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PUBLIÉ LE 27/02/2018
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

La légende du Graal

Emma Jung & Marie-Louise Von Franz
La Fontaine de Pierre
Magazine » Bonnes feuilles

La légende du Graal

À la lumière des travaux de C. G. Jung, Emma Jung et Marie-Louise von Franz nous guident à travers la forêt des symboles celtiques et chrétiens, nous parlent du Soi et du long et périlleux processus d'individuation que cette quête du Graal évoque.

Chapitre 21

MERLIN ET LE MERCURE ALCHIMIQUE



Les œuvres de Geoffroy de Monmouch et de Robert de Boron marquèrent le point de départ d'une prodigieuse production littéraire. La figure de Merlin fut développée dans de nombreuses directions et l'on vit apparaître des « Prophéties de Merlin » contenant des allusions plus ou moins claires aux conflits politiques et religieux de l'époque. Cette véritable marée littéraire gagna en ampleur pendant les siècles suivants, en Bretagne, en Espagne et en ltalie. Des disciples de Joachim de Flore publièrent les conceptions de leur maître sur la venue de l'Antichrist (qu'ils voyaient en l'empereur Frédéric II, 1194-1250) sous le titre Verba Merlini, et un joachimite vénitien fit paraître un livre également intitulé Les Prophéties de Merlin. Orthodoxe d'un point de vue doctrinal, l'ouvrage critiquait sévèrement les abus au sein de l'Église. En Italie ces œuvres furent suivies par des écrits politiques sur les sujets les plus tendancieux, de telle sorte que l'Église en conclut que les publications consacrées à Merlin étaient dangereuses. Le concile de Trente (1545-1563) mit le Merlini Angli Liber obscurarum praedictionum (Le Livre des sombres prédictions de l'anglais Merlin) à l'lndex, ce qui porta un coup à la floraison littéraire sur le continent.

Lorsqu'une figure de cette nature, en soi si fantastique, connaît soudain une telle renommée, il est probable qu'elle corresponde à un contenu de l'inconscient collectif, intensément constellé, et il faut s'attendre à découvrir d'autres manifestations du même ordre. En effet, l'apogée de la littérature relative à Merlin coïncide historiquement avec celle de l'alchimie orientale où l'on trouve una personnification de la substance mystérieuse qui offre une étonnante ressemblance avec Merlin, à savoir le Mercure alchimique. Dans la littérature alchimique, le Mercure symbolise la prima materia ; en lui, l'ancien Dieu de la révélation est resté vivant et, de surcroît, il s'est enrichi de nombreuses amplifications. La doctrine de l’Antiquité tardive se rapportant à la nature divine de l'anthropos s’est perpétuée à travers les spéculations des alchimistes sur la matière, non pas expressis verbis, mais dissimulée sous de multiples formes. Jung en a rassemblé les aspects les plus importants dans son essai « l’Esprit Mercure », auquel il nous faut renvoyer le lecteur, car il est impossible de décrire en quelques lignes les nombreuses facettes de cette figure.

Dieu secret de la nature, et personnification du Lumen naturae, le Mercure alchimique incarne lui aussi le grand homme intérieur, le Soi, et présente des traits qui complètent la nature ecclésiastique du Christ. Ilest le guide et le conseiller de ceux qui, dans la solitude, se préparent à vivre l'expérience immédiate de la divinité. Le Mercure alchimique et Merlin partagent un nombre étonnant de traits Tous deux sont capables d'infinies métamorphoses, tou deux sont tantôt comparés au Christ, tantôt à l'Antichrist. Tous deux sont des équivalents du souffle inspirateur du Saint-Esprit, ou sont décrits comme de faux prophètes. Tous deux possèdent la nature du trickster, tous deux vivent cachés, tous deux sont de mystérieux agents qui se tiennent à l’arrière plan de la transformation du « Roi » et sont liés aux dieux de l'amour. Tous deux sont associés à Saturne et provoquent la folie ou en sont les victimes. En définitive, ils représentent le mystère du « vase divin », le but de la recherche de l'homme. Tous deux sont liés à l'expérience de la divinité dans la nature ou dans l'inconscient. Deux chansons de Taliesin qui, nous l'avons mentionné, était considéré comme l'élève et le compagnon de Merlin, traduisent cet esprit :

