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PUBLIÉ LE 22/10/2019
Magazine » Pratique

Danser, ou cultiver l’art de la joie !

Alliance de méditation, danse et philosophie intuitive, la Joya est une nouvelle pratique d’épanouissement fondée par le philosophe Bruno Giuliani. Inspirée de la Biodanza créée dans les années 1960 par l’anthropologue chilien Rolando Toro Araneda, son enjeu est d’activer la joie dans toutes les dimensions de l’être humain.

« Pense à la totalité de ta vie présente et observe le degré de joie que tu ressens spontanément en ce moment même. » À Terre d’Issis, une ancienne ferme au cœur d’une majestueuse forêt landaise, nous sommes une quinzaine à participer à un stage de Joya mené par Bruno Giuliani, professeur agrégé et docteur en philosophie, coach de vie, formateur au sein de la Fondation SEVE(1) (Savoir Etre et Vivre Ensemble) et fondateur de cette méthode de sagesse. Le but de la pratique est d’activer la joie et d’accéder à la béatitude, la fameuse « joie éternelle » dont parlent les maîtres éveillés, de Bouddha à Ma Ananda Môyi en passant par Rûmi et Spinoza. Chaque séance de Joya commence et se termine par une invitation à auto-évaluer son bonheur sur une échelle de 1 à 10 et au-delà. « Tout ce qu’on cherche dans la vie, notre désir essentiel, c’est une joie complète, affirme cet auteur de plusieurs ouvrages dont L’expérience du bonheur, une philosophie de la joie, paru aux éditions Almora et préfacé par Frédéric Lenoir. L’humain est fait pour être heureux, la joie est naturelle. Si elle n’est pas là, ce n’est pas normal, c’est que l’on est dans un conditionnement mental qui réprime notre élan de vie. Dès qu’on offre les conditions pour qu’il s’exprime librement, la joie est là ! ». L’enjeu est ambitieux mais accessible à tous assure Bruno Giuliani avant de débuter cette initiation.


Les six dimensions du bonheur


« Lors de mes premières Joya, je sentais un parfum qui me mettait en appétit, confie la chanteuse Tara qui a totalement changé de vie après son premier stage. Ce parfum ne pouvait pas provenir d’une fleur dans la matière, c’était le parfum de la joie et ça me nourrissait au niveau de l’âme, du ventre, du cœur. C’était puissant ! »
Véritable alchimie spirituelle, « la Joya propose de transformer le plomb de la souffrance en or de la joie par un patient travail de libération intérieure en respectant le rythme de chacun » exprime Bruno. Très facile à apprendre, la pratique consiste à activer progressivement sa joie dans les six dimensions du bonheur humain. La joie d’être soi (énergie du bois), celle d'être au monde (terre), la joie d'être en relation (eau), celle d’être créateur (feu) et la joie d’être en conscience (air). Au terme du processus, elle permettra d’expérimenter la joie de l’unité (éther).

Après un centrage méditatif pour évaluer notre degré de bonheur présent et répondre intuitivement à la question « De quoi ai-je le plus besoin maintenant dans ma vie ? », le coach nous propose de danser librement. Pas de technique à apprendre, seulement une invitation à suivre des consignes tout en respectant son ressenti. « L’activation corporelle par la danse a pour but d’éveiller nos sensations et nos perceptions, de dissoudre les tensions, d’activer les instincts et de synthétiser les neurotransmetteurs du bonheur, explique notre philosophe qui est aussi maître en biochimie. La danse vivancielle est très puissante pour s’ouvrir à la vérité du cœur. À l’issue de cet exercice, j’invite parfois à des moments de parole très brefs avec un partenaire, les mains dans les mains et les yeux dans les yeux, puis à une profonde étreinte. Dans ces moments de grâce, on délivre une parole de vérité beaucoup plus profonde qui vient de l’âme et non du mental. On ne se pose plus 10 000 questions, ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas devient évident. Notre intelligence naturelle se réveille, une joie plus vaste apparaît. »


Des joies extatiques


Après une méditation guidée qui éveille la conscience intuitive, Bruno Giuliani propose un moment de créativité artistique (dessin, peinture, sculpture ou poésie) pour donner forme aux intuitions et libérer l’énergie créative. « La méditation et la création permettent de conscientiser notre être spirituel non conditionné par la mémoire et les habitudes mentales pour libérer toute la puissance de l’esprit » indique-t-il. Des rituels thérapeutiques de libération émotionnelle sont parfois proposés pour dissoudre les tristesses, peurs, colères et frustrations. « Contrairement aux voies spirituelles ascétiques longues et difficiles, la Joya est une pratique hédoniste à la fois douce, facile et puissante. Elle permet de vivre rapidement des états d’expansion de conscience extraordinaires, de plus en plus jubilatoires, jusqu’à des joies extatiques de l’ordre de l’allégresse et de l’émerveillement. »

Enfin, un dialogue philosophique intuitif orienté sur la connaissance de soi précède un dernier cercle de parole où chacun partage aux autres ce que le philosophe appelle sa « perle de sagesse », c’est-à-dire sa compréhension essentielle du jour afin de percevoir les actions à accomplir pour vivre plus heureux. « La Joya, c’est réapprendre à rêver et à s’émerveiller, c’est oser devenir des magiciens » confie Isabelle, l’une des participantes. « Ce qui m’a touchée, témoigne Tara qui a rencontré l’amour d’un homme lors de sa première expérience, c’est de côtoyer cet esprit fraternel de tribu que l’on retrouve dans les pratiques chamaniques. On crée un cercle parfait, c’est comme une toile, une constellation parfaite qui met tout de suite au contact de son âme. Une étoile en éclaire une autre, c’est l’intelligence collective du cœur. »


