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PUBLIÉ LE 14/01/2020
  • Julie Klotz
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Jésus, si proche, si contemporain

Rebelle envers l’institution religieuse, le Christ a marqué notre civilisation par son message d’amour. Il continue à l’inspirer par son enseignement résolument moderne.

Tout le monde s’accorde à reconnaître en Jésus un maître intemporel. Encore aujourd’hui, il s’adresse à tous et encore plus aux opprimés, aux persécutés, aux marginalisés et aux pécheurs, comme on les appelait autrefois. Jusqu’à l’âge de trente ans, nul ne connaît vraiment son histoire. Sa naissance, déjà, est auréolée de mystères. On sait seulement qu’il avait pour parents Joseph le charpentier et Marie, qui deviendra la Sainte Vierge « bénie entre toutes les femmes ». Car, rappelons-le, dans l’histoire du Christ, tout est symbole. Sa conception virginale renvoie à sa double origine, divine et humaine. Ses premières heures après sa naissance, déposé dans une simple mangeoire, symbolisent sa pauvreté et montrent qu’il deviendra une nourriture pour le monde. Aussi, son baptême par Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain atteste de la descente du Saint-Esprit sur lui, représenté sous la forme d’une colombe. C’est le premier événement de sa vie publique.

« Les auteurs des (trois) évangiles synoptiques, tout en donnant des descriptions très différentes, s’accordent pour y reconnaître (là) le moment où Jésus est devenu une figure notoire sur la scène politique et religieuse de son temps », explique Laurence Freeman, moine bénédictin anglais(1). Jésus représente dès lors une rupture avec l’ancien monde. S’il acceptait les usages de son époque, il s’insurgeait contre les détournements du pouvoir religieux. Jésus, l’homme libre, le rebelle, le progressiste a répandu sa parole plus encore sur les routes de Galilée et de Judée que dans les temples. Les chefs religieux, disait-il, peuvent abuser de leur autorité et en faire un obstacle à la croissance spirituelle et à la liberté du peuple. Son langage était simple et imagé. Il usait de paraboles empruntées au monde végétal et animal afin de se faire comprendre de tous. Son enseignement, entièrement oral, a été transmis puis consigné dans quatre Évangiles – Marc, Jean, Matthieu et Luc – du nom de ses principaux disciples. Ces Évangiles sont quatre versions ou visions d’un même discours. Ils s’enrichissent mutuellement, forment une sorte d’unité et touchent le coeur, en fonction de la sensibilité propre à chacun. Ainsi, le philosophe et historien des religions Frédéric Lenoir raconte que la première fois qu’il a lu l’Évangile de saint Jean dans une ancienne abbaye cistercienne en Bretagne, il s’est mis à pleurer pendant des heures(2). « J’ai ressenti une présence vivante d’amour », se souvient-il. Et l’amour, c’est bien évidemment ce qui va marquer l’essentiel du message du Christ.


« Aimez-vous les uns les autres…


… comme je vous ai aimé » (Évangile selon saint Jean, 13, 34), dit Jésus. Comment passer à côté de ce message si novateur ? « On assiste à un renversement des valeurs. Jésus introduit une notion nouvelle : l’amour du prochain devient inséparable de l’amour de Dieu », explique le Révérend Père Gérard de la Old Roman Catholic Church (l’église vieille-catholique romaine). Cette notion d’amour du prochain et de charité se retrouve dans la parabole du jugement dernier, très explicite dans l’Évangile selon saint Matthieu : « Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venu jusqu’à moi !” » (Évangile selon saint Matthieu 25, 34-36). Frédéric Lenoir décrit ici une spiritualité universelle fondée sur l’amour : « Je trouve cette parole extrêmement puissante, car elle montre que le seul véritable critère du Salut, ce n’est pas l’observance du rituel et de la loi, mais l’amour du prochain. Pour cela, Jésus donne des exemples très concrets : visiter les prisonniers, aider les malades, donner de la nourriture à ceux qui ont faim, etc. »

