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PUBLIÉ LE 05/11/2018

A RETROUVER DANS

Inexploré n°40

Au-delà : La psychologie et la science bouleversées !

LE LIVRE À LIRE

Les profils emotionnels

Pr Richard Davidson
Éditions Les Arènes
Magazine » Entretiens

Nos émotions, base de notre réalité ?

Connu pour avoir étudié les effets de la méditation sur le cerveau des moines bouddhistes, le Pr Richard Davidson a bâti, en plus de 30 ans, une véritable science des émotions fondée sur les mécanismes cérébraux dont elles sont issues et que l’on peut utiliser pour les réguler.

L'invité
Richard DAVIDSON


Quand vous avez débuté, les émotions n’étaient pas considérées comme un sujet sérieux. Pourquoi ?
À l’époque, on estimait qu’il s’agissait de processus primitifs perturbant les fonctions mentales supérieures. Philosophiquement, on établissait une dualité entre la raison et les émotions, les pensées et les sentiments. Ces derniers étaient relégués au rang de simples mécanismes reptiliens sous-corticaux. Le rôle des émotions dans l’activité humaine, particulièrement en neurosciences, n’était pas pris en compte. Par ailleurs, il n’existait pas de technologie à même de sonder en détail le fonctionnement du cerveau humain. Les recherches en neurosciences sur les émotions étaient effectuées essentiellement sur des rats. Cela participait à les opposer à une raison supérieure.

Pourquoi avoir décidé de travailler malgré tout sur le sujet ?
C’est le résultat de mon expérience personnelle et de mon parcours de méditant. J’ai constaté que dans ma vie et dans mes relations sociales, les émotions jouaient un rôle important. Quand on se penche sur ce qui compte vraiment pour soi, on trouve souvent des choses à haute valeur émotionnelle. On ne se souvient des tâches abstraites effectuées que si elles ont été valorisées par l’émotionnel. Notre lien aux autres est aussi mû par une forme d’implication émotionnelle. Pendant des décennies, les psychologues et les neuroscientifiques se sont obstinés à considérer l’humain comme une machine conduite par les seuls mécanismes de la logique. Mais plus on en apprend sur le cerveau, plus on s’aperçoit que celui-ci ne respecte pas la dichotomie entre pensées et émotions. Aucune zone cérébrale n’est réservée exclusivement aux unes ou aux autres ; c’est complètement intégré. Et le cortex préfrontal, siège de la raison et des fonctions cognitives supérieures, joue dans l’émotion un rôle aussi important que le système limbique. Il y a là un message : l’émotion fonctionne en collaboration étroite avec la cognition, pour nous permettre d’évoluer dans le monde des relations, du travail et du développement spirituel. Quand l’émotion positive nous dynamise, nous sommes plus à même de nous concentrer et de comprendre. Appréhender les fondements neuronaux des émotions est important pour mieux saisir pourquoi nos perceptions et nos pensées sont modifiées quand nous ressentons des émotions. Inversement, cela nous aide à réfléchir aux moyens d’utiliser notre machinerie cognitive pour réguler et transformer délibérément nos émotions.

Vous avez mis à jour six qualités émotionnelles qui ne correspondent pas à notre façon habituelle de nous définir…
Nous n’avons pas tous les mêmes réactions émotionnelles face aux aléas de la vie. Au gré de décennies d’observations systématiques des processus cérébraux, je me suis aperçu que chaque individu possédait une manière récurrente de réagir aux expériences, régie par des circuits cérébraux précis. Ce « style émotionnel », scientifiquement et objectivement mesurable, comporte six dimensions, qui sont le reflet des propriétés du cerveau et des schémas cérébraux. Cela diffère d’une perspective strictement psychologique de la personnalité. Nous avons nommé ces six dimensions résilience, perspective, intuition sociale, conscience de soi, sensibilité au contexte et attention. Elles ne correspondent pas toujours à l’image que nous avons de nous-mêmes ou de nos proches, parce qu’elles opèrent à des niveaux qui ne sont pas immédiatement apparents. Prises toutes ensemble, elles décrivent comment chaque individu perçoit le monde et y réagit.

Cette signature émotionnelle cérébrale est-elle immuable ?

La façon dont notre cerveau crée la réalité est un déterminant énorme.

Plusieurs études scientifiques ont démontré la plasticité du cerveau. Notre génétique comporte des consignes, mais celles-ci sont larges. À l’intérieur, il peut y avoir des variations, influencées par nos vécus. Notre style émotionnel démarre très tôt, probablement avant notre naissance, dans l’utérus maternel. On sait aujourd’hui que le prédéveloppement du cerveau du fœtus est impacté par ce qui arrive à sa mère, particulièrement pendant le deuxième trimestre de grossesse. Ces influences modèlent et modifient les consignes des différents circuits cérébraux. On peut dès lors affirmer que les styles émotionnels sont eux aussi très plastiques, influencés par l’expérience. Et qu’il est possible de les entraîner et de les transformer délibérément. Par exemple, si une personne souffre d’un manque de résilience, il existe des stratégies simples pour lui apprendre, avec le temps, à se remettre plus rapidement des aléas de l’existence. (…)

Bio express
Né à Brooklyn en 1951, diplômé de Harvard en 1976, Richard Davidson est professeur de psychologie à l’Université du Wisconsin. Fondateur et président du Center for Investigating Healthy Minds , il est considéré comme le père des neurosciences contemplatives. Il est aussi membre du Mind and Life Institute , qui explore la relation entre bouddhisme et science.

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