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© Olivier Seignette
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PUBLIÉ LE 27/12/2019

A RETROUVER DANS

Inexploré n°45

Sommes-nous tous reliés ?

LE LIVRE À LIRE

Une voyante passe aux aveux

Valérie Fauchet et Marie-Noëlle Dompé
Les éditions Ipanema
Magazine » Entretiens

- Valérie Fauchet -
La voyance sans fard

Voir le passé, le présent et l’avenir, qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce un fardeau ou une aide ? Cela préserve-t-il des épreuves pour autant ? Si Valérie Fauchet voit l’intimité des gens, elle qui s’était promis de ne pas dévoiler la sienne se livre finalement, dans son ouvrage Une voyante passe aux aveux. Elle nous partage dans cet entretien ses raisons, ses questionnements, ses convictions et comment fonctionnent ses capacités extrasensorielles.

Pourquoi avez-vous voulu écrire ce livre ?


Cela a été un cheminement, de multiples rencontres, mais il y a une raison, une personne pour laquelle j’ai accepté d’écrire ce livre... C’est ma troisième fille, qui a le même don que moi. À l’école, Rose a énormément souffert, comme moi petite, d’être différente. Sans doute comme d’autres enfants qui sont dans ce cas de figure, et qui peuvent être étiquetés parce qu’en Occident, en Europe et en France, on ne parle pas des capacités médiumniques, de voyance... On est encore catalogué. J’ai énormément souffert, sans comprendre ma différence et les perceptions que j’avais. J’étais persuadée que tout le monde voyait la même chose que moi. Et j’ai réalisé, petit à petit, que non, les adultes, les enfants autour de moi ne percevaient pas les mêmes choses. J’ai donc d’abord été traitée de folle et cela m’a beaucoup marquée, dans mon enfance puis mon adolescence. J’avais des parents qui ne comprenaient rien à tout cela. Et ma fille est comme moi : même si ses perceptions sont différentes, elle a cette même sensibilité. Alors je me suis dit qu’il fallait aborder ce sujet, au moins pour les enfants, mais aussi pour les familles qui justement ne savent pas forcément comment gérer ces phénomènes. Ce livre existe donc pour expliquer aux parents que leur enfant n’est pas fou et pour leur permettre de le voir sous un angle nouveau. Je dis d’observer les signes : s’il est isolé, s’il a un regard fixe... De lui poser des questions, mais sûrement pas de le museler, afin que ses capacités soient détectées plut tôt et qu’il ne soit pas en souffrance. Il faut le laisser s’exprimer puis lui expliquer le plus vite possible qu’il n’est pas tout seul à vivre cela et l’amener à rencontrer d’autres enfants et d’autres adultes comme lui. Même si mon livre est assez impudique, je me suis dit qu’il pouvait aider d’autres personnes.


Vous parlez beaucoup de flashes, de voir les choses, d’hypersensibilité, pouvez-vous nous expliquer ?


Vous voyez, par exemple, pendant que je vous regarde, que l’on discute, tout à coup je ne vais plus voir la scène en tant que telle, mais une sorte de « diapo » va apparaître devant mes yeux. J’ai une autre scène qui arrive, comme avec l’aide d’un rétroprojecteur. Alors quelquefois, c’est une diapo, deux diapos, trois diapos ; parfois elles sont très saccadées, parfois elles restent longtemps, d’autres fois encore, cela donne comme un petit court métrage qui défile devant moi. Après, je raconte ces scènes à la personne concernée, puis je les oublie... Seules certaines scènes restent en moi. Par exemple, le 11 septembre 2001, les images étaient tellement puissantes qu’elles sont restées pendant plusieurs jours dans mon esprit.


Est-ce une forme de mémoire ? Comme lorsqu’on se rappelle du passé, mais avec d’autres informations au futur ?