J'ai revêtu de nombreuses apparences avant d'acquérir une forme propre,
J'ai été le fil tranchant de l'épée,
J'ai été la goutte dans les airs,
J'ai été l'étoile scintillante,
J'ai été le mot dans un livre,
J'ai été le livre à son début,
J'ai été la lumière d'une lanterne durant une année et demie,
J'ai été le pont qui franchit soixante rivières,
J'ai voyagé comme l'aigle,
J'ai été le bateau sur la mer,
J'ai été le chef de bataille,
J'ai été l'épée dans la main,
J'ai été le bouclier au cours de l'affrontement,
J'ai été la corde d'une harpe,
J'ai été enchanté toute une année dans l'écume de l'eau,
Il n'y a rien que je n'aie été.

Dans une version irlandaise de cette chanson du Livre de Cecan et du Livre de Ballymote, Taliesin proclame :

Je suis le vent qui souffle sur la mer,
Je suis la vague de l'océan,
Je suis le murmure de la houle,
Je suis sept bataillons,
Je suis un taureau puissant,
Je suis un aigle sur un rocher,
Je suis un rayon de soleil,
Je suis l'herbe la plus belle,
Je suis un sanglier plein de courage,
Je suis un saumon dans l'eau,
Je suis un lac dans la plaine,
Je suis un artiste malicieux,
Je suis un maître dans l'art de l'épée,
Tel un dieu je me métamorphose.

Dans cette déclaration, Taliesin se définit comme un être spirituel de la nature, capable de se métamorphoser, en définitive, comme un être créateur d'essence divine. Parallèlement, il évoque la figure du Mercure que les adeptes décrivent souvent en termes similaire. L'un des textes le qualifie « d'esprit du monde devenu corps dans la terre ». Lui aussi est un vent, ou pneuma, et l'eau de la mer, lui aussi s'incarne dans l'aigle, ou dans d'autres animaux, et dans le rayon du soleil. L'alchimiste Avicenne dit à son propos : « Ce serait lui l'esprit du Seigneur, qui remplit le monde et à l'origine flotta sur les eaux (supernatarit). Ils l'appellent aussi l'esprit de la vérité qui est caché au monde. » Cette citation nous ramène à Merlin qui avait coutume de dire la vérité et vivait caché, loin du monde. De même, le Mercure est malicieux et double; un texte rapporte « qu'il court de par le monde et se plaît aussi bien en compagnie du bien que du mal. » Il est une personnification de l'homme originel, une figure qui unit en un seul être le Christ, la part lumineuse du symbole du Soi, et sa part sombre, l'Antichrist . Si nous considérons Merlin comme un homologue du Mercure, il est alors aisé de comprendre pourquoi Robert de Boron le décrit comme l'Antichrist et pourquoi, à l'inverse, il le dépeint plus loin comme un serviteur du Christ. Nous sommes d'autant plus autorisés à comparer Merlin au Mercure alchimique que les alchimistes firent de même. Le Rosarium Philosophorum cite des vers attribués à un certain Merculinus.

La ressemblance des deux noms peut provenir d'une mauvaise lecture de Mercurius, mais sans doute ne s'agit-il pas d'une coïncidence. Il existe, en effet, un célèbre texte alchimique qui porte le titre d'Allegoria Merlini et relate le mystère du meurtre et de la transformation du roi. Merlin se tient lui aussi comme « faiseur » de rois, gardien et conseiller, derrière Arthur, le roi du Graal et Perceval. Officiellement, son rôle est d'aider, mais il présente parfois une autre face que met en valeur la figure saturnienne de l'homme à la jambe de bois. Ce dernier, à l'image de Merlin, est également astronome et magicien ; en raison de cet aspect étrange et dangereux, nous l'avons interprété comme un adversaire du roi du Graal. Le roi lui-même possède ainsi un arrière-plan « fantomatique ».

