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PUBLIÉ LE 26/03/2018
  • Catherine Maillard
    Auteur

A RETROUVER DANS

Inexploré n°38

La conscience de la nature : son intelligence peut-elle nous inspirer ?
Magazine » Pratique

Quand la nature enseigne aux enfants

Un modèle innovant d'éducation dans la nature basé sur les cultures ancestrales indigènes existe... Il s’agit de L'école Wolf, situé en Colombie Britannique, au Canada (Salt Spring). Au cœur de l’apprentissage : la connexion à la nature, aux autres, et à soi, pour un déploiement des talents de l’enfant, en lien avec son environnement et la communauté...

« Ce potentiel qui est le tien, il t’a été donné par la nature, et pour la nature… ce n’est pas pour toi seul ! » rappelle Jean-Claude Catry, lors d’un débat suite à la projection du film « L’autre connexion », dédié à l’Ecole Wolf, réalisé par Cécile Faulhaber et diffusé très bientôt sur INREES TV. Son fondateur rayonne d’une présence singulière : le message et le messager ne font qu’un ! Profondément blessé dans l’adolescence par un système éducatif qu’il perçoit comme déviant, Jean-Claude Catry va suivre les enseignements de différentes traditions natives et cofonde un modèle d’école innovant, avec la nature comme principale enseignante ; il y a maintenant 13 ans. « Ses principes reposent sur une tradition de chasseurs-cueilleurs à travers le monde, et les cultures Lakota, Apache, Akamba… transmises par Jon Young » précise-t-il d’emblée, soucieux d’honorer ses mentors. S’y ajoute son expérience à Saarang (Inde), avec Gopala et Vijaya, dont la dévotion en faveur de la communauté biotique, et leur confiance, leur foi dans la vie, imprègnent la philosophie de cette école. « Les apprentissages se font en immersion dans la nature, tout âges mélangés (8 à 14 ans) à raison de 3 jours par semaine, toute l’année, quel que soit la météo, » explique-t-il. Le reste de la semaine est consacré à des enseignements académiques avec d’autres éducateurs, en dehors de l’école.


La « connexion » à la nature, comme principe éducatif



« Dans cette école, les enfants sont encouragés à être eux-mêmes ! » nous expose Jean-Claude Catry. Ainsi, nous serions devenus une pale version de qui nous sommes vraiment, et ce lieu permettrait à chacun d’accéder à son véritable potentiel, et de trouver sa place dans la communauté, en harmonie avec le vivant ! Ici, l’apprentissage résulte d’une « connexion » profonde à la nature, qui demande une libre expression de leurs conduites instinctives. « Ce qui demande un temps et un espace suffisant, précise notre mentor. Deux éléments, cruellement manquants dans notre système éducatif classique ! Alors ils peuvent exprimer leurs instincts, et suivre leurs propres impulsions, comme grimper aux arbres, construire des abris… Autant d’expériences qui leur donnent une profonde confiance en eux. »

Les apprentissages se font également par effet miroir : « l’observation de l’écologie extérieure leur donne des clés intérieures de compréhension d’eux-mêmes » répond cet enseignant d’un nouveau type. Leurs émotions, face à l’irruption d’un animal, la beauté d’un chant, leurs ressentis, quand il pleut, ou qu’il fait très chaud… Développer ces perceptions, son intelligence émotionnelle sont autant de « notions » au programme de l’école. Ces temps dits de « récréation » en nature sauvage, permettent une transmission directe de la connaissance à travers un modèle naturel.


