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PUBLIÉ LE 24/04/2018
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

La joie d'être

Suyin Lamour
Editions accarias l\'Originel
Magazine » Bonnes feuilles

La joie d'être

Qu'est-ce que l'Éveil ? Suyin Lamour, après plusieurs années de recherches, lâche prise sur la notion de progression spirituelle. Se produit alors un déclic essentiel, lui permettant de se libérer de l'illusion d'un soi séparé. Il écrit alors un livre captivant et simple d'accès pour mieux appréhender ces notions essentielles, dont voici un extrait…

L'éveil est un accident, disent les bouddhistes.
Est-ce vraiment un accident ? Dans le sens où nous ne le décidons pas, oui. Mais il y a tout un processus en amont. Le processus d'une conscience en chemin vers sa source. Si l'on doit s'éveiller, on s'éveillera. Quand le mouvement est enclenché, il ne s'arrête pas. Cela ne dépend pas de notre volonté, et nous n'avons rien à faire pour cela.

Les chercheurs spirituels sont des consciences engagées dans ce processus. Celui-ci les pousse à suivre une voie, à se mettre en quête, à chercher lesmoyensde leur réalisation. Mais ce n'est pas le chemin qu'ils suivent, ce ne sont pas toutes les pratiques du monde, qui les mènent à la libération. Elles n'en sont que la conséquence. La conséquence du mouvement de la conscience qui se produit à travers eux, et de la forme que leur matrice lui donne.
Les chercheurs spirituels peuvent dormir tranquilles. Ils trouveront ce qu'ils cherchent. Peut-être dans une autre vie, mais ils ne pourront échapper au courant.

Et c'est vrai aussi pour tous les autres, car la conscience retourne toujours à la maison. C'est un mouvement éternel. Densification, expansion, densification, expansion...

Je suis une conscience sur le chemin du retour à la maison. Et c'est un phénomène collectif. C'est ce que nous sommes tous.

Cela ne signifie pas qu'il ne faut rien faire pour se libérer. Il faut écouter ce qui se vit en nous, suivre la voie qui nous appelle et y répondre par nos actes. Elle fait partie du pro­ cessus. Les pratiques spirituelles sont les outils que celui-ci met à notre disposition. L'erreur, et qui n'est une erreur que dans le sens où elle nous fait souffrir, est de croire que nous avons la moindre responsabilité et le moindre contrôle sur notre évolution spirituelle. Il en découle que nous parcourons une route jalonnée de carottes et de bâtons. Nous nous croyons tour à tour récompensés pour nos efforts, ou punis pour notre paresse ou notre ignorance.

Et parfois, nous nous sentons traités de manière injuste. Nous donnons tant aux autres, nous pratiquons avec une telle assiduité, ou bien nous faisons tellement de notre mieux pour transformer nos schémas, pourquoi donc la vie nous envoie-t­ elle toutes ces épreuves ? Pourquoi nous refuse-t-elle ce dont nous avons besoin pour être heureux? Pourquoi y a-t-il si peu de reconnaissance?
La réponse est simple : s' ily a une chose qui ne tourne pas rond, c'est parce que nous ne l'envisageons pas de la bonne façon. Nous ignorons qu'il n'y a personne qui dirige notre existence. Personne qui « fait ». Cela se fait, et nous en sommes à la fois les instruments et les témoins.
La vie ne fait rien pour être. Elle est.


Les besoins



Tous nos véritables besoins sont comblés en permanence.
Si nous n'avons pas une chose, c'est que nous n'en avons pas besoin.

Nos véritables besoins sont tout ce qui est utile ou nécessaire à notre réalisation.
Les situations que nous vivons et les choses matérielles que nous possédons, correspondent exactement à la phase d'évolution où nous nous trouvons. Tous les éléments sont là pour répondre à nos aspirations profondes et souvent cachées, pour nous montrer où sont nos limites intérieures et où est notre liberté.

