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PUBLIÉ LE 04/12/2019

A RETROUVER DANS

Inexploré Hors-Série n°8

Créativité - Comment révéler notre inspiration ?

LES LIVRES À LIRE

Créer de l'art divin

Daniel Perret
Books on Demande Editions

Nous, la particule et le monde

Basarab Nicolescu
EME Éditions
Magazine » Enquêtes

La lumière de l’inspiration

D’où viendrait l’inspiration et quels en seraient les mécanismes ? Comment se relier « à plus grand » que soi pour que la création soit justifiée, touche le plus de personnes de manière profonde et intemporelle ? Quelques créateurs ont bien leur petite idée…

« Chaque femme, chaque homme est riche et unique dans sa capacité à créer. Créer le monde, se créer, donner libre cours à son inspiration quant à la naissance d’un objet, d’une musique, d’une peinture, d’une écriture, de toute expression lui étant propre et inédite. Devenir artiste oui, mais avant tout artiste de sa vie ! », s’exclame Jocelyne Striebig, hypnothérapeute, auteure du livre Créativité et intuition. Si cet appel résonne fort en chacun de nous, ravivant notre envie de sortir des sentiers battus et d’oser dévoiler et offrir au monde les trésors enfouis dans notre coeur, ce n’est pas pour autant qu’il nous semble évident. Souvent, nous reléguons le don de la créativité à quelques génies inspirés, admirant leur capacité à donner naissance à des oeuvres qui nous touchent ou des inventions révolutionnaires. D’où peut bien leur venir cette lumière soudaine ou ce flot d’inspiration qui semble parfois, eux-mêmes, les dépasser ? Serait-ce un don surnaturel ou une capacité innée que nombre d’entre nous auraient tout simplement perdue, étouffés par un emploi du temps et un mental surchargés ? Après tout, l’univers lui-même, depuis l’origine, ne témoigne-t-il pas d’un souffle créateur étonnament puissant, déployant la vie sous des formes et des visages innombrables, toujours différents ? Alors, comment entrer dans la danse et laisser libre cours à cet élan capable de nous porter jusqu’à l’ultime niveau de la pyramide de Maslow : la création de soi ?


Insaisissables éclairs


À en croire les récits de nombreux artistes et inventeurs, l’inspiration se révèle aussi difficile à saisir qu’à définir. Généralement, elle apparaît avec la puissance et la vitesse d’un éclair au moment où l’on s’y attend le moins. « Quand elle se fait sentir, elle est d’une telle pénétration et d’une telle subtilité – comme un feu follet – qu’elle se dérobe presque à une définition exacte », déclarait le compositeur Richard Strauss. Improvisant la musique depuis plus de trente ans, Daniel Perret vit, quant à lui, l’inspiration comme un souffle, une joie ou une envie qui montent et le saisissent. Sa harpe à la main, il cherche alors la gamme qui lui ouvre une porte et se lance. « Je n’enregistre qu’une seule fois et ne retouche jamais, nous confie-t-il. Je ne crée pas à partir d’idées préconçues, ça c’est sûr ! »

Partageant ce ressenti, de nombreux autres créateurs en tous genres affirment que leurs oeuvres ne viennent pas de l’intellect. L’inspiration semblerait surgir au contraire quand le mental est en retrait. Le mathématicien Henri Poincaré aurait reçu, dans une intuition fulgurante, sa théorie des groupes fuschiens en montant dans l’autobus à un moment où il avait justement décidé de ne plus y penser. Pour le physicien Amit Goswami, les idées créatives apparaîtraient ainsi comme des « discontinuités » dans le cours ordinaire de nos pensées conscientes, sortes de sauts quantiques nous permettant d’atteindre quelque chose de véritablement nouveau. « Je n’y arrive pas par la force de la volonté, par les pensées superficielles ou terre à terre. Ce n’est possible que par les forces de l’âme ! », confiait Brahms, soulignant ainsi la force transcendante de l’inspiration. Certains auteurs parlent de « dictée cosmique » et les peintres peuvent vivre le même processus, comme c’est le cas de Jacqueline Gandubert : « Les couleurs m’appellent. Je les choisis sans hésitation, les malaxe, les mélange. Je commence à les appliquer sur la toile sans réfléchir. Je suis dans le voulu et non plus dans le vouloir. »


Différents niveaux de créativité


Bien entendu, parmi toutes les inventions et créations qui déferlent chaque année dans notre monde pour le meilleur et pour le pire, toutes ne sont pas issues de la même source d’inspiration. « Il faut que cela vienne d’En-Haut pour être capable de toucher les coeurs. Autrement, la musique n’est que notes froides et corps sans âme ! », s’exclamait déjà en son temps Beethoven. En effet, si certaines oeuvres ne sont que phénomènes de mode et de courte durée, d’autres se révèlent immortelles et universelles, venant toucher les profondeurs de ceux qui les écoutent ou les regardent, au-delà du temps et des cultures. Dans son livre Créer de l’art divin, Daniel Perret s’exprime ainsi : « Trop d’art reste coincé au niveau des émotions douloureuses, des ambitions égoïstes, des bonnes intentions, ou encore de la perfection trop mentalisée. Si cela peut nous faire réfléchir, ce n’est cependant pas suffisant pour élever notre esprit. Mais heureusement, de nombreuses impulsions créatives nous viennent d’au-delà de notre ego et personnalité, puisant leur source du plan mental supérieur (générant des pensées constructives et novatrices), de l’astral supérieur (émotions fines), ou de plans spirituels bien plus élevés encore. »

D’après le physicien Basarab Nicolescu, à l’origine de la transdisciplinarité et particulièrement intéressé par les relations entre l’art, la science et la tradition, il est nécessaire de distinguer l’imagination, l’imaginaire et l’imaginal. L’imagination désignerait la capacité de notre mental à faire des associations ou des liens entre différentes notions. Il s’agirait selon lui « d’une fausse inspiration qui tourne en rond et reste cantonnée à un seul niveau de réalité ». L’imaginaire, quant à lui, ferait appel à certains de nos potentiels de sensibilité et d’intuition et nous donnerait la possibilité de traverser plusieurs niveaux de réalité et d’en tirer de l’inspiration. Enfin, l’imaginal, terme inspiré par la mystique soufie, désignerait le lieu de toutes les images du monde, un lieu situé en dehors de l’espace et du temps, sorte de réalité primordiale et permanente, accessible seulement avec « l’oeil du coeur ». Ce serait aussi le lieu des visions extatiques et songes prophétiques, où certains saints, mystiques, chamanes et personnes particulièrement éveillées pourraient se rendre dans des états de conscience expansés. Cela semble se rapprocher de ce que Daniel Perret nomme avec ses propres mots « inspiration pure » : « Les oeuvres qui en découlent portent une lumière et une beauté universelles, elles élèvent les personnes qui les reçoivent dans des sentiments nobles. Elles ouvrent un aperçu vers l’étendue et l’éternité de la dimension divine. »


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