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© CARRIE KING EYE EM
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PUBLIÉ LE 28/06/2019

A RETROUVER DANS

Inexploré n°43

Avons-nous une destinée ?
Les mystères de nos chemins de vie

LES LIVRES À LIRE

Psychogénéalogie

Anne Ancelin Schützenberger
Editions Payot & Rivages

Se libérer du temps généalogique

Elizabeth Horowitz & Pascale Reynaud
Éditions Dervy
Magazine » Enquêtes

Mystérieuses trames de vie

La vie est une équation à multiples inconnues. Funambules sur le fil de l’existence, nous avançons en quête d’équilibre, de réalisation et de sens, pris entre notre soif de liberté et les jougs de notre destinée. Dès lors, quelle est notre marge de manoeuvre face à tout ce qui nous dépasse ?

Cette interrogation vertigineuse, présente en filigrane dans les articles de ce dossier, nous renvoie à un questionnement existentiel fondamental, qui captive les philosophes depuis l’Antiquité, divise les religions, hante tout être humain et remplit les cabinets de thérapeutes : nos vies sont-elles toutes tracées à l’aune d’une destinée prédéterminée... et, partant de là, qu’en est-il de notre libre arbitre ? En anglais, libre arbitre se dit free will, rendant explicite la notion de « libre volonté ». Autrement dit, cette liberté personnelle d’être, d’agir et de penser, capable d’infléchir le destin ; ce fameux fatum (« fatalisme », « fatalité ») ou cette « force de ce qui arrive et qui semble nous être imposé sans qu’aucune de nos actions n’y puisse rien changer », dixit Michel Blay dans son Dictionnaire des concepts philosophiques.


Escape Game


Un film italien récent évoque symboliquement, à travers une permission de 48 heures accordée à des prisonniers(1), la toile d’araignée de la destinée. En quête de rédemption, ces cabossés mettent toute leur volonté pour changer de vie et sortir de cet « enfermement », au propre comme au figuré, mais quasiment tous sont rattrapés par leur histoire, ancrée dans le passé familial, le contexte social, l’ossature culturelle. Et la réalité dépasse bien souvent la fiction... Au-delà de ce scénario, nous sommes en effet tous, à des degrés divers, « prisonniers » de l’étau d’une histoire personnelle, transgénérationnelle et collective, que l’on cherche à transcender. « On rencontre sa destinée souvent par des chemins qu’on prend pour l’éviter », ironisait Jean de La Fontaine...
Électron libre dans une famille « cadenassée » (sic), Simon(2) a ainsi pris la tangente pour fuir un destin écrit d’avance, où il n’avait d’autre choix que de reprendre le cabinet médical, transmis de père en fils. Diplôme de médecine en poche, il a tout quitté, « non sans douleur, mais par instinct de survie ». Ce baroudeur est parti se chercher ailleurs. « À travers le chamanisme et les pratiques yogiques, j’ai expérimenté des états modifiés de conscience qui m’ont fait découvrir que j’appartenais à un courant de vie bien plus vaste que le petit moi étriqué promis par ma destinée, mais aussi que la vision matérialiste enseignée en médecine. » Ce « détour » par lui-même lui a permis de (se) trouver ; devenu enseignant de yoga et énergéticien, Simon a finalement repris le cabinet familial, à la mort prématurée de son père. « Mais, là, ce fut mon choix ! J’ai à présent le champ libre d’être pleinement moi-même, tout en m’inscrivant dans l’histoire familiale », conclut-il.