Nos besoins changent selon la façon dont nous nous positionnons, le regard que nous portons, notre atmosphère psychologique.
Si nous avons confiance en la vie, nos besoins ne sont pas les mêmes que si nous avons peur. Si nous avons peur, nous allons vivre des situations visant à nous faire reconnaître et affronter nos peurs car notre aspiration profonde est de nous en libérer. Si l’on a confiance, ces situations d'insécurité ne se présentent pas.

Notre dimension divine aspire à la liberté, l'amour, la paix, la créativité. Nous recevons chaque instant la résonance énergétique de cette pulsion de vie. Elle se génère en nous, et arrive à notre conscience en passant par le filtre de notre matrice.
S'il s'y trouve des programmes qui l'empêchent de se manifester, cela se traduit par un malaise interne, un conflit. Sa résonance apparaît alors dans le monde extérieur sous la forme d'une situation inconfortable ou d'une maladie, dont le but est de résoudre le conflit. Nous avons besoin de cette maladie ou de ce problème. La méconnaissance de cela fait que nous renforçons le conflit au lieu de le résoudre, en refusant la situation, en nous sentant victime ou coupable, en accusaµt les autres ou la vie. La pulsion devie, face à une impasse, se retire. Puis elle revient - car elle revient toujours - et tant que nous ne résolvons pas le conflit, le même type de situation se reproduit. La maladie ou le schéma situationnel deviennent cycliques, prenant diverses formes, mais racontant toujours la même chose, tendant toujours vers le même but.


La pratique



La liberté est une pratique de chaque jour. J'aurais de nombreux exemples mais je vais prendre celui qui se vit dans cet instant.

Cela fait une semaine que j'écris chaque soir, jusque tard dans la nuit. Le corps physique accumule de la fatigue.
Ce soir, je m'étais fixé une limite de temps d'écriture, et je l'ai amplement dépassée. Une voix mécontente s'est manifestée. Une pensée disant : « J'exagère, je devrais aller me coucher et reprendre un rythme plus équilibré». J'observe un conflit se jouer en moi. L'élan de continuer à écrire est fort. Vient un moment où je ne sais plus qui je dois écouter.

Me voilà face à un choix. Le procédé est simple : où est l'élan de vie, où est la croyance limitante ? L'élan est d'écrire. La croyance est que je vais être fatiguée demain et que ce n'est pas bien d'être fatiguée.
Tout s'éclaire et le conflit se dissipe. Tant que j'ai envie d'écrire, c'est que j'en ai les capacités physiques. Je serai probablement fatiguée demain et ce n'est pas un problème. Ce qui me serait bien plus préjudiciable, c'est de ne pas répondre à un élan créateur. Quand le temps sera venu de me reposer, l'envie d'écrire cessera.

C'est si simple. Il n'y a qu'à se laisser porter par le flux. Être comme l'eau. Choisir toujours la voie de la moindre résistance. La fluidité est la clé de l'abondance. N'opposer aucune résistance à la vie ne peut être que la voie du bonheur, car la nature de la pulsion de vie est pure bénédiction.


Les étapes de l'éveil



Je n'entretiens plus aucun conflit avec les événements et les situations et c'est merveilleux à vivre. La pratique de la liberté au quotidien est un exercice passionnant et savoureux.
Mais je ne suis pas totalement en paix. Il demeure un conflit en moi, au sujet de l'éveil. Dès queje me densifie dans le personnage, apparaît la peur de ne pas être véritablement éveillée et de retomber tôt ou tard dans le rêve de l'individualité. Aussitôt, une voix intérieure s'élève, disant: « Si j'ai peur, si je m'accroche encore à une chose, fusse-t-elle l'éveil, c'est que je ne suis pas complètement libérée. » Au fond, je ne parviens pas à me défaire de l'idée que la réalisation de soi signifie se tenir en permanence dans l'espace impersonnel et inconditionnel.
En parallèle, dès que je suis dans l'impersonnel, je sais que ma conscience a franchi un point de non-retour et que ces densifications sont normales, c'est le jeu de la vie. Aujourd'hui, particulièrement tiraillée par ce paradoxe, je demande à la conscience de m'aider à le résoudre et à trouver la paix.

Ce soir, je me rappelle avoir lu ily a longtemps dans le livre de Jack Kornfield, « Après l'extase, la lessive », que le bouddhisme décrit quatre étapes dans le processus d'éveil. Je retrouve le passage et mes questions au sujet de la libération trouvent leur réponse.

Les quatre étapes qu'il décrit sont :

L'entrée dans le courant

« Cette entrée dans le courant survient lorsque nous goûtons pour la première fois la saveur de liberté absolue de l'éveil : une liberté du cœur ; au-delà de toutes les conditions mouvantes du monde. [...] Lors de son premier éveil, l'individu perçoit l'illusion du soi séparé, se libère de son identification au corps et à l'esprit et s'éveille à la paix éternelle du nirvâna. De ce fait, le sens de sa vie est changé à jamais et il pénètre dans un courant qui l'emporte vers une liberté plus large. »

Revenir encore

« Même lorsque nous avons vu la vérité, de plus amples purifications demeurent nécessaires, selon les Aînés, pour transformer notre caractère et intégrer cette nouvelle compréhension de la vie. (...) Par un processus profond qui demande souvent de nombreuses années, nous découvrons et évacuons nos habitudes les plus grossières de saisie et d’aversion qui recréent ce sentiment d'un soi plein de peurs et de limites. Atteindre la deuxième étape requiert une attention constante, sensible à la souffrance qui survient lorsque nous nous accrochons à nos désirs et à nos peurs, à nos idées et à nos idéaux. Pour finir, une réalisation profonde fait disparaître de façon significative les forces les plus puissantes de désir, de saisie, de colère et de peur. Nous accomplissons alors la deuxième étape. »

Non-retour

« À ce stade nous sommes définitivement libérés de tout ce qui reste de désirs, saisies, colères et peurs ; nous n'aurons plus jamais à retomber sous leur joug. (...) La sagesse grandissant, les mouvements subtils de saisie au niveau du cœur sont abandonnés au moment même où ils apparaissent. À ce stade, nous demeurons dans la liberté et la réalité du présent. Cette paix profonde du cœur est rarement perturbée. »

Grand Éveil

« Arrive enfin la quatrième étape, la plus extraordinaire, appelée « Grand Éveil », dans laquelle les dernières traces de saisies subtiles – à l’égard de la joie, de la libération et de la méditation elle-même – disparaissent. Maintenant, sans les moyens d’identification à un soi, l’individu est livre de ses vestiges d’orgueil, de jugement, d’agitation, de séparation qui voilaient l’être pur. Le rayonnement de notre vraie natyre brille sans obstacle dans notre vie entière. »

Je viens d’entrer dans la troisième étape, celle du non-retour. Qui contient encore quelques traces de saisies, notamment à l’égard de la libération, je respire, je suis soulagée. C’est bien un point de non-retour et ce n’est pas le Grand Éveil. Cela correspond exactement à mon ressenti, je vois une fois encore combien il est utile que certains décrivent le chemin, témoignent de l’expérience ! Je ressentais de plus en plus la nécessité d’être rassurée sur le fait qu’il n’y avait pas de « rechute » comme ce fut le cas pendant les treize années de la deuxième étape, celle du « revenir encore ».

Cet apaisement permet à ma conscience de prendre de la hauteur et une nouvelle compréhension survient. En réalité, quand je suis dans le personnel, je ne me densifie pas, je ne « chute » pas. C’est simplement que l’un de mes programmes internes accapare mon attention par la pensée. Et comme il s’exprime avec le « je » et qu’il s’inscrit dans le devenir, la notion d’individu ré-apparaît.

Maintenant que je vois cela et que je comprends que ce mécanisme continuera à se produire tant que je serai incarnée, je n’ai plus à m’en soucier.

Je suis chaque jour émerveillée de constater que toutes les questions que j’adresse à la conscience sont entendues. Les réponses se manifestent dans les vingt-quatre heures. (...)



Extrait de « La joie d’être », de Suyin Lamour, éditions Accarias l’Originel, 2015, Paris.


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