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PUBLIÉ LE 19/02/2018
  • Catherine Maillard
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Inexploré n°37

Être soi face au vertige de la nouvelle conscience

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Choisir sa vie

Tal Ben-Shahar
Belfond
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Gratitude : la clef du bonheur relationnel

La gratitude pourrait bien être la voie pour en finir avec nos insatisfactions et nos manques, pour enfin savourer nos relations, la vie et ses miracles quotidiens.

« Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur ; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries », écrivait Marcel Proust. Les grands courants philosophiques, et plus spécifiquement Épicure et son école, vantaient déjà les mérites de la gratitude et pratiquaient, entre autres, « le souvenir des belles choses », comme exercice spirituel.

À notre époque où domine une insatisfaction grandissante, la gratitude connaît un renouveau flamboyant. Pour Philip Watkins, chercheur à l’université d’East Washington, la reconnaissance amplifierait nos perceptions des aspects positifs du quotidien. Ses vertus relationnelles sont aussi impliquées. Maître de conférences en psychologie positive, Rébecca Shankland souligne les qualités « d’interdépendance positive » de la prise de conscience de la source de bien-être que peuvent être les autres. Elle étend plus largement les bienfaits de la gratitude à « la joie et l’émerveillement qu’[elle] procure face à une découverte ou un paysage ». Ainsi, la pratiquer aurait des bénéfices sur l’estime de soi, nos relations, notre santé et notre existence. Toutefois, cette aptitude reste un choix. « C’est une discipline, un exercice constant, une qualité à cultiver », rappelle l’éminent professeur Robert Emmons, pour qui « la gratitude est tout d’abord une constatation du bien dans notre vie, une reconnaissance du fait que la source de ce bienfait se trouve au moins en partie, en dehors de nous-même ».


Exprimer sa reconnaissance



S’appuyant sur des études scientifiques, le professeur Robert Emmons, de l’université de Californie, féru de psychologie positive, relance le débat autour de ce simple mot : « merci » ! Selon lui, exprimer sa gratitude, avec un « merci » est une façon de donner quelque chose en retour. Plus nous sommes reconnaissants envers nos proches (sincèrement) pour ce qu’ils nous apportent ou bien simplement pour leur présence, plus nous leur exprimons, et plus les relations sont chaleureuses. Alors pourquoi l’exprimons-nous si peu ? Le professeur a vérifié que deux des principaux obstacles au sentiment de gratitude sont l’oubli et l’inattention. Ainsi, il semblerait qu’avec le temps nous soyons moins attentifs aux gestes bienveillants de nos proches. Notre attention serait naturellement portée sur le manque et les reproches qui en découlent. En conséquence, les relations s’étiolent et les tensions s’installent.

l En pratique
Pour qu’un « merci » soit plus qu’une simple formule de politesse, il doit comporter trois aspects fondamentaux. Je reconnais (intellectuellement) un bienfait. J’en prends acte, je l’accepte. J’apprécie (émotionnellement) son intention. Que ce soit un cadeau, un sourire, ou un compliment. Développer ainsi la gratitude constitue un moyen efficace de porter notre attention sur les gestes et les égards dont nous bénéficions au cours d’une journée, et d’augmenter notre capital relationnel.


Ouvrir un cahier de gratitude



Professeur à Harvard et chercheur en psychologie positive, Tal Ben- Shahar a étudié les éléments qui permettent d’augmenter notre « niveau de bonheur ». Il a pu mettre en évidence l’importance de la gratitude comme facteur de santé physique et mentale et comme facteur social, conformément aux critères de bien-être définis par l’Organisation mondiale de la santé. Lors d’un master class sur le bonheur, il a ouvert la session en affirmant : « Ceux qui expriment régulièrement leur gratitude sont finalement plus heureux, ils s’avèrent plus optimistes, atteignent leurs objectifs, se montrent à la fois généreux et attentifs à leur entourage. » Ainsi, la gratitude n’affecte pas seulement positivement ceux qui la reçoivent, mais aussi ceux qui l’expriment.

l En pratique
Le Pr Tal Ben-Shahar préconise de répertorier les moments heureux de l’existence dans un journal, en ressentant les émotions vécues. Quotidiennement en fin de journée, fermez les yeux et imaginez trois événements pour lesquels vous êtes reconnaissants : Une parole de votre enfant (ou de votre conjoint), une chose que vous avez réussi à faire, le soleil qui brille... Ce ne sont pas forcément des choses spectaculaires. Pratiquez cet exercice comme un rituel en ancrant les valeurs positives de la gratitude, à savoir la joie, l’optimisme, la générosité… Écrivez dans votre cahier, que votre humeur soit sombre ou joyeuse.