Sous influence


La trame de notre vie est donc tissée de fils mystérieux, dont nous ne sommes pas toujours maîtres... Certaines influences sont tangibles, comme les carcans culturels plus ou moins prégnants selon les pays (je pense à cet ami népalais entré à la Légion étrangère pour échapper au mariage arrangé et qui avait fait sa vie ici ; à force de pression, il a fini par se marier au pays par loyauté familiale et séculaire). Mais d’autres influences plus subtiles nous impacteraient sur différents plans, à l’image de l’empreinte de notre prénom ou des nombres sur notre chemin de vie, de la position des planètes lors de notre naissance ou encore du karma au gré des réincarnations... Parmi ce qui pèse silencieusement sur notre destinée, la mémoire transgénérationnelle est l’un des phénomènes les plus étudiés. « Notre vie à chacun est un roman. Vous, moi, nous vivons prisonniers d’une invisible toile d’araignée dont nous sommes aussi l’un des maîtres d’oeuvre », avait coutume de dire Anne Ancelin Schützenberger (décédée en 2018), créatrice de la psychogénéalogie, qui nous a si bien éclairés sur les fantômes familiaux qui brouillent notre identité. « Si on ne comprend pas son histoire et dans quoi elle s’inscrit, on n’est pas libre de faire des choix à soi », confiait-elle.


Destins intriqués


D’inconscient à inconscient, nous recevons ainsi en transmission « silencieuse » les tragédies, trahisons et autres secrets qui ont ébranlé l’arbre généalogique (mais aussi des potentiels positifs). « Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de conquérir notre liberté et de sortir du destin familial répétitif de notre histoire en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille, et en éclairant les drames secrets, les non-dits et deuils inachevés », postulait Anne Ancelin.

La trame de notre vie est donc tissée de fils mystérieux, dont nous ne sommes pas toujours maîtres...

Un mouvement essentiel, car un arbre généalogique « pétrifié » ne laisse plus circuler la sève de vie. Nous nous retrouvons alors englués dans une destinée qui nous échappe. « Le rapport au réel est faussé ; on vit sur des certitudes mensongères, mortifères, qui font obstacle au libre arbitre et à l’expression de soi. Le mouvement vital est arrêté, la créativité inhibée. On se sclérose en s’accrochant au connu, parfois sur plusieurs générations. J’invite les personnes qui viennent me consulter à renouer avec leur créativité, à développer leurs talents en germe afin que chacun puisse devenir “qui” il est. Par cet acte créatif, on relance le mouvement de la vie », partage Élisabeth Horowitz, thérapeute spécialisée dans l’analyse transgénérationnelle.

L’épigénétique, qui étudie l’influence de l’environnement sur l’expression des gènes, apporte un début de réponse à cette étrange transmission qui traverse la barrière des générations et contamine notre destin individuel. Virginie Tyou en est la preuve vivante ! Assiégée d’insoutenables douleurs pelviennes après l’accouchement de son premier enfant, elle a la sensation de ne plus être à la barre de sa vie... Dans « Voyage en mer intérieure », elle livre le récit de la reconquête de soi. Grâce à l’hypnose, elle assemble les pièces d’un mystérieux puzzle familial, révélant le secret de sa naissance. En découvrant que son père n’est pas son père, la vérité apaise ses énigmatiques douleurs et la ramène sur son (propre) chemin de vie. Après sa troisième séance d’hypnose, elle se met étonnamment à écouter de la musique raï et sent poindre l’envie de découvrir la Tunisie... Plus tard, elle apprendra que le père de son père biologique, son grand-père donc, était peintre orientaliste et a vécu à Tunis. Cette vie, dont elle ignorait tout, l’avait imprégnée. « Nous portons en nous l’histoire de notre famille. Cette musique en est le plus bel exemple ; elle a traversé mes cellules ! », écrit-elle.


De l’antique destinée à la vie quantique


Dans la vision antique, le destin est une divinité aveugle, implacable, issue de la nuit et du chaos ; toutes les autres divinités lui sont assujetties. Par extension, le destin est cette fatalité par laquelle tout arrive dans le monde. Les oracles seuls pouvaient entrevoir et révéler ici-bas ce qui était écrit au livre du destin.

Les guides attendent de nous une certaine autonomie, cette faculté à nous rendre acteurs et maîtres de notre vie.