La Joya, fille de la Biodanza


C’est une grave dépression qui a amené Bruno Giuliani à s’interroger sérieusement sur les conditions du bonheur. « En tant qu’agrégé de philo je pouvais disserter allègrement sur Dieu et expliquer avec brio le sens des métaphysiques, mais par mon éducation cartésienne j’étais coupé de la vie et de l’expérience du sacré. » Après s’être essayé à plusieurs pratiques sportives, artistiques, thérapeutiques et spirituelles pour sortir de l’impasse, il rencontre la Biodanza en 2000 qui marque un véritable tournant dans son évolution et lui inspire de créer la Joya en 2010. Fondée sur la biologie et les sciences humaines, la Biodanza est une méthode de développement humain créée dans les années 1960 par feu l’anthropologue chilien Rolando Toro Araneda (cité pour l’obtention du prix Nobel de la Paix, ce dernier a dirigé de nombreux travaux sur la phénoménologie de la créativité, l'expression des émotions et les modifications des états de conscience, ndlr). « La Biodanza est surtout un apprentissage de l’intelligence affective, un éveil de la sagesse relationnelle et un encouragement à la liberté d’être soi. Elle est faite pour générer les états de conscience physiologiques de bien-être qui créent l’affectivité saine et ouvrent à l’expérience de la transcendance », éclaire Bruno qui a reçu l’enseignement de Rolando Toro Araneda(2).

Dans la Biodanza, chacun est appelé à réaliser une suite de danses induites par le ressenti sur des mouvements simples et des musiques expressives. Chaque exercice dansé (il en existe plus de 200 sur plus de 1 500 musiques de tous les styles) stimule tous les potentiels humains et renforce les sentiments de base du bonheur. « La Biodanza est merveilleuse pour libérer le corps et ouvrir le cœur mais il lui manquait pour moi la dimension intellectuelle de la philosophie et spirituelle de la méditation pour générer une véritable sagesse. » C’est de ce constat qu’est née la Joya.


Inspirée de la pensée de Spinoza


Au-delà de la Biodanza, la méthodologie de la Joya puise largement dans la pensée de Spinoza dont Bruno Giuliani a réécrit l’œuvre majeure pour la rendre accessible à un large public (Le bonheur avec Spinoza, l’Éthique reformulée pour notre temps, éditions Almora). Ce grand philosophe du XVIIe siècle fait une différence essentielle entre les joies passives qui viennent de l’extérieur et nous rendent dépendants, et la joie active qui naît de l’intérieur à partir de notre propre activité spirituelle autonome. « Chez Spinoza, tout l’enjeu est de remplacer les idées passives et inadéquates qui sont des idées fausses sur soi-même et les autres par des idées actives et adéquates de soi-même via le travail de la raison dont la puissance nous rend de plus en plus lucides, libres et heureux », développe le coach de vie. Véritable thérapie spinoziste, la Joya cultive donc l’ensemble des affects raisonnables de joie active que Bruno Giuliani a classée en 72 vertus et transforme les affects déraisonnables des passions pour développer la sagesse indispensable au bonheur individuel et collectif. Elle permet ainsi de transformer peu à peu la tristesse en générosité et compassion, la colère en détermination et justice, la frustration en créativité et sagacité… C’est ici tout un processus d’évolution qui cherche à exprimer l’ensemble des archétypes de la nature et à révéler toute la beauté de l’humanité.

La Joya compte quelques centaines de pratiquants et forme des animateurs comme le jeune champion d’arts martiaux mixtes Tom Duquesnoy qui a arrêté le combat pour devenir coach et thérapeute. Accessible à tous dès l’enfance, elle peut se pratiquer entre amis, en famille, en école, en séance individuelle... « Quand on active la joie, l’âme singulière de chacun entre en résonance avec l’âme du monde, et c’est pour moi la quête de la philosophie depuis Pythagore et Socrate. Mon désir est de faire sortir les esprits des guerres idéologiques pour qu’émerge une nouvelle spiritualité universelle fondée sur l’amour de la vie. C’est de contribuer à la naissance d’une nouvelle humanité beaucoup plus sage qu’Eckhart Tolle appelle la nouvelle Terre », conclut le philosophe qui prépare un nouveau livre sur le sujet et œuvre à réaliser son rêve : répandre partout l’art de la joie. Pari réussi à Terre d’Issis dans les Landes. À la fin de l’initiation, tous les visages sont rayonnants.

NOTES :
(1) * Fondée par Frédéric Lenoir et Martine Roussel-Adam sous le parrainage d'Edgar Morin, la fondation SEVE forme des animateurs d’ateliers de philosophie et de pratique de l’attention avec des enfants. Un documentaire Le cercle des petits philosophes de Céline Denjean, sorti le 17 avril y est consacré.
(2) Bruno Giuliani a interrogé Rolando Toro Araneda dans L’homme qui parle avec les roses, ouvrage d’entretiens co-écrit avec ses premiers enseignants Hélène Lévy-Benseft et Bruno Ribant.

Pour en savoir plus : www.brunogiuliani.com


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