Le Christ ne juge pas, il pardonne, même à la femme adultère montrée du doigt par les scribes et les pharisiens : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » (Évangile selon saint Jean, 8, 7) Comme le faisait Jésus, le Révérend Père George, prêtre exorciste, ne ferme la porte à personne et soigne tout le monde, au nom de l’amour et sans jugement. Pardonner est avant tout un bienfait pour soi-même, précise-t-il : « Il faut tout d’abord admettre que les attributs négatifs de mon prochain sont aussi présents en moi. En lui pardonnant, je me pardonne. J’arrête de me faire du mal et d’empoisonner mon âme. » (L’Exorcisme – Guérison des maladies de l’âme, éd. Guy Trédaniel, 2018) Quand Pierre vient demander à Jésus combien de fois il doit pardonner à un frère qui lui a causé du tort : « Serait-ce jusqu’à sept fois ? » Jésus répond : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois ! » Un nombre symbolique qui signale la démesure du pardon et sa proximité avec l’amour absolu. C’est ainsi que le Christ accepte de mourir sur la croix sans en vouloir à Judas, celui qui l’a trahi, ni aux Juifs qui l’ont cloué dessus, en déclarant : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Évangile selon saint Luc, 23, 34). Par cette parole, il nous signifie que celui qui fait du mal fait toujours au mieux selon son état de conscience.


Un guérisseur


Non seulement Jésus pardonne, écoute, mais aussi il guérit. Dans les Évangiles, on le voit soigner la lèpre, la cécité ou encore la paralysie par la parole ou le toucher. Il ne guérit pas seulement le physique, mais également l’âme. Après avoir rendu la mobilité à un paralysé depuis trente-huit ans, il déclare : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. Il lui montrera des oeuvres plus grandes encore, si bien que vous serez dans l’étonnement. Comme le Père, en effet, relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils, lui aussi, fait vivre qui il veut. » (Évangile selon saint Jean 5, 19-21). Deux mille ans après sa naissance, alors que l’on commence à reconnaître le corps énergétique et le pouvoir de l’intention dans la guérison, Jésus apparaît encore comme un pionnier.

Il ne guérit pas seulement le physique, mais également l’âme.

Ivan Pellegry, magnétiseur, confie : « Le message de Jésus m’inspire, mais plus encore son énergie teintée d’amour. Par les prières ou tout simplement l’évocation de son nom, j’augmente mon taux vibratoire pour me mettre au service de ceux que je soigne. Surtout que cette énergie est illimitée, à l’image des pains ou des poissons qui se multiplient dans les Évangiles. »

Jésus a marqué les esprits, à tel point que sa naissance est devenue un repère temporel pour notre civilisation chrétienne occidentale. Son message a imprégné notre mémoire collective. Pour les décoder, Nathalie Ollivier, titulaire d’un diplôme universitaire supérieur en théologie, a décidé d’organiser des ateliers(3) : « Je souhaite faire resurgir le message premier de Jésus pour donner à tous ceux qui sont dans une démarche spirituelle des outils utilisables dans leur vie quotidienne. Avant tout, il s’agit de réapprendre à vivre les uns avec les autres et de remettre la notion de fraternité au coeur de notre société. » Si certains ont baigné dans la religion et ont étudié les Évangiles, d’autres n’ont même pas conscience d’en appliquer certains préceptes dans leur vie, tant ceux-ci font partie intégrante de notre culture : égale dignité de tous, justice, partage, non-violence, liberté de choix, émancipation de l’individu à l’égard du groupe, abolition de la peine de mort, libération de la femme…

« Ce fait exceptionnel de la présence des femmes autour de Jésus, ne pouvait apparaître que comme révolutionnaire, insolite, aussi bien pour les Romains que pour les juifs patriarcaux, et leur déplaire », fait remarquer la philosophe Françoise Gange (Jésus et les femmes, éd. La Renaissance du livre, 2001). Le message de Jésus est tellement fort qu’il a traversé les époques et qu’il reste plus que jamais d’actualité.


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