Se focaliser sur l’instant présent



Nous avons tendance à chercher toujours plus, toujours plus loin, alors qu’en réalité le sentiment de bonheur est lié à ce que nous sommes capables de vivre dans l’instant, où que nous soyons. « L’insatisfaction naît du refus de la réalité », rappelle le maître de conférence en psychologie Rébecca Shankland. Se projeter sans cesse à un autre moment où ce sera mieux, avec une personne plus aimante, dans un lieu plus calme, en meilleure santé, entraîne une insatisfaction constante. Plus nous cherchons à la fuir, plus c’est difficile. Des recherches montrent que plus on passe de temps à « divaguer » moins on est heureux. « Mais nous pouvons tenter de l’apprivoiser, petit à petit, par des pratiques, qui nous permettent de voir que malgré les difficultés, des aspects positifs peuvent être identifiés et donner du sens à l’existence », rappelle la spécialiste.

l En pratique
« Simplement être là, porter notre attention à l’instant présent nous ouvre une porte vers l’expérience de la gratitude », propose la spécialiste. Entraînez-vous à focaliser votre attention sur ce que vous êtes en train de faire, d’éprouver, de partager. Cette pratique nécessite de rester dans l’instant présent, de faire face à la situation, d’accueillir ce qui survient et de l’accepter, c’est-à-dire, en ressentant la joie que tout est là, tout est déjà là.


Honorer son corps



« L a vie est un miracle que nous avons oublié. Posons-nous la question : que ferions-nous sans la formidable intelligence de notre corps ? », rappelle Ya’Acov Darling Khan, chamane et co-fondateur de la danse médecine, une pratique de voyage chamanique en mouvement. La vie y circule librement. Nous n’avons pas besoin de réfléchir pour faire battre notre coeur. Ni de dire à nos reins de bien travailler, ni à nos cellules de se renouveler. «« Mes enseignants m’ont transmis qu’il était bon pour le coeur (dans le sens de mener une vie heureuse) d’entamer et de clore chaque journée par quelques remerciements. C’est là un des choix les plus transformateurs que je n’ai jamais fait », ajoute notre spécialiste. Du désir de réunir ces deux principes fondamentaux est née la pratique des 21 gratitudes, dans l’intention de tisser un lien de compassion avec son corps ; à l’encontre d’un courant de désamour.

l En pratique
Cinq minutes par jour, à n’importe quel moment de la journée, mettez-vous en mouvement, et ressentez, vos pieds, vos jambes, votre bassin, vos bras… Mettez-vous à l’écoute de votre coeur qui bat, de votre sang qui pulse, de vos poumons qui se remplissent d’air, et remerciez cet incroyable mystère de la vie qui à chaque seconde vous maintient en vie.


Passer du manque à l’abondance



« Exprimer de la gratitude permet de lâcher prise du sentiment de manque, car une chose est certaine, il est impossible d’être à la fois reconnaissant et malheureux », affirme Harville Hendrix, auteur américain, spécialiste des relations. Cette expérience, quand elle est répétée, fonctionnerait comme un levier capable de modifier nos mécanismes mentaux. « Lorsque nous nous concentrons sur l’abondance, c’est elle qui teinte notre vie ; lorsque nous nous concentrons sur le manque, c’est un sentiment de vide qui domine », observe Rosette Poletti, infirmière en psychiatrie. En réalité, cela ne dépend que de la direction de notre regard.

l En pratique
Le « bocal de gratitude » ; vide, il symbolise votre état actuel et votre désir de recevoir l’abondance. Il suffit de se procurer un bocal en verre, de donner libre cours à sa créativité pour lui donner une dimension positive, et le rendre unique. Chaque fois qu’il se produit quelque chose de positif, que l’on reçoit un bienfait particulier, écrivez cet événement sur un petit papier que vous pliez avant de le déposer. Invitez vos proches, votre partenaire, vos enfants, vos amis à faire de même dans ce bocal. À votre rythme, décidez d’une soirée « gratitude ». Ça peut être une fois par mois, en famille, ou avec vos amis, pour tirer les papiers au hasard et les lire à haute voix.


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