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PUBLIÉ LE 07/11/2016

LE LIVRE À LIRE

Un bébé enfin !

Réjane Ereau
Editions Trédaniel
Magazine » Enquêtes

Quand la naissance
devient initiatique…

On sait que le décès d’un proche peut bousculer
notre vision de la vie. La naissance d’un enfant peut être
tout autant source de révolution intérieure et d’évolution.
Qu’avons-nous à y apprendre ?

Vous êtes-vous déjà demandé ce que vit une femme qui peine à devenir ou à se sentir mère ? Avez-vous déjà imaginé les doutes, les remises en question, la culpabilité, la morsure de l’échec qui lui sautent à la gorge et la font vaciller ?
Bien-sûr, la maternité n’a rien d’un passage obligé. Pour qui la désire, toutefois, ne pas parvenir à mettre en route une grossesse, ou vivre l’arrivée de son enfant avec difficulté, peut vite devenir un abysse sans fond, une déstabilisation totale de ce que l’on croyait être, maîtriser et connaître. Soudain, on se découvre fragile, défaillante, amputée d’une partie de son identité. On se pense jugée, pointée du doigt, mise au ban des « vraies femmes », celles qui enfantent « comme il se doit » dans la plénitude et la sérénité.
Ça devrait être tellement naturel, d’être maman ! Ça devrait aller tellement de soi, de concevoir un bébé, de le porter avec bonheur, de lui donner naissance stoïquement, de s’occuper de lui avec béatitude et dévouement ! Ça devrait, oui, mais…
Confrontée à ces difficultés, la vie redevient ce qu’elle est : mystérieuse, fragile, en équilibre sur un fil. A bien y réfléchir, quels en sont les arcanes ?

A l’heure où l’infécondité dans les pays industrialisés augmente de façon inquiétante, où les grossesses pathologiques se multiplient, où les burn-out maternels sortent du bois, il y a matière à s’interroger. Que nous arrive-t-il ?
Dans nos contrées, près d’un quart des couples reste sans enfant après un an de tentatives de conception sans contraception. Au bout de deux ans, ils sont un sur dix à s’orienter vers une assistance médicale à la procréation. Leurs chances de grossesse varient alors entre 10 et 20%. La science agit, les procédés se perfectionnent, mais les spécialistes sont inquiets. Alors qu’il y a trente ans, ils avaient essentiellement à résoudre des cas de trompes bouchées ou abîmées, aujourd’hui, les causes de l’infécondité féminine sont de plus en plus difficiles à cerner. Chez les hommes, la qualité du sperme est en chute libre – en l’espace cinquante ans, la production de spermatozoïdes dans les pays occidentaux a dégringolé de 40% ! A ce rythme, certains médecins se demandent même si dans un demi-siècle, nous serons encore capables de nous reproduire naturellement…
Les experts sont formels : les causes de ces déséquilibres sont de plus en plus à aller chercher du côté de l’être tout entier, dans ses dimensions psychiques, énergétiques et spirituelles, plutôt qu’en simples termes biologiques. « Il ne faut pas considérer l’arrivée d’un enfant uniquement comme une affaire d’utérus, d’ovaires et de spermatozoïdes, confirme le psychiatre et psychothérapeute Christophe Massin. On sait désormais qu’elle est aussi liée à la vie émotionnelle et affective. Elle ne peut être dé-corrélée d’une histoire, d’un contexte. Si on ne l’aborde qu’en termes techniques, on méconnaît une réalité bien plus subtile. »


L’être est infiniment complexe...

