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PUBLIÉ LE 28/04/2020
  • Aurélie Aimé
    Auteur

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Inexploré n°46

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Le jour de la divulgation

Comment se passerait une éventuelle « rencontre du 3e type » ? Notre société est-elle prête au contact extraterrestre ? Fantasme de la science-fiction décliné depuis les années 1950, l’arrivée « officielle » d’une civilisation exogène sur notre planète est pourtant plausible. Plusieurs experts en matière de défense, astronomie, philosophie sont même convaincus de son imminence...

Le 21 septembre 1987, le président Ronald Reagan déclarait à l’ONU : « Je pense quelquefois que nos différences disparaîtraient très vite si nous devions faire face à une menace extraterrestre. Et pourtant, je vous le demande : une force extraterrestre n’est-elle pas déjà parmi nous ? ». Les premières spéculations sur l’existence des « petits hommes verts » remontent à la haute Antiquité. L’auteur H. G. Wells est le premier à imaginer une invasion E.T dans la Guerre des mondes, en 1898. Il faudra attendre 1947 pour qu’un réel débat sur une hypothétique rencontre naisse. Le 25 juin, dans le Pacifique nord-ouest, un pilote d’avion privé perçoit neuf engins à la forme étrange. Dans les mois qui suivent, des centaines d’autres observations sont relayées par la presse : ce sont les premières grandes vagues d’apparition d’ovnis.


Introduction aux extraterrestres et ovnis


La question des extraterrestres est d’ailleurs souvent abordée par le prisme de ces « engins », le phénomène étant considéré très sérieusement par nos gouvernements. En France, le rapport Cometa en est l’illustration. En 1999, date de sa publication, Denis Letty, ancien pilote de chasse, préside un comité composé de hauts gradés et de personnalités scientifiques. Les résultats sont transmis au premier ministre, voire au président de la République. Pour Jean-Pierre Troadec, auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), officier de réserve de la gendarmerie nationale (chef d’escadron RC) rattaché à la cyberdéfense (RCC et Mission numérique gendarmerie nationale), et journaliste : « De par les signatures officielles, c’est un document incontestable, qui fait l’analyse du phénomène en France et dans le monde occidental, puis quelques préconisations. Curieusement, il a eu peu d’impact, il a été médiatiquement passé sous silence. » Le rapport concluait : « Une seule hypothèse rend compte suffisamment des faits et ne fait appel, pour l’essentiel, qu’à la science d’aujourd’hui : l’hypothèse extraterrestre. » Et pour sûr, ces informations ont ainsi été communiquées à Lionel Jospin.

Jean-François Clervoy, astronaute, a réalisé trois vols dans l’espace. Il est par ailleurs membre de la commission Sigma 2 dont le but est d’avancer par une démarche scientifique dans la compréhension de ce que sont les PAN (phénomènes aérospatiaux non identifiés). Il n’écarte pas l’hypothèse d’une intelligence exogène : « Beaucoup de cas permettent d’affirmer que ces phénomènes sont avérés, et qu’ils sont incompréhensibles avec notre connaissance des technologies et des lois de la physique habituelle. La question est donc “qu’est-ce que c’est ?”. L’hypothèse extraterrestre est la plus simple, parce qu’elle demande le moins d’efforts… Mais peut-être manquet- on d’imagination ? »

En 2011, un sondage révélait que 25 % des Américains seraient totalement paniqués en cas de contact.


D’autres astronautes se sont avérés bien moins prudents sur le sujet. Parmi eux figure Edgar Mitchell, sixième homme à avoir marché sur la Lune. Mitchell a affirmé que des PAN pilotés par des E.T. atterrissaient à White Sands (Nouveau- Mexique) alors que des tests autour de la bombe H y étaient pratiqués. Il y voyait un moyen pour ces intelligences de préserver l’humanité d’une éventuelle apocalypse nucléaire. Plus récemment, Brian O’Leary, astronaute de la Nasa et professeur de physique à Princeton, a publiquement affirmé qu’il existait des preuves irréfutables en faveur d’un contact. Pourquoi ces faits ne résonnent-ils pas auprès des médias et du public ? Si elle est considérée par nos gouvernements, la question d’une altérité intelligente est-elle aussi vraisemblable aux yeux du monde scientifique ? Les progrès de la radioastronomie et les débuts de l’ère spatiale ont incité les astronomes à tenter de percer l’énigme en analysant les signaux radio susceptibles de constituer des « signatures » de civilisations exogènes. De même, l’exobiologie a pour objet l’étude des facteurs et processus pouvant mener à l’apparition de la vie, et à son évolution. Pas moins de 4 000 planètes habitables ont été recensées depuis 1995. Le scientifique en chef de la Nasa s’est exprimé sur ce sujet en septembre 2019 (The Telegraph). D’après lui, si l’annonce de l’existence d’une vie extraterrestre est imminente, l’humanité n’est pas prête.