De nombreux auteurs identifièrent le roi du Graal à Brân (d'où son nom Bron), un héros divin et roi des enfers dans le Malbinogi. L’image christianisée du roi conserve cette caractéristique . L’Elucidation précise que la nécromancie n'a pas de secrets pour lui et qu'il est un magicien qui change d'apparence à volonté. Dam la Quête sa souffrance est provoquée par deux serpents enroulés autour de son cou. (Ils symbolisent le problème des opposés comme les dragons rouge et blanc.) De ce point de vue il est très proche de la nature de Merlin ; car il perd son caractère de principe collectif de la conscience, et (à l'image du sol niger de l'alchimie) il se confond avec l'aspect duel et archaïque du symbole du Soi. Lui et son adversaire sont alors identiques, et tous deux - le roi et son ennemi invisible - correspondent par bien des traits à Merlin. Pour cette raison, ce dernier personnifie assurément un aspect énigmatique du Soi dans lequel les opposés apparaissent unis. Tout se passe comme s'il permettait au roi d'accéder au trône, le conseillait et préparait sa chute, c'est-à-dire comme s'il incarnait l'aspect duel du Soi, ce qui, une fois encore, le rapproche du Mercure. Dans la mesure où Merlin et sa sœur vivent ensemble, on peut les comparer au célèbre couple frère-sœur de l’alchimie, couple qui symbolise l’aspect double de la substance mystérieuse.

La description synthétique que fait Jung du Mercure s’applique mot pour mot à Merlin : « Il est physique et spirituel. (Merlin est un être humain, plus tard un esprit qui parle depuis sa tombe.) Il est le processus de transformation de l’inférieur en supérieur, du physique en spirituel et vice versa. (Parce qu’il est son adversaire, Merlin attire le roi du Graal dans la matière et envoie Perceval au Mont Douloureux vers la spiritualisation.) Il est le diable (en tant qu’Antechrist), un sauveur qui montre le chemin, un « trickster » fuyant, et la divinité telle qu’elle se présente dans la nature maternelle. Il est le reflet d’une expérience mystique de l’artifex (artisan) au moment de l’opus alchymicum. Au titre de cette expérience, il représente d’un côté le Soi, de l’autre le processus d’individualisation, et, grâce à ses dispositions illimitées, il représente aussi l’inconscient collectif. »

Il est étonnant qu’une telle figure du Soi émerge pratiquement en même temps sous les traits de Mercure dans l’alchimie occidentaleet sous ceux de Merlin dans la légende du Graal. À cette époque, naissait un impérieux besoin intérieur d’une personnification unifiée de la divinité incarnée, capable de guérir l’opposition Christ-Antéchrist.

Il nous faut aborder ici un autre aspect de Merlin, à savoir sa relation avec le symbole du cerf. Le cerf apparaît dans cet étrange épisode au cours du quel il punit l’infidélité de son épouse. Il se rend chez elle sur le dos d’un cerf et tue son rival en lançant sur lui les bois de l’animal. Le Mercure entretient lui aussi d’étroites relations avec le cerf car les textes alchimiques le décrivent souvent comme le cervus fugitivus. Il est cependant possible que le symbole du cerf soit une survivance du dieu celtique Cernunnons, qui, selon J. Marx, était un dieu livré au mystère de la transformation. Cernunnos est découpé en morceaux et cuit dans un vase avant de renaître rajeuni ; il subit ainsi le véritable mystère de la transformation alchimique.
Dans ce cas, Merlin serait en fait le contenu secret du vase du Graal.

Dans la troisième partie de la trilogie de Robert de Boron, Merlin se présente à Perceval sous les traits d’un vieil homme, une faucille accrochée autour du cou, et chaussé de hautes bottes. Il incite Perceval à participer à un tournoi et lorsque celui-ci le questionne pour savoir qui il est, il répond : « Si fait, grand partie de ton afaire gist sor moi » (Oui, en effet, une grande partie de ta mission repose sur moi). Merlin lui rappelle son serment : ne pas rester deux nuits sous le même toit, avant d’avoir trouvé le Graal. Il est clairement exprimé ici que Merlin est le mystérieux instigater de la quête de Perceval ; il soutient la mission du géros, précisément aprce qu’il représente le Soi, la totalité intérieure que Perceval atteindra à travers la quête du Graal. Aussi Merlin est-il vraiment le mystère du Graal. La faucille qu’il porte autour de son cou le met en relation avec Saturne dont nous avons déjà évoqué le rôle.