Des nœuds inconscients


La première étape, dès lors, serait d’accepter de se pencher sur les nœuds inconscients qui nous ligotent. L’être est infiniment complexe. Une fragilité a priori anecdotique, ou une difficulté dans un pan de la vie apparemment très éloigné des questions de bébé, peut empêcher la fertilité de s’exprimer et l’arrivée de l’enfant d’être vécue sereinement. « Une femme venue me consulter pour une difficulté persistante à tomber enceinte s’est révélée enchaînée par le souvenir d’un premier amour », illustre la kinésiologue Sandra Zeltner dans le livre Un bébé, enfin ! Alors que cette aventure s’était mal finie, elle n’arrivait pas à s’en libérer. « À l’époque, elle se serait bien vue porter l’enfant de cet homme, complète la praticienne. Après leur séparation, lui a fondé une famille, dont il a posté des photos sur les réseaux sociaux. Inconsciemment, elle avait l’impression qu’il la narguait. Bien qu’étant elle-même mariée depuis plusieurs années, elle était toujours énergétiquement ligotée à lui. La puissance de cet attachement l’empêchait de reconstruire. » La kinésiologue a coupé le lien. La jeune femme vient d’accoucher.
Sandra Zeltner cite aussi le cas d’une personne qui, parce qu’il y avait plusieurs générations de mères maltraitantes et atteintes de troubles psychiatriques parmi ses aïeules, était inconsciemment persuadée qu’elle-même finirait folle si elle devenait maman. « La prise de conscience a suffi à lever le voile », indique la praticienne.

Mode de vie, alimentation, émotions enfouies, héritages familiaux, mémoires de traumatismes passés, relation à son conjoint… La conception et la grossesse remettent des choses en mouvement, elle exacerbe les problèmes latents et fait remonter des profondeurs des blocages ou des peurs. Que sommes-nous prêts à explorer et à accepter de transformer pour devenir et se sentir pleinement parents ?
« Porter un enfant est un moment clé de cristallisation, de transparence psychique, où peut nous éclater à la figure tout ce que nous tenions jusque-là bien au chaud sous le couvercle, indique le Dr Massin. La situation peut venir toucher des souffrances profondes, existentielles. Certains ne vont jamais vouloir aller regarder de ce côté-là, ni accepter d’accueillir leurs émotions. »
Loin l’idée, bien sûr, de tout assaisonner à la sauce psy. Depuis la nuit des temps, on naît, on enfante, on meurt, maillons inexorables du cycle naturel de la vie. Mais même lorsque tout se passe bien, cette période est l’occasion de ressentir ce que devenir mère ou père signifie. Comment nous y préparons-nous ? Comment nous mettons-nous à l’écoute de nos besoins, c’est-à-dire de ce qui nous permet de franchir une étape et de grandir ?

La conception et la grossesse remettent des choses en mouvement...

Installée à Paris, Chantal Maury accompagne fréquemment des femmes confrontées aux aléas de la maternité. Par sa médiumnité, elle identifie la source du souci. Par son magnétisme, l’utilisation de l’acupressure ou d’autres techniques énergétiques, elle nettoie et rééquilibre. « Je me souviens d’une femme inféconde, dont j’avais perçu que le compagnon était le fils qu’elle avait laissé se noyer dans une incarnation précédente », raconte-t-elle même. En coupant symboliquement ce lien, en supprimant cette mémoire karmique, elle a rétabli entre eux « une relation plus classique, leur permettant de devenir parents ». Un petit garçon en est né. L’épouse a aussi arrêté de « surprotéger son mari » et de « se sacrifier pour lui », se félicite Chantal Maury.