De nos jours, médiums et voyants tentent à leur tour de lever le voile sur les inconnues de notre chemin de vie... et tout ce qui la déborde. Relais entre le visible et l’invisible, ils mettent en lumière des « balises » ou délivrent des messages en provenance d’autres réalités, mais ils ne peuvent pas faire le chemin à notre place. Fragilisée après un burn-out, Caroline(2) en était venue à ne plus rien faire sans l’éclairage d’un spécialiste des perceptions. « Médiums, voyants, numérologues, astrologues, tarologues, j’avais tout un annuaire pour m’aiguiller sur ma voie et m’aider à faire des choix. À la fin, même pour un banal rendez-vous avec une amie, je consultais plusieurs d’entre eux. Tout devenait confus, et j’avais perdu la main sur ma vie. C’est une médium qui m’a ouvert les yeux en refusant de me recevoir une énième fois », confie-t-elle, avouant avoir encore du mal à prendre une simple décision par elle-même. Interroger et investir sa destinée exige une prise de responsabilité... même lorsqu’on fait appel au pouvoir des esprits.

« Les guides attendent de nous une certaine autonomie, cette faculté à nous rendre acteurs et maîtres de notre vie. Ils guident, mais n’agissent pas à notre place. Leurs interventions s’inscrivent dans un schéma d’ouverture et d’éclaircissement qui, à terme, facilite la réalisation de nos souhaits, s’ils sont justes », souligne la médium Jade Devaux, auteur de « Ce que les guides me murmurent ». Plus largement, parler des enjeux de notre être au monde questionne de facto notre place (et celle de notre destinée) dans l’espace-temps... « Nous vivons un moment privilégié de l’histoire de la convergence de la science et de la tradition séculaire. Le destin de notre monde et notre évolution dépendent de notre détermination à nous ouvrir aux énergies éternelles de l’univers », s’enthousiasme Patrick Drouot, physicien, spécialiste de l’expérimentation des états d’expansion de conscience et des thérapies quantiques (voir encadré). Il devient en tout cas de plus en plus évident que le corps, lieu de l’éprouvé de notre destinée, n’est qu’une interface ou une caisse de résonance, alors que la conscience, elle, est non localisée ; totale et infinie, elle se trouve partout, dans une dimension qui n’est liée ni à un temps ni à un lieu. Une vision quantique qui déploie sacrément la perspective de notre destinée ! Au final, pour échapper à une vision trop étriquée du destin ou au flottement d’un libre arbitre absolu, et ainsi sortir de l’absurde, la balance est peut-être à trouver dans cet appel d’Anne Ancelin Schützenberger, quintessence de sa destinée : « À la limite, le seul choix est existentiel : être impliqué ou ne pas être impliqué. »


La voie du cœur


Et si, face au vertige existentiel, la réponse était à aller chercher du côté du coeur ?

C’est ce que propose le médium et thérapeute Christophe Jacob dans son ouvrage Le coeur quantique. Les psys, les chamanes, mais aussi le monde des esprits (s’exprimant par la voix des médiums), s’accordent à dire que la perte de sens et le mal-être actuels proviennent du fait que nous sommes « fragmentés ». À travers « un processus de connexion à tous les univers utilisant l’intuition et la médiumnité comme supports, via des méditations guidées », précise Christophe Jacob, nous passons d’un champ de conscience purement neuronal à un nouveau paradigme qui ouvre la voie à l’intelligence du coeur, nous permettant d’accéder à des paliers plus élevés de la réalité et de la vie.

« En devenant coeur quantique, cette nouvelle architecture de perception nous mène vers une meilleure manière d’embrasser le monde dans toute sa complexité pour retrouver notre être, notre origine perdue et notre devenir, afin de nous déployer dans une existence et un monde plus équitables, justes, prospères et durables. À la clé, la découverte de ce qui constitue notre être profond : notre âme immortelle », explique, en préface, le physicien Patrick Drouot, spécialiste des thérapies quantiques.



(1) Il permesso – 48 ore fuori de Claudio Amendola, 2017.
(2) Le prénom a été modifié.


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