Dans d’autres versions, il se cache tantôt sous les traits d’un vieil ermite, vêtu de blanc, la couleur des fantômes chez les Celtes, tantôt sous l’apparence d’un bûcheron, ou bien encore, derrière une ombre, sur la route du héros. Il est utile à ce stade de réexaminer le rôle de Merlin chez les continuateurs de Chrétien. Il n’y apparaît pas lui-même ; en revanche, une demoiselle chevauchant une mule vient en aide à Perceval par ses conseils et en lui confiant son anneau magique. Plus tard, elle révélera être la fille de Merlin ; lorsque Perceval attache son heval au pilier du Mont Douloureux, la même demoiselle lui apprend que ce polier a été érigé par Merlin, son père. L’action de Merlin est ici indirecte, car, invisible, il influence Perceval grâce à sa fille. Dans cette version, tout se passe comme si le symbole du Soi n’était pas personnigié de manière autonome derrière l’anima, mais exerçait son action d’un lieu caché situé à l’arrière-plan. En revanche, chez Robert de Boron et chez ses continuateurs – lesquels abordèrent vraiment le problème chrétien des opposés – la figure de l’être capable de réunir les opposés se porte inopinément au devant de la scène et devient le personnage central de l’œuvre. Il est possible de voir une autre trace de Merlin chez les continuateurs de Chrétien, à savoir dans l’épisode de la Dame aux étoiles qui surgit des eaux et chage Perceval de lui rapporter la tête de cerf.

Par sa robe étoilée, la Dame aux étoiles se voit reconnaître symboliquement le pouvoir d'inspiration ; elle est l'héritière de la fée Morgane dont elle tient l'échiquier sur lequel un adversaire invisible met Perceval échec et mat. Ce joueur invisible ne dissimulerait-il pas Merlin, et la Dame aux étoiles ne partagerait-elle pas sa vie (comme le fit Morgane) ? Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un motif archétypique que l'on rencontre dans les contes de fées : avant de gagner son amour, le héros doit libérer la figure d'anima d'un esprit païen invisible et le vaincre. Un conte de fées norvégien intitulé « Le Compagnon » relate les rapports amoureux qu'une princesse entretient, la nuit, avec un troll. Ensemble ils tuent tous les prétendants jusqu'à l'arrivée du héros capable d'anéantir le troll. Dans une version d'Allemagne du Nord le troll est un vieil homme qui vit dans la montagne. Il assure le service religieux devant un autel sur lequel repose un poisson épineux. Le vieillard doit être vaincu afin que le héros puisse épouser la princesse.

Ici, le « Vieux de la montagne » est sans doute Wotan qui attend son retour, et dans l'intervalle (parce qu'il n'est pas reconnu, ni pris au sérieux) il prend possession de l'âme inconsciente de l'homme, l'anima. L’échiquier désigne cependant davantage Cernunnos, souvent représenté avec une tablette. Tout comme les runes de Wotan, ces jeux ont pour but de connaître la volonté des dieux par la divination. Une image plus ancienne de Dieu est sans doute renée dans Merlin ; elle réunit des aspects de Wotan et de Cernunnos, le dieu archétypique des Celtes, et symbolise la totalité intérieure qui prese l'homme de ses exigences encore insatisfaites. Dans la mesure où il se tient derrière la Dame aux étoiles, Merlin prépare, comme dans le conte cité précédemment, un destin plein d'embûches pour le héro.

La mission que la Dame aux étoiles lui confie - rapporter la tête la tête du cerf - signifie peut-être que le cerf représente Merlin-Mercure qui hante l'anima tel un amoureux invisible. Perceval doit le vaincre avant de pouvoir la gagner. Dans cette hypothèse, pourquoi la Porteuse du Graal cherche-t-elle à retarder Perceval dans sa recherche du cerf ? Si, comme nous l'avons suggéré, Merlin symbolise le divin contenu du vase du Graal, nous nous trouvons alors en présence: d'une duplication du motif. Le désir secret des deux figures est de conduire Perceval au symbole du Soi, mais la Porteuse du Graal souhaite le mettre sur la voie du développement du symbole chrétien, tandis que la fée des eaux préfère le guider vers un retour à l'esprit païen de la nature - retour qui ne doit cependant pas être considéré comme une étape de valeur inférieure. En dernière analyse, les deux femmes poursuivent le même but.