Renaître à soi


Nos sociétés l’ont perdu de vue, mais devenir mère est un voyage initiatique. Un rite de passage, un engagement corporel, émotionnel et spirituel à la découverte des forces insoupçonnées qui nous habitent, un chemin marquant la fin d’un état et le début d’un autre.
Le souci, c’est que confrontées à la nécessité de s’adapter à tout ce que cette période vient chambouler, beaucoup de femmes se crispent, physiquement ou psychiquement. « Prenez l’accouchement, propose Michka Seeliger-Chatelain, cofondatrice de Mama Éditions. Donner naissance demande d’entrer dans une transe légère, afin de se relier à un autre niveau de réalité et de se laisser guider par lui. Pour atteindre cet état, il faut se sentir en sécurité. Alors, le corps fait le travail, dans l’intensité et non dans la douleur. Le lâcher-prise est essentiel. Bien des femmes ont peur d’accoucher. Elles se ferment, se resserrent. Pour enfanter naturellement, il faut au contraire être dans l’ouverture. Celle du corps ne peut aller qu’avec celle du cœur et de l’âme. Il faut cultiver une confiance en soi et en l’Univers. Dans ces moments, on touche une conscience supérieure. Vivre ainsi la naissance permet de se connecter à son pouvoir spirituel. »
Lorsque l’apnéiste Leina Sato se retrouva enceinte, elle n’avait que vingt-huit ans. Se sentant encore très gamine, elle alla chercher réassurance et accompagnement auprès des mamans dauphins et baleines, avec qui elle entretient depuis l’adolescence un rapport privilégié. « A leur contact, j’ai vraiment réalisé que j’allais avoir un enfant, et que cette nouvelle étape pouvait être vécue dans la spontanéité et dans la fluidité », rapporte-t-elle dans Un bébé, enfin ! A la naissance de sa fille, pourtant, elle fut prise de panique. « Je me suis confrontée à la peur de la mort, que je n’imaginais pas avoir, et je me suis sentie submergée par une grande tristesse, dit-elle. Je revivais ma propre naissance, ma propre résistance à m’incarner. » Pour délivrer son bébé, elle dut aller puiser ancrage et puissance au-delà d’elle-même, dans la vision chamanique de grands arbres et « de la déesse hawaïenne des volcans ».
« J’ai le sentiment que, pour donner la vie, je devais accepter de peut-être y rester, témoigne de même une responsable de laboratoire pharmaceutique. Pour elle, ce fut comme « une petite mort ». Il y eut clairement « un avant et un après ».

Ce passage peut venir nous bousculer jusque dans l’intimité de nos identités.

Ce passage peut venir nous bousculer jusque dans l’intimité de nos identités. « Pendant des siècles, donner la vie fut le seul rôle valorisant attribué aux femmes. Aujourd’hui, devenir mère est une option ; une femme n’a plus à être définie par sa maternité. C’est une évolution considérable. On est mère physiquement, mais pas émotionnellement ni psychologiquement, remarque la psychologue Elizabeth Debold, spécialiste des questions de genre, dans Un bébé, enfin. Combien de jeunes mamans se sont-elles confrontées à la difficulté de nourrir leur enfant au sein ? C’est pourtant censé être naturel ! « Le choc est douloureux, déboussolant, poursuit la psychologue. Il engendre une insécurité énorme. Confrontées au désarroi de ne pas savoir faire, hantées par l’idée que l’enfant dépend d’elles, qu’elles en sont responsables, elles réalisent qu’à un certain niveau de leur être, elles ne savent pas qui elles sont »
Ces difficultés, comme nombre de femmes qui les traversent mais n’osent pas à parler, du fait de l’injonction sociale au bonheur béat de la maternité, je les connais. Elles m’ont saisie par surprise, après la naissance de mon fils. Dans un coin de ma tête, j’avais décidé que sa venue ne changerait pas ma vie. Qu’il ne m’empêcherait pas de sortir, de voyager, d’être la femme indépendante et bohème que j’aimais être. La bonne blague ! Attachée à une certaine vision de mon être, je me suis sentie corvéable, assignée à résidence, privée de ma propre existence. Dans une sorte de réflexe conditionné, je me suis emmurée dans la croyance que je devais être exemplaire, empilant en silence la rancœur et la colère…
Jusqu’à ce qu’un soir, je réalise qu’il était temps que je meure à moi-même, pour mieux renaître. Alors que tout se dérobait sous mes pieds, j’ai compris qu’il s’agissait d’une invitation à descendre plus profond. Que l’heure était venue de lâcher « l’avant », d’accueillir ce qui était là et de m’ouvrir à tout ce qu’il me restait à apprendre.
Ma liberté, ce n’était pas faire fi des conditions extérieures, mais ne plus être esclave de mes propres certitudes et m’investir au plus près de ce qui me semblait juste et me ferait grandir, aussi déstabilisantes qu’en soient les premières étapes.
Au cœur de la nuit noire, j’ai saisi en plein cœur que la douceur était une puissance, et qu’il m’appartenait d’élargir le champ de mon être. Elargir n’est pas se perdre ; c’est se donner l’opportunité de mieux se trouver.


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