Ce n’est pas tout à fait la même chose à mes yeux. Quand on a des images du passé de notre vie personnelle qui reviennent, cela crée une émotion en nous. Lorsque j’ai un flash, je n’ai pas forcément d’émotion associée. Mais quelquefois, je suis imprégnée émotionnellement de mon environnement. Par exemple, lorsque j’arrive dans un lieu public, je capte les émotions des gens. Donc, je ne peux pas aller dans une grande salle de concert, à moins d’être placée à un certain endroit ; sinon, je me « chope » tous les « trucs » qui passent, comme on dit ! Cela me met dans des états d’hypersensibilité qui me fatiguent.


Est-ce une capacité que nous aurions tous ?


Il me semble, oui... On est tous constitués, à un moment donné, de cette capacité.

Les plus grands choix, les plus grandes recherches, les plus grandes découvertes se sont faites grâce à l’intuition !

Après, elle est plus ou moins forte, plus ou moins développée. Parce que c’est une intuition poussée à l’extrême, mais reliée à notre part animale, qui parle et qui voit. Un animal, sauvage ou domestique, sent : il s’approche ou ne s’approche pas, mais il sait où il va être bien. Qu’est-ce qu’il voit ou sent ? On n’en sait absolument rien, mais il perçoit des choses, et ce ne sont pas que des sensations. Je crois qu’il a également des images. Il suffit d’observer… Je pense à mon chat : quand il a la tête en l’air, il voit des choses, j’en suis sûre.


À quel moment de votre vie avez-vous compris que les choses que vous voyiez pouvaient se produire dans le futur, ou apporter des informations concrètes ?


Toute petite. Parce que je voyais des choses et puis elles arrivaient le lendemain. La mort de mon grand-père, Louis, je l’avais vue. Je me suis vue sortir du collège, arriver à la maison, devant la porte, rentrer, le téléphone sonnait… Cela s’est passé exactement comme je l’avais vu. Mais c’était au millimètre, avec les sensations de tourner la clé, de ce que ça allait me faire... Ce fut assez bouleversant, mais j’ai compris.


Et comment vit-on, du coup, avec ces capacités ?


Eh bien, comme tous les enfants et tous les ados, comme on peut... Mais ce qui était très difficile, c’était de me situer dans l’espace-temps et de me sentir « normale » par rapport à mes copains, à mes copines, aux adultes. En fait, je me sentais plus grande que les adultes, parce que je voyais ces choses et je me disais « Ce n’est pas normal, ils devraient savoir ! » Là où cela devient encore plus complexe, c’est dans le domaine sentimental. Parce qu’il y a l’émotionnel, le parcours d’un homme et d’une femme. Et finalement, « j’y vais quand même », tout en sachant quel sera l’aboutissement... C’est compliqué à gérer !


Ce n’est pas parce qu’on voit des choses que la route est simple et facile...


Bien évidemment, car il existe une forme de destin. L’autre jour, quelqu’un me posait une question : « Vous devriez toujours réussir, non ? » Non, cela n’a rien à voir. C’est là où les gens se trompent complètement : ce n’est pas parce qu’on est voyant que nous ne traversons pas d’épreuves, car celles-ci sont inscrites ! Et il y a des rencontres à faire. Et toute rencontre est positive, absolument. Tout ce qui est sur notre chemin est là pour nous amener à comprendre, appréhender des choses, les dépasser. Mais les gens font un amalgame : si on « voit » la route, l’existence n’en devient pas lisse et merveilleuse pour autant, elle ne nous amène pas toujours à faire les choix du succès…


Existe-t-il un moyen d’éviter néanmoins certains événements pressentis ?


