d’origine de la confiance...

  • Direction Ouest : Automne, élément Eau, transformation, corps émotionnel...

  • Direction Nord : Hiver, élément Air, corps mental, lieu d’origine du discernement....



Notes :

  1. 1) Maud Séjournant, La spirale initiatique. Voyage d’une chamane dans le cercle de vie, Éd J’ai Lu,
  2. 2) Sandra Ingerman, Médecine pour la terre, Éd Guy Tredaniel,
  3. 3) Kenneth Meadows, La Voie Médecine, Éd Guy Trédaniel,
  4. 4) Leo Rutherford. site : eagleswing.co.uk
  5. 5) Brooke Medecine Eagle, Marcher sur le chemin sacré de la femme Bison Blanc, Éd Vega,
  6. 6) Eric Sunfox Marchal, Chamanisme, chemin d’extase, Yoga chemin d’enstase, Éd Syrr Athanor


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