Les routines, les ancêtres, la communauté



La pédagogie repose sur un ensemble de pratiques, comme « les routines », par exemple. « Répétées avec régularité, ces pratiques vont favoriser au fil du temps des aptitudes et entrainer des comportements plus en harmonie avec notre environnement » précise Jean-Claude Catry. Prenons le « sit spot » ou encore « place médecine », qui consiste à s’asseoir quotidiennement au même endroit et d’observer. « Il y a une telle connexion qui s’établit avec les plantes, les arbres, les animaux, que tu ne fais plus qu’un avec eux et alors le sens de qui tu es grandit. » Prendre cette place « connectée » en pleine nature, permet concrètement de trouver aussi sa place dans le monde. L’écoute profonde, est également enseignée. Assis en cercle, en pleine foret, les enfants ouvrent leurs sens à l’écoute de la vie qui se déploie dans une profusion de sons, d’oiseaux, de vent dans les branches, de vols d’insectes. A quoi ça sert, pourrait-on se demander ? « A me recentrer, j’en ai besoin pour ne pas partir dans tous les sens, ou quand je suis submergé par mes émotions », formule Peter, 11 ans. Au programme également, le partage quotidien de son histoire. « Une pratique essentielle pour intégrer notre expérience quotidienne, où il se passe tant de choses. Qu’est-ce qui est vraiment important pour nous ? Raconter, partager permet d’inscrire es moments dans notre mémoire, » détaille l’enseignant. La gratitude également est enseignée. Il poursuit : « Témoigner sa reconnaissance quotidiennement permet de changer sa structure mentale et de voir la beauté et les dons partout, chez les autres et en nous-mêmes ».

Au cœur de cet apprentissage, une autre notion essentielle émerge : le sens de la communauté « En connectant avec ce modèle naturel, on peut apprendre les lois fondamentales du bien vivre ensemble. » Certaines pratiques, dites de mimétisme, comme faire le même geste, ou chanter ensemble, vont créer un sentiment d’unité ; elles sont nécessaires pour se sentir connectés les uns aux autres. La bienveillance se développe plus naturellement ! D’autres pratiques sont dédiées aux ancêtres. « Lors du souper des ancêtres, chacun apporte le plat préféré d’un de ses aïeuls, pour un partage de nourritures et d’histoires. Bien plus qu’un moment divertissant, ça permet aux enfants de prendre conscience qu’ils sont à une place particulière de leur lignée, entre le passé, le présent, et le futur, et de prendre la responsabilité d’en faire un moment décisif ».


Plus de maître, mais un mentor



Autre spécificité de cette école : le mentoring, une guidance « invisible » qui s’applique à faire émerger les dons qui sont déjà en eux ! « L’apprentissage ne se fait pas de maître à élève, mais côte, à côte, ensemble nous explorons le mystère. » Les mentors (entre 30 et 50 ans) s’appuient sur leur expérience personnelle et procède par transmission d’une connaissance, non l’application d’un savoir ; leur travail repose sur la curiosité des enfants, pour qu’ils trouvent les réponses par eux-mêmes, encore et encore, en les encourageant à sortir de leur zone de confort. Mais quelles sont les qualités développées dans un tel contexte ? « Il y en a plusieurs, qui émergent spontanément » affirme notre expert. La capacité d’avoir l’esprit tranquille, la joie d’être pleinement dans ces émotions, la vitalité qui donne la capacité de répondre aux situations, l’écoute profonde, pas seulement les mots mais de tout l’être, l’empathie et le soin, la capacité d’être vraiment utile, l’amour, le pardon… Des qualités qui si elles sont cultivées dès l’enfance font de nous des adultes matures, autonomes, bienveillants, responsables… et connectés.

« Notre société semble devenu folle, nous souffrons d’un terrible trauma, celui de l’illusion de notre séparation avec la nature » s’inquiète Jean-Claude Catry. Loin d’être une lubie, ou encore un rêve nostalgique de retour aux sources, cette école, fait des émules, et des expériences émergent sur ce modèle au Royaume Uni, en Allemagne, aux Etats Unis, et en France (avec l’école primaire en pleine nature Caminendo, dans la filiation de l’Ecole du Colibri). Et si placer la nature au centre, privilégier le bonheur de l’enfant, son intelligence émotionnelle, sa curiosité pour un déploiement de ses talents en lien avec son environnement et la communauté, était une partie de la réponse pour une mutation du modèle éducatif ? Les enfants, eux semblent profondément partants : « J’ai beaucoup plus confiance en moi. » « J’apprends beaucoup plus de choses intéressantes, et je me sens plus heureux. » Son fondateur est formel : « Ce n’est pas un concept, ni une idée, mais une expérience de vie. » !


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