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PUBLIÉ LE 14/05/2018

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Inexploré n°38

La conscience de la nature : son intelligence peut-elle nous inspirer ?
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Méditation Vipassana : voir la réalité telle qu’elle est

Enseignée par le Bouddha, la méditation Vipassana connaît à l’heure actuelle un succès mondial. Et si percevoir l’impermanence des choses pouvait nous aider à instaurer une paix profonde ?

« Je le savais depuis longtemps... que nous avons tendance à interpréter la réalité selon notre état intérieur et nos croyances, mais là ! », s’exclame Marie avant de marquer une pause. Cette écrivaine revient d’un séminaire de méditation Vipassana en Dordogne. Dix jours de retraite en silence. Dix heures de méditations par jour. Une pratique simple, bouddhiste, mais non dogmatique. C’est ce qui lui a plu.
« Impossible de garder mon attention sur mes sensations. J’ai vu comment mon mental n’a cessé d’interpréter tout ce qui arrivait à ma conscience, comment quasiment à chaque seconde, il a élaboré des fictions. J’ai été littéralement saisie par le fait que je fabrique ce que je pense être la réalité, purement et simplement ! », poursuit Marie. L’écrivaine se demande alors quelle est la « vraie » réalité, celle qui serait en « dessous » de cette fabrication mentale ? « C’est vertigineux, je pourrais être en train de passer la majorité de mon temps déconnectée d’une dimension profonde qui n’attend que moi », soupire-t-elle.


Un joyau retrouvé



Vipassana est une pratique méditative qui fut enseignée il y a 2 500 ans en Inde par Gautama le Bouddha et dans de nombreux pays voisins par ses disciples. Cependant, au fil des siècles, cette méthode fut presque partout mélangée et au final perdue, sauf en Birmanie – maintenant le Myanmar – où une lignée de moines aurait conservé l’essence de cette approche prodiguée par le Bouddha. C’est à la fin du XIXe siècle que Vipassana refait surface, lorsqu’un moine birman du nom de Lédi Sayadaw prend la décision de sortir l’enseignement du cadre monastique, afin de l’apprendre aux laïcs. Quelques décennies plus tard, Satya Narayan Goenka, un Indien né en Birmanie en 1924, ramène la méditation Vipassana en Inde et la fait connaître au monde entier. Goenka était un industriel influent qui souffrait de maux de tête sévères. Ne trouvant aucun remède satisfaisant, il décida d’essayer cette méditation bouddhiste auprès de Sayagyi U Ba Khin, un enseignant de la lignée de Lédi Sayadaw. Goenka devint enseignant et se consacra à la diffusion de la méditation Vipassana de par le monde. D’autres maîtres ont également promu cette approche, tel Ajahn Chah en Thaïlande. Cependant le courant de Goenka deviendra le plus important.


Engouement pour la présence



Tout ira vite. En 1969, Goenka donne son premier séminaire de 10 jours en Inde. En 1974, l’Académie internationale Vipassana – Dhamma Giri – est fondée près de Bombay. Le premier cours en Occident se tient en 1979 en France. Aujourd’hui, des séminaires ouverts à tous se déroulent dans plus de 80 pays et les 130 centres de méditation Vipassana selon l’enseignement de Goenka ont accueilli des centaines de milliers de personnes. Ils n’arrivent même plus à répondre à la demande tant les inscriptions continuent d’affluer. Vipassana est également rentré dans des prisons, des hôpitaux, des écoles, des entreprises – comme le montre le documentaire Doing Time, doing Vipassana d'Ayelet Menahemi et Eilona Ariel. De nombreux ouvrages sur le sujet ont vu le jour et la presse internationale – comme la BBC ou le New York Times – a largement relayé le phénomène. Par ailleurs, Goenka est intervenu dans des événements internationaux – tel que le sommet du millénaire pour la paix dans le Monde, au siège des Nations Unies en 2000. Enfin, cette approche a été l’objet d’un très grand nombre d’études scientifiques. Bien que l’enseignement insiste sur le fait que la visée de Vipassana ne peut être médicale, mais spirituelle, les recherches ont notamment mis en évidence des résultats positifs dans le traitement de l’anxiété et de la dépression.


L’élégance de la simplicité



S’asseoir. Sentir. Observer le passage de chaque sensation, car rien n’est permanent. C’est presque aussi simple que cela. Seulement voilà, tout méditant se rend vite compte que poser une attention détachée dans l’instant présent n’est pas une mince affaire. Stephen, un architecte allemand, a fait sa retraite en Suisse, au coeur des montagnes enneigées. Quoi de plus paisible ? « Intérieurement, j’avais l’impression d’être au milieu des transactions de Wall Street ! Colère, argumentation, acharnement, tristesse. Heureusement, au fil des jours, les montagnes russes sont devenues des collines adoucies », rapporte-t-il. L’enseignement cherche à prendre le méditant par la main et à l’emmener, étape par étape, vers plus de présence tranquille à ce qui est. Chaque soir, les participants sont invités à écouter les instructions enregistrées de Goenka – traduites dans toutes les langues nécessaires – et, le lendemain, à les mettre en pratique. Aucun exercice d’étirement, de respiration ou de visualisation n’est proposé. Il s’agit d’un travail d’observation. En cas de difficulté ou de question, il est possible de parler avec l’assistant-enseignant. Aucun paiement n’est demandé, pas même pour le logement et la nourriture et ni Goenka ni ses assistants-enseignants, ne reçoivent de rémunération pour leur service. Une fois que les participants ont fini le cours, ils peuvent faire une donation pour permettre à d’autres personnes de venir. C’est sur ce principe de don conscient que les séminaires fonctionnent depuis des années.


Une traversée éprouvante



Ces retraites peuvent parfois prendre des allures d’expériences initiatiques et il arrive que certains participants ne tiennent pas jusqu’au bout. Se réveiller à 4 h du matin pour méditer dès 4 h 30. Respecter le silence et le code de conduite. Lâcher les addictions (cigarette, alcool, connexions électroniques, etc.). Trouver le juste équilibre face à l’intensité intérieure. S’ennuyer parfois. Bien sûr, tout est fait pour un maximum de confort. Il n’en reste pas moins que garder le dos droit et les jambes préférablement pliées des heures durant est, déjà, un défi pour beaucoup. La tension physique devient alors l’objet même d’un travail d’observation. La douleur est-elle figée ou évolue-t-elle ? Le plus souvent, elle évolue. Mais comment apprendre à rester impartial, même si elle fluctue ? Par l’expérience. (...)

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