De ce point de vue, Garsales, le Chevalier Blanc, symbolise probablement une attitude morale chrétienne qui s'oppose aux intentions de la seconde anima. En réunissant des aspects du Christ et de l'Antichrist, Merlin posait un problème insoluble à l'homme médiéval, incapable de raisonner en termes de paradoxes.

Le premier cerf cloué sur l'arbre représente la figure centrale située encre les pôles opposés du Christ et de l'Antichrist. Il porte, en effet, les composantes instinctuelles du symbole du Christ et, en tant qu'image de la superbe, il est contaminé par des traits démoniaques. Il traduit une manifestation régressive du rédempteur, dans laquelle les aspects d’ombre et de lumière sont encore unis. Le second cerf, poursuivi par Garsales, serait une forme progressive de cette manifestation, équivalente à Merlin, à savoir un sauveur qui réunit plus étroitement les opposés, à un stade de plus grande conscience. L’axe de tension (Christ-Antichrist) illustre le problème moral du bien et du mal, tandis que le second axe (cerf l - cerf II) dépeint le problème de la régression-progression du cours de la vie, et le danger, après avoir franchi un pas vers une unité renouvelée, de retomber dans l'unité païenne primitive. Tout comme le cerf, la figure de l'anima se présente sous une forme double. Cette situation témoigne d'une incertitude émotionnelle face à l'avenir qui est, semble-t-il, très difficile à surmonter dans un premier temps. Comprendre une figure comme celle de Merlin ou du Mercure alchimique réclame largeur de conscience et maturité de sentiment. Une prise de conscience de cette nature était pratiquement impossible jusqu'à ce que la psychologie moderne découvrît la nature essentiellement duelle de l'homme, c'est-à-dire l'existence d'une personnalité consciente et inconsciente, en relation de compensation. Le conscient n'est en effet parvenu que très difficilement à se libérer de formulations qui semblaient incontestables. L’homme du Moyen-âge devait, en outre, venir à bout d'une autre tâche qui prenait la forme d'une « aspiration vers le haut », très clairement traduite par l'architecture de cette époque. Il lui fallait sortir des ténèbres de l'inconscience et de la barbarie en dépassant la condition « naturelle » qui emprisonne l'homme primitif, et parvenir à une attitude spirituelle.

La doctrine chrétienne offrait, à cet égard, l'expression la plus large et, en même temps, aide et assistance. De nos jours encore, de nombreux peuples se heurtent à cette difficulté et, de surcroît, chaque individu doit l'affronter au cours de sa propre vie. Toutefois, le problème de l'homme moderne se pose de manière différente; durant les siècles, il s'est de plus en plus identifié au bien ou à l'esprit, et c'est pourquoi il ne demeure plus dans l'obscurité mais dans la lumière, ou du moins s'imagine-t-il être dans la lumière. Pour cette raison il est nécessaire qu'il revienne sur ses pas et rejoigne sa part sombre et instinctive.
Le Moyen-âge n'ayant pas réussi à réaliser la synthèse des opposés, tout semble indiquer que notre époque a pour mission de mener à bien cette entreprise; il est impératif qu'elle s'en saisisse même si le succès n'est pas assuré.

Les incertitudes de la vie moderne contraindront l'homme à se pencher toujours davantage sur sa face obscure et ce n'est certes pas un hasard si les découvertes de la psychologie ont forgé un outil capable à la fois de lui montrer le chemin et de l'aider à accomplir sa mission. L'ouverture à l'inconscient entraîne un élargissement et un approfondissement de la conscience qui permet une nouvelle et une meilleure orientation, ce qui se révèle d'une aide inestimable. De plus, l'activation et l'intégration des archétypes - qui sont, en définitive, non pas de simples images, mais essentiellement des idées-­forces, des énergies - permettent à de nouvelles énergies de devenir disponibles. Celles-ci, en pénétrant la conscience, élargissent les facultés de compréhension et provoquent, nous l'avons montré, le changement d'attitude indispensable à la réalisation de la totalité.


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