Imaginer le contact


Pourtant, l’existence des E.T. est considérée depuis des millénaires. Thibaut Gress est docteur en philosophie, professeur à l’université. Il explique que la plupart des philosophes de tradition occidentale ont évoqué cette question. Celui dont les arguments lui semblent les plus convaincants est Descartes (1596-1650), pour qui « dans un univers dont l’immensité nous condamne à ne pas pouvoir en déterminer les bornes, il serait profondément déraisonnable de croire qu’il n’y ait qu’une seule forme d’intelligence matérielle, à savoir les hommes » , résume-t-il. Le physicien Enrico Fermi a mis en évidence le fait que jusque-là, aucune civilisation extraterrestre ne nous a contactés, alors que l’ancienneté de notre galaxie – 10 milliards d’années – aurait dû permettre à certaines d’accéder au voyage interstellaire et de laisser des traces dans notre système solaire. S’il est vrai qu’aucun contact global n’a été établi à ce jour, de nombreux récits étant plutôt d’ordre individuel ont été rapportés. Un des cas les plus sérieusement documentés en France est celui de Valensole (04). La scène se passe le 1er juillet 1965, nous raconte Jean-Pierre Troadec : « À six heures du matin, un témoin a vu un objet de forme ovoïde, avec deux entités humanoïdes d’1,20 m environ. Lorsque la gendarmerie se déplace sur les lieux, elle découvre des traces peu conventionnelles qui ont brûlé la lavande, et celle-ci ne repoussera pas avant 10 ans. Fait étonnant : le témoin a vécu une sorte de paralysie au moment des faits, et un phénomène d’hypersomnie après coup. » Si ces intelligences non humaines se présentaient de façon globalisée à notre civilisation, quelles seraient leurs intentions ? Doit-on redouter, à l’image du film Independance Day, un pandémonium mondial ? Comme Thibaut Gress le révèle : « De hauts dignitaires de l’armée, auréolés de gloire, sont médiatiquement intervenus pour, non seulement évoquer les PAN, mais pour mentionner en plus le risque de guerres interstellaires ; le célèbre général MacArthur a ainsi déclaré le 8 octobre 1955 dans la presse : “Les nations de la Terre devront un jour faire front commun contre une attaque de peuples extraterrestres”. »

En 1952, le NSC (National Security Council) fait part à la CIA de son souhait d’enquêter sur les ovnis et sur leur menace éventuelle pour la sécurité nationale. Un comité est alors créé à cet effet. La conclusion ? Le phénomène ovni ne représenterait aucun danger militaire ou scientifique. Il indique cependant : « Le fait que l’on insiste continuellement sur ces phénomènes constitue une menace pour l’ordre public. » En 2011, un sondage révélait que 25 % des Américains seraient totalement paniqués en cas de contact. Faute d’avoir constaté la dangerosité avérée des ovnis (et par corrélation, de ceux qui les « pilotent »), l’idée qu’on s’en fait, plutôt que le phénomène en lui-même, serait génératrice de peur. Car à ce jour, aucune manifestation véritablement hostile n’a été rapportée.

L’humanité est-elle vraiment prête à accueillir une altérité, à réenvisager sa place dans l’immensité ?


Pour autant, en admettant qu’une rencontre ait lieu, nos pays sont-ils préparés à ce qu’elle pourrait impliquer comme désordres ? En France, Jean-Pierre Troadec explique : « On parlerait alors de gestion de crise. À ma connaissance, rien n’a été prévu par notre gouvernement. Il faut souvent attendre que des événements majeurs se déclenchent pour créer une cellule de crise, et il est parfois trop tard. Officiellement, des éléments de la Défense nationale font partie d’un comité de pilotage du Geipan [Groupe d’études et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, NDLR]. La cellule de crise des PAN existe sans doute, mais nous n’en avons pas connaissance. »

Dans le cas d’une rencontre, le changement de paradigme, très soudain, pourrait remettre en question nos systèmes de croyances. L’idée d’une altérité non humaine est-elle contradictoire avec nos théologies ? Il existe depuis le XVIe siècle au sein du Vatican un observatoire astronomique. Suite à la découverte d’une exoplanète ressemblant à la Terre, en 2015, le cardinal Funes, en charge de la structure, s’est dit « ouvert à la possibilité d’une vie extraterrestre » . Selon lui, « il n’y a aucune contradiction entre la théologie catholique et la croyance aux extraterrestres » . En mai 2014, le pape François a déclaré : « Si, par exemple, une expédition de Martiens débarque... (...) Et que l’un d’eux dit “Je veux être baptisé !” Que se passera-t-il ? Qui sommes-nous pour leur fermer la porte ? » D’après Thibaut Gress, christianisme et intelligence extraterrestre font bon ménage depuis longtemps : « Un événement crucial de l’époque médiévale donne une idée de cette compatibilité : l’évêque de Paris, Étienne Tempier (1210-1279), émit une condamnation fort célèbre en 1277 de thèses jugées erronées parmi lesquelles figurait celle voulant qu’il n’y eût qu’un monde habité. Autrement dit, une des autorités théologiques les plus influentes de la fin du XIIIe siècle jugea indéfendable la thèse affirmant qu’il n’y eût qu’un seul monde peuplé de créatures intelligentes, car c’était faire injure à la puissance du Créateur. »


E.T. : des intentions écologiques et responsables ?