Je ne détiens pas du tout la vérité, mais j’ai le sentiment que les grands événements sont inscrits dans la vie. C’est ce qui s’appelle le destin, le karma. Il y a un certain nombre de choses à résoudre et à dépasser pour améliorer son être. Mais là où l’on a une marge de manoeuvre, c’est dans la façon de voir et de vivre les choses. Dans notre espace-temps, que se passe-t-il ? Ce saut de conscience peut aller plus ou moins vite, modifier notre parcours en fonction de nos attitudes et de notre sensibilité. Mais les grandes données de la vie, elles, sont inscrites, comme des pierres déjà posées sur le chemin. Cela serait comme un long trajet de Paris à Marseille : le parcours est inscrit. Mais il y a toutes les villes qu’on va traverser, la rapidité du parcours ou la météo : on aura peut-être un peu plus de pluie, de soleil. Une rencontre qui va s’inscrire plus ou moins longtemps, mais elle sera inscrite dans l’histoire en fonction d’un certain nombre d’événements modifiés par l’espace-temps, que nous créons aussi. Nous pouvons modifier notre propre espace-temps.


Quel regard avez-vous sur ces pierres, ces marqueurs de l’espace-temps ?


Quelque chose m’intrigue : il existe des personnes pour lesquelles j’ai des flashes, et tout va se passer dans les quinze jours, absolument tout. Pourquoi ? Je ne sais pas. Pour d’autres, je vais avoir des flashes mais cela va se passer deux ans plus tard pour le premier événement et cinq ans plus tard pour le troisième événement... Pourquoi ? Je ne sais pas. Et il y a des choses qui ne se produisent pas… Qui ne sont peutêtre pas encore arrivées ? Ou peut-être qui n’arriveront pas. On ne sait pas. Peut-être ont-elles été modifiées !


Est-ce une question d’interprétation ?


Aussi ! Il y a plusieurs éléments : la première chose, le flash en lui-même. Ensuite, les mots choisis pour le dire ou le décrire. Enfin, l’interprétation du voyant. Cela fait déjà trois éléments. Mais il faut rajouter l’interprétation de la personne qui consulte...

C’est un autre regard sur les choses, un autre prisme pour appréhender le réel.

En fonction de son histoire, de sa culture, de sa sensibilité, de ses attentes, de ses résistances, elle va interpréter ce flash d’une autre façon encore. Puis l’événement va arriver. Déjà, il sera déformé par le temps, parce que la personne aura noté et retenu un certain nombre d’informations, mais rarement l’essentiel. Ce n’est plus la réalité de ce qu’elle avait compris sur le moment. L’événement arrive et il n’aura plus tout à fait la même couleur, le même dessin... Pourtant, parfois, la vision est absolument parfaite. Pourquoi ? Le flash est tout à fait exact, les mots que je vais employer vont être justes pour la personne qui va aussi les recevoir de manière juste, parce que nous sommes sur la même énergie, la même sensibilité et que l’événement arrive dans cette synergie. Alors là, c’est incroyable : c’est une autoroute pour la voyance, dans ce cas-là... Mais combien de fois cela arrive-t-il de cette façon-là ? Les voyantes sont souvent critiquées à ce propos. Les gens vont faire une fixette totale sur l’élément sur lequel la voyante s’est trompée. Ce n’est pas une science exacte, c’est un autre regard sur les choses, un autre prisme pour appréhender le réel. L’idée n’est pas de « voir l’avenir ». Mais ce qui est également intéressant, c’est de voir le présent et le passé, pour aider quelqu’un, en psychologie par exemple, afin de déterrer des éléments de prime abord cachés. Quelqu’un qui est en analyse depuis un certain nombre d’années va petit à petit déterrer des événements de sa vie. Mais il peut y avoir quelque chose dont il ne se souvient absolument pas, qui est obstrué. Et grâce à la voyance, on peut gagner un temps fou. Cela peut provoquer des déclics. J’ai vécu cela avec un certain nombre de personnes.


Vous, vous n’avez pourtant pas fait de ces facultés votre métier…


Personnellement, je prédis aux terrasses de café. Je suis une vraie bohémienne ! Mais cela peut justement être l’occasion de se poser la question d’un point de vue également scientifique : qu’est-ce que l’espace-temps ? Personne ne le sait vraiment. Et donc d’arrêter avec les idées préconçues. La voyance annonce aussi des éléments négatifs : le décès de quelqu’un, un accident, ou je ne sais quoi. Cela peut préparer psychologiquement...


(...)

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