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PUBLIÉ LE 27/12/2019

A RETROUVER DANS

Inexploré n°45

Sommes-nous tous reliés ?

LE LIVRE À LIRE

La lune noire

Luc Bigé
Éditions Janus
Magazine » Enquêtes

La lune noire

Chacun à notre manière nous pouvons, tôt ou tard, entendre résonner au fond de nous l’appel de notre âme. Un désir ontologique, plus fort que tout, qui nous exhorte à sortir de nos peurs, de nos conditionnements et de notre confort, pour oser être soi et exprimer nos plus beaux talents. Cette « légende personnelle essentielle » est décrite en astrologie par la Lune noire. Son étude nous offre des clés pour mieux nous comprendre et découvrir le chemin de notre étoile.

Décrite pour la première fois au XIXe siècle par l’astrologue Don Néroman, l’étude de la Lune noire en astrologie est récente. Bien qu’encore marginale, elle n’en demeurerait pas moins essentielle. Selon le docteur en sciences Luc Bigé, si l’on regardait notre thème astral comme le théâtre de notre existence, alors les planètes en seraient les acteurs, les maisons astrologiques les décors, les douze signes zodiacaux les ambiances, et la Lune noire en serait l’auteur, « celui qui, tout en restant caché, cherche à transmettre un sens profond, essentiel, vital. Cet auteur ne se dévoile vraiment que lorsqu’il estime l’oeuvre d’une vie à la hauteur de son désir, de son intention originelle ». Pour cet astrologue et fondateur de l’université du symbole, appréhender la Lune noire, c’est déjà postuler à l’hypothèse de la réincarnation et imaginer que ce sens profond, nous allons l’approcher, nous en éloigner et éventuellement le retrouver au fil de nos vies successives. Il serait notre mythe fondateur : le défi le plus important à relever pour nous, mais aussi le plus difficile. « Cette énergie est tellement puissante qu’elle effraie autant qu’elle fascine. Comme dans les contes, avant de retrouver le trésor que cache notre âme, le joyau au coeur du lotus, nous devrons déjà rencontrer le dragon qui en garde la porte. »


Lilith et la Licorne


Lieu d’accomplissement de soi mais aussi de chute, la Lune noire est ambivalente. Pour l’aborder, l’astrologie distingue d’ailleurs deux points différents sur notre thème natal, tous deux reliés à des archétypes bien connus des traditions anciennes. La « Lune noire moyenne », ou « Licorne », correspond au déplacement de l’apogée de l’orbite de la Lune autour de la Terre. Elle décrit la qualité de notre « étoile », l’énergie qui anime notre quête d’absolu. La « Lune noire corrigée », encore appelée « Lilith », indique quant à elle la position exacte du second foyer de l’orbite de la Lune autour de la Terre au moment de notre naissance. Symboliquement, elle représente un vide, un manque, une absence, un lieu de souffrance due à la première coupure qui poussa notre être dans le flux des existences. Et toute la complexité de l’accomplissement de notre légende personnelle réside dans le fait que, généralement, ces deux lunes noires se trouvent au même endroit !(1) Notre plus grand désir côtoie de près nos plus grandes peurs ! « C’est comme si, symboliquement, au moment du Big Bang, chacun de nous était parti avec une étincelle du divin en soi, précise l’astrologue Marie-Laure Marcowith. Lors de nos premières vies, nous aurions suivi le programme initial de cette Licorne, exprimant pleinement notre don divin originel. Puis, de vie en vie, nous nous serions écartés d’elle, expérimentant des tas de choses, commettant des erreurs, abusant de notre pouvoir, souffrant et faisant également souffrir les autres. Lilith est constituée de toutes ces mémoires de “chutes”, engendrant dans notre vie actuelle de grandes peurs qui nous barrent la route vers notre soi. Ces peurs, il va nous falloir les mettre en lumière afin de retrouver notre étincelle première. »

« Je sais ce que j’ai à faire pour aller mieux dans ma vie, mais je n’ose pas », « Quand je me lance dans cette activité pourtant essentielle pour moi, des peurs profondes me saisissent et me stoppent », « J’aimerais faire ce métier, mais quelque chose en moi me l’interdit » : toutes ces phrases et ces ressentis pourraient bien être en nous la signature de Lilith. Figure mythique ancienne, la Bible et la Kabbale lui attribuent un caractère démoniaque. Lieu de chute hors du paradis originel, elle agglomérerait dans notre psyché toutes les expériences trop douloureuses que notre ego n’a pas pu digérer, toutes les mémoires des « ratés » de notre histoire, encore présentes dans notre inconscient, car non intégrées, et qu’à tout prix nous ne voulons pas revivre. Noyau psychotique de notre personnalité, empreint de honte et d’interdit, « en Lilith viennent stagner tous les résidus émotionnels issus de tous les traumatismes de notre histoire karmique », reprend Marie-Laure Marcowith. Pas étonnant que nous en ayons si peur !


Une fuite vers Priape ?


Pour certaines personnes, cet appel de l’âme, qui nous pousse à être pleinement nous-mêmes et à prendre notre juste place, se fait clairement entendre, alors que pour d’autres, il résonne plutôt comme un sentiment d’insatisfaction qui sourde au fond de soi sans être vraiment conscientisé.

Lieu d’accomplissement de soi mais aussi de chute, la Lune noire est ambivalente.

« Quoi qu’il en soit, l’interprétation de la Lune noire dans un thème va faire ressortir un chemin avec une phase involutive et une phase évolutive qui nous montre comment nous pouvons progressivement nous rapprocher de notre mythe fondateur. En travaillant sur soi, on peut accompagner ce mouvement en conscience », précise Luc Bigé. Généralement, pour ne pas nous confronter aux mémoires contenues en Lilith, nous commençons par nous construire une « maison sympathique » dans le signe tout à fait opposé. Nous nous réfugions en ce lieu, appelé « Priape », du dieu des plaisirs et des vergers, où nous allons tout faire pour exister matériellement, être compétent, reconnu et sécurisé, « loin des effrayants vertiges qu’évoque l’idée d’un absolu ».

Prenons un exemple. Un individu ayant la Lune noire en Taureau possède une connaissance innée et intime des secrets de la matière. Bâtisseur, artisan, jardinier ou guérisseur par les plantes, avant la chute, il faisait corps avec la matière et avait le don de la sublimer. Doté d’une grande capacité de travail et de persévérance, rien ne pouvait lui résister. Du moins, c’est ce qu’il crut longtemps, tant et si bien qu’il ne vit par arriver la chute : une descente progressive dans la nonchalance et la paresse jusqu’à perdre toutes ses possessions ! Acharné et obstiné, il ne supportera pas cette perte. Pour ne plus toucher ce point de souffrance, il va donc se construire sur Priape dans le signe opposé, à savoir le Scorpion, cherchant à mettre en valeur la force de l’esprit et à vivre indépendamment de toute contingence matérielle, presque pauvrement. Un jour pourtant, il reviendra vers son mythe fondateur de bâtisseur, ayant gagné au fil du chemin un sens du détachement et de l’acceptation des cycles de la vie...

Chacun de nous allons ainsi nous satisfaire d’une situation confortable jusqu’au jour « où la leçon du monde perd son éclat devant le son de Dieu. Alors, saturée de compétences et de reconnaissances, la personnalité ouvre son coeur au chant de la Licorne ». Cette ouverture passera généralement par de la colère, un point d’affirmation où l’on trouvera la force de revenir à l’essentiel. Si cet itinéraire par Priape peut sembler être une vaine fuite, il est en réalité une étape nécessaire. « Priape nous offre l’occasion de construire une personnalité mûre, qui n’est plus dans l’illusion de la toute-puissance, un moi psychique qui a su se fondre dans le moule pour ensuite s’élaborer de manière indépendante du monde extérieur, et qui va pouvoir canaliser à nouveau quelque chose de l’ordre de l’essence », reprend Luc Bigé.


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