Et si les patterns d’apparition des ovnis observés depuis 70 ans nous permettaient de spéculer sur l’intention des intelligences en coulisse ? C’est ce que propose Michaël Vaillant, qui intervient en tant que conseil en méthodologie d’enquête et data analyst pour le Geipan – organisme officiel attaché au CNES. Indépendamment de ces engagements, il a mené une étude sur la répartition spatiale des phénomènes inexpliqués : « Les ufologues s’interrogent depuis des années sur une relation entre apparitions de PAN et sites nucléaires. Par exemple, pendant les années 1960, des ovnis auraient survolé la Malmstrom Air Force Base et désactivé des missiles. Je me suis demandé si cela ne cachait pas des corrélations plus larges et j’ai recherché, en France, des liens entre les sphères environnementales et ces phénomènes. Nous avons ajouté à l’étude tout ce qui pourrait les générer : sites pollués, aéroports, réseaux d’eau, lacs, forêts… » . Le data analyst a ensuite pu extrapoler sur les intentions des intelligences éventuellement à l’oeuvre : « Selon moi, une hypothèse serait une volonté de prévention d’un danger potentiel. Le message écologique semble très clair. Peut-être auront-ils des moyens pour nous aider de ce point de vue ? Très loin de Star Wars ou de films de science-fiction, j’imagine plutôt des missions d’ordre humanitaire.»

D’autre part, il suggère que ces intelligences auraient à notre égard une volonté de préservation culturelle, tout comme, à notre échelle, nous pourrions décider de rester distants face à une tribu « incontactée ». « L’idée serait d’avoir un impact en termes de diffusion dans la société, mais sans dénaturer la culture. Concrètement, certaines observations laissent penser que le phénomène fait de l’anthropomorphisme, en résonnant avec les conceptions culturelles de chaque lieu et époque. Certaines sont aussi de nature hallucinatoire, et entrent en résonance avec la conscience collective. Nous sommes en quelques sortes face à un phénomène qui joue un jeu de théâtre avec un décor en “carton-pâte”. » Jean-François Clervoy propose aussi que les E.T. partageraient avec l’être humain une règle de bonne conduite essentielle dans l’exploration spatiale : « La pollution spatiale est un sujet extrêmement sérieux, qui consiste à ne pas polluer un environnement pouvant abriter potentiellement la vie en y amenant nos bactéries, et à faire de même avec notre planète avec des bactéries ramenées d’ailleurs. Si les E.T. ont la même mentalité que nous, et ont comme règle de conduite de ne pas perturber le vivant sur Terre, cela expliquerait pourquoi, à ce jour, ils ne se sont pas posés au milieu des Champs-Élysées. »

Alors... L’humanité est-elle vraiment prête à accueillir une altérité, à réenvisager sa place dans l’immensité ? « Il est extrêmement émouvant de regarder la Terre depuis l’espace, on appelle cela l’ Overview Effect. Le plus extraordinaire, c’est que nous le vivons tous de la même façon, peu importe nos origines : la distance a un effet d’échelle unificateur. Et les grandes questions fondamentales comme “est-ce que la vie existe ailleurs ?” ont cette même force » , partage l’astronaute. Il semblerait que l’éternel débat sur la rencontre avec une altérité intelligente renvoie au final l’humanité à cette question : sommes-nous disposés au préalable à nous unifier comme habitants de la même planète ? faire injure à la puissance du Créateur. »

L’hypothèse des 5 vagues d’observations
Michaël Vaillant propose, dans son étude, que le rythme d’apparition des ovnis, « par vagues », ressemble à un schéma nommé « apprentissage supervisé », un terme utilisé par les chercheurs en IA. La répétition régulière d’une information, mais de plus en plus espacée, selon une loi en puissance de 2, permettrait son intégration optimale. Nous serions donc progressivement habitués à l’idée de leur présence. « La loi en puissance de 2 marche bien à l’échelle de l’individu, mais elle semble aussi s’appliquer à l’échelle d’une société. Plus le temps passe, moins il y a à apprendre et à répéter, car les connaissances deviennent acquises. Théoriquement, au bout de 5 répétitions, des connaissances simples sont acquises. » Date de rencontre prévue ? « Rapportée aux observations, il existe un sous-ensemble de vagues liées de manière très précise par une telle loi en puissance de 2. La cinquième vague aurait lieu 88 ans après la première, en 2035. Si cette idée m’amuse, elle n’est pour autant pas totalement à exclure, mais j’accepterais avec plaisir que l’on démontre que ce n’est pas envisageable : la posture scientifique doit primer et il faut conserver son esprit critique. »



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