Article


© D.R.
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 25/09/2017
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
Magazine » Entretiens

Jeremy Narby :
« Les psychotropes ouvrent une porte vers l’invisible »

A l’occasion de la sortie du film « Des neurones au cosmos – Révélations sur les psychotropes » qui sera diffusé dès le 27 Septembre 2017 sur INREES TV, l’anthropologue Jeremy Narby, aussi spécialiste du chamanisme, répond à quelques questions pour éclaircir notre regard sur le sujet souvent méconnu et controversé des plantes psycho actives.

En quoi les psychédéliques peuvent révolutionner notre conception du monde ?

Mon expérience, avec l’ayahuasca ou les champignons, est que ces substances sont capables de nous montrer nos présuppositions, comme si nous enlevions nos lunettes et que nous pouvions les regarder, comme si nous pouvions contempler le regard que nous portons habituellement sur le monde. C’est déconcertant, mais instructif. Tout adulte devrait pouvoir faire cette expérience, même si ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde. Les peuples qui travaillent de longues dates avec ces plantes psychoactives affirment que ce sont des plantes qui permettent d’ouvrir un canal de communication ou d’empathie avec tous les êtres qui nous entourent et avec qui nous partageons la planète. Cela nous permet ainsi de percevoir l’intelligence de la nature, de créer un rapport avec ces autres espèces...

D’un point de vue plus rationnel, on peut dire que ces substances augmentent notre capacité d’imagination et de projection. C’est déjà énorme ! Arriver à comprendre qu’une fourmi a un point de vue et tenter de rentrer en empathie avec elle, c’est quand même une grande avancée, même si c’est grâce à notre imaginaire. Faut-il rappeler que nous vivons dans un monde où il n’y a pas si longtemps les animaux et les plantes étaient considérées comme des objets ?

On ne sait toujours pas comment cette conscience surgit

Aujourd’hui, nous apprenons que ce sont des êtres sensibles, qu’ils perçoivent et communiquent, qu’ils se reconnaissent entre eux, et qu’on a même une parenté physico-chimique avec eux. Et puis, l’étude de la conscience humaine en est à ses débuts... On ne sait toujours pas comment cette conscience surgit dans l’activité du cerveau. Les hallucinogènes, en modifiant notre état de conscience, nous offrent un formidable moyen de l’étudier.


Comment trouver le cadre idéal à des expériences qui peuvent être dangereuses ou controversées ?

Idéalement, les gens qui veulent travailler avec ces plantes devraient se référer aux plus vielles traditions d’utilisation. Comme avec la culture du vin, où tous les yeux sont tournés vers la France... Les français ont le savoir-boire, on ne prend pas de vin au petit déjeuner, on essaye de manger quelque chose avec, de préférence en famille ou avec des amis, et on ne boit pas le vin au goulot... Il en est de même ici. Chaque fois qu’on prend ces substances - qui sont illégales en France il faut le rappeler - cela peut nous ouvrir toutes sortes de portes. Ce n’est donc pas sans risque, car vous ne savez pas à quel point vous êtes border line avant de faire l’expérience. Et une fois que vous avez avalé la mixture, il est trop tard pour revenir en arrière. Donc celui qui en prend, prend aussi un risque avec sa psyché. Après, ce n’est pas à moi de donner des conseils...

Ces visions peuvent leur donner une lucidité qui va déjà résoudre la moitié du problème

Bon, si vous me mettez un pistolet sur la tempe et vous me dites, crachez moi des conseils, alors je dirais : dans le doute, abstenez-vous ! Car nous sommes en eau profonde, c’est comme partir en haute mer, et en l’occurrence ici la haute mer de votre propre psyché... Selon qui vous êtes, ce que vous avez vécu enfant, vos traumas, peut-être même ce que vous avez vécu dans vos vies antérieures, votre expérience sera différente, pour le meilleur ou pour le pire. On ne peut pas partir faire de la voile en haute mer comme cela, ce serait de la bêtise... C’est exactement comme un sport extrême, il faut se renseigner, lire une série de livres sur le sujet pour découvrir le chamanisme et écouter votre corps pour savoir ce qu’il souhaite vraiment.


Quelles passerelles existe-t-il avec le monde de la santé ?

A partir du moment où on est bien accompagné, placer en de bonnes mains, avec des gens qui connaissent leur rayon, un bon chamane, un bon ayahuasquero, voir un bon médecin formé à ce domaine, c’est relativement facile d’avoir une expérience inspirante, qui peut donner des résultats spectaculaires. Notamment pour résoudre des stress liés à certains traumas, comme avec les vétérans de guerre qui sont parfois remplis de colère et de mal-être, et qui ne trouvent pas de solution à leur stress post-traumatique... Jusqu’à ce qu’ils boivent de l’ayahuasca ou d’autres formes de psychédélique qui vont les mettre en contact avec ce qu’ils ont vraiment vécu.

Ces visions peuvent leur donner une lucidité qui va déjà résoudre la moitié du problème. De nombreux chercheurs partout dans le monde constatent que ces substances et ces plantes donnent des solutions sans équivalent à des états de mal-être... En conclusion, ce sont des outils puissants, révélateur de notre psyché, non sans risque mais qu’il est dommage d’interdire vu ce qu’ils peuvent nous apprendre. Finalement, c’est un peu comme avec une tronçonneuse... Si vous savez l’utiliser avec précaution, ça peut vous permettre d’avancer bien plus vite dans votre travail.


NOS SUGGESTIONSArticles