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PUBLIÉ LE 09/10/2017

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Inexploré n°36

Astrologie, quand les étoiles guident notre chemin de vie
Magazine » Entretiens

Paulo Coelho :
Danse avec les signes

220 millions de livres vendus dans 170 pays, traduits en 81 langues. Rebelle, rock et mystique, la vie de Paulo Coelho est un roman où la réalité dépasse la fiction.
Initiatiques et symboliques, empruntant à la Bible, l’ésotérisme ou la chevalerie, ses écrits, souvent dénigrés par la critique, ont transformé la vie de millions de personnes.

Je suis de la tradition de l’écrivain pèlerin, qui voyage, voit des choses et essaie de partager son expérience. Dans le sens où ce voyage doit être aussi bien un voyage extérieur qu’intérieur », dit de lui Paulo Coelho. Ainsi peut se résumer son oeuvre : la quête de soi, tout autant que de sens et de cet au-delà de soi. Profondément catholique, initié dans sa jeunesse à l’occulte et l’alchimie, voyageur ouvert aux spiritualités du monde, Paulo Coelho, la foi chevillée à l’âme, est passé maître dans l’art de lever le voile sur l’invisible. « Il faut être plus ouvert aux mystères », conseille-t-il, en évoquant son ouvrage Le manuscrit retrouvé.

Grâce à son style simple (simpliste, diront certains), allié à des thématiques universelles qui empruntent à la philosophie, la spiritualité et au développement personnel, Paulo Coelho touche au coeur ses contemporains et leurs aspirations. Un brin de mysticisme, un zeste de surnaturel, une pincée de magie de la vie, tel est l’alliage précieux qui le propulse au sommet des auteurs les plus lus au monde.

Aux sources de sa Légende Personnelle



« Accomplir sa Légende Personnelle est la seule et unique obligation des hommes », professe-t-il dans son opus mythique, L’Alchimiste (83 millions d’exemplaires vendus), fréquemment comparé au Petit Prince de Saint-Exupéry ou au Prophète de Khalil Gibran. L’idée clé qui passera à la postérité est bien cette fameuse Légende Personnelle, et son caractère initiatique incarné ici par le berger andalou Santiago qui abandonne ses brebis pour entreprendre le voyage qui le mènera au trésor enfoui au pied des pyramides dont il a rêvé... au coeur de lui-même, vers sa mission de vie.

Il faut être plus ouvert aux mystères.

L’auteur présente L’Alchimiste comme une illustration des « quatre clés fondamentales de l’alchimie » que sont, selon lui : les signes, l’Âme du Monde, le Langage du Coeur et la Légende Personnelle. « Initié à l’alchimie, je crois que tout homme a une mission sur terre, mais il nous faut sans cesse entraîner notre volonté pour l’accomplir », aime-t-il à répéter.

Son génie est de moderniser l’idée du fatum, du destin, en insistant sur la responsabilité de chacun dans son accomplissement. L’Alchimiste est un roman miroir de sa propre quête ! Remontons le fil... Paulo Coelho naît à Rio de Janeiro en 1947, le cordon ombilical autour du cou. On le croit mort-né, on le baptise illico dans un hôpital nommé Saint-Joseph... et, miracle, il vit. Après son pèlerinage à Saint-Jacques, Paulo Coelho soldera cette « dette » vis-à-vis du Ciel, en réunissant ses amis d’une vie dans diverses villes, année après année, pour célébrer la Saint-Joseph, le 19 mars. Adolescent rebelle dans une famille conservatrice, il est sensé suivre les traces de son père, ingénieur. Lorsqu’il dit vouloir devenir écrivain (avec pour modèle Jorge Amado), ses parents le pensent fou et le font interner. Pas rancunier, il déclarera plus tard que ses parents n’ont pas fait ça pour le détruire mais « pour le sauver », ne sachant que faire de ses élans. Il en conservera un goût immodéré pour la liberté (il publie un agenda 2018 sur ce thème chez Flammarion, ndlr).

Cette lutte intérieure entre déployer ses rêves et coller à l’idéal familial lui fournira à terme « le carburant », dit-il, pour accomplir son destin. S’il suit un temps le droit chemin voulu par ses parents en entamant des études juridiques, il le quitte aussitôt pour prendre la route, en pleine époque hippie. Une épopée très sex, drugs and rock’n’roll ! De retour au Brésil dans les années 1970, il connaît le succès en devenant le parolier de l’icône rock Raul Seixas. En raison du contenu de certaines chansons, il est associé à l’occultisme et à la magie, ce qui ne plaît guère au régime militaire en place. Paulo Coelho est arrêté à plusieurs reprises pour activités subversives. Malgré le succès et l’argent gagné en tant que parolier, et la rencontre avec l’artiste Christina Oiticia, avec qui il forme toujours un couple fusionnel, il se sent incomplet. 1982 marque un tournant. Il largue à nouveau les amarres pour visiter le monde, notamment les pays au-delà du rideau de fer. « Si nous croyons avec force à notre Légende Personnelle, et si nous persistons sur notre voie, alors le monde coopère à notre légende », lit-on dans L’Alchimiste. Lors de ce périple, il s’ouvre au mystère des signes. « Savoir lire les signes que nous transmet l’univers s’apprend, comme on apprend l’alphabet. On en relève quelques-uns, petit à petit ils forment des phrases entières, puis un langage individuel », confie-t-il. Sa Légende Personnelle est en marche.

L’Enfant Jésus, le dessinateur de rue et la plume blanche



Entre autres signes, il y a l’épiphanie de Prague... « Ces moments où vous savez qu’il existe une raison pour laquelle vous êtes là ! » Paulo Coelho prie dans la capitale de ce qui est encore la Tchécoslovaquie, au pied de la statuette consacrée de l’Enfant Jésus de Prague. Il demande un soutien divin pour accomplir son destin d’écrivain.

Savoir lire les signes s’apprend, comme on apprend l’alphabet.

Si sa requête est entendue, il promet de revenir avec un petit manteau pour l’Enfant Jésus (ce qu’il fera, en 2005). Juste après survient une rencontre décisive. Dans une rue des alchimistes, la ruelle d’Or, déserte et glacée, il croise un jeune artiste qui dessine, alors même qu’il n’y a personne pour acheter ses oeuvres. Impressionné, Paulo Coelho lui achète un dessin. Le jeune homme lui en offre un autre. Révélation ! « Il n’y a personne dans cette ruelle, et pourtant rien ne l’arrête pour faire ce qu’il a l’intention de faire ! Parce que c’est son destin. »

(Se) réaliser sans forcément s’attacher au résultat : il en fera l’expérience, puisque le premier tirage de L’Alchimiste, en 1988, au Brésil, se vend à moins de mille exemplaires (c’est aux États- Unis, dans sa version anglaise, que le livre décollera en 1994) et sa femme, à qui il montre le manuscrit lui affirme que ça ne marchera jamais (depuis, il ne lui montre plus un livre avant qu’il ne soit chez l’éditeur !).

Après cet « éveil de Prague », il lui faudra encore la marche initiatique du pèlerinage de Saint-Jacques, en 1986, pour déployer ses ailes d’écrivain. Mais cette leçon de vie, Paulo Coelho ne l’oubliera jamais. Après avoir lancé un appel sur Facebook, dessins à l’appui, il renoue avec cet homme providentiel trente-quatre ans plus tard (il l’invite à sa fameuse fête de la Saint-Joseph, organisée pour l’occasion à Prague... « La boucle est bouclée », dit-il). À la quarantaine, Paulo Coelho atteint le coeur de sa quête. Un an avant L’Alchimiste, il publie Le pèlerin de Compostelle, précédé du Manual prático do Vampirismo ou Manuel pratique du vampirisme (!), sous le pseudonyme Nelson Liano Jr – effacé de sa bibliographie, car il le juge de piètre qualité. Depuis, une trentaine d’ouvrages ont vu le jour. Quand il lui arrive de ne pas trouver l’inspiration, il attend un nouveau signe... comme lorsqu’il luttait contre la procrastination, tissée de peur, qui l’a longtemps empêché d’accéder à son rêve. Ce fut une plume blanche, trouvée dans la vitrine d’un magasin, qui a été le déclencheur. « À présent, si je vois une plume blanche, je sais que c’est un signe que Dieu me donne que j’ai un livre à écrire. » Et il se met aussitôt à l’oeuvre !

L’ermite connecté


Aujourd’hui, l’écrivain-star qui a gagné de l’argent pour deux générations rien qu’avec L’Alchimiste (sic), mène avec Christina Oiticia une existence simple et retirée dans leur appartement qui domine Genève et s’ouvre sur les montagnes alentours.

Si nous croyons avec force à notre Légende Personnelle, et si nous persistons sur notre voie, alors le monde coopère à notre légende.

Depuis cette nature à laquelle il se sent connecté et qu’il aime tant arpenter (marcher est sa passion, ainsi que le Kyudo, le tir à l’arc zen), l’homme en noir, dont l’unique extravagance est d’arborer la sikha – cette queue de cheval ou mèche de cheveux des brahmanes, legs de son passé hippie – se fait rare. Il a même caressé le rêve de se retirer dans une cabane de montagne, mais y a renoncé en route. « J’étais totalement détaché de la réalité et je perdais la principale qualité d’un écrivain, qui est celle d’être un miroir de son temps », confie-t-il à un média suisse en 2016, alors qu’il est à l’honneur au Salon du livre de Genève, sa ville d’adoption. Un ermite, certes, mais hyperconnecté ! Fervent adepte des réseaux sociaux, il compte près de 30 millions de fans sur Facebook et plus de 12 millions de followers sur Twitter. Actif sur Instagram, il possède une chaîne sur YouTube. En 2014, il a transféré en ligne 80 000 documents (photos, manuscrits, articles, lettres de lecteurs), créant un musée 2.0, pendant virtuel de sa Fondation Paulo Coelho, basée à Genève. Lui qui voyage léger, emporte toujours une image de Nhá Chica, cette Bienheureuse brésilienne qui a consacré sa vie aux pauvres. « Un guerrier de la lumière est au monde pour aider ses frères », a-t-il écrit. Au Brésil, Paulo Coelho a fondé un institut pour donner l’opportunité aux exclus d’accéder à leur rêve, leur Légende Personnelle.

GENÈSE DU GUERRIER DE LA LUMIÈRE


Le Manuel du guerrier de la lumière (1), l’un des best-sellers de l’auteur, convie à ce qu’Hannah Arendt nomme le « renversement de la hiérarchie traditionnelle entre contemplation et action ». « Un guerrier de la lumière ne reste jamais indifférent à l’injustice. Il sait que tout est un, et que chaque action individuelle affecte tous les hommes de la planète. Alors, quand il se trouve devant la souffrance d’autrui, il se sert de son épée pour remettre les choses en ordre », écrit-il.

La politologue et auteure Catherine Boudet rappelle que la notion de « guerrier de la lumière » trouve ses origines dans le concept de javânmardî, ou chevalerie spirituelle, hérité de l’antique religion mazdéenne : « La “javânmardi” mazdéenne, ou “fotowwat” chez les soufis, est une catégorie éthique qui désigne ceux en qui s’actualisent les énergies spirituelles, les forces de l’âme. Le chevalier spirituel est par excellence le porteur du “xvarnah”, dont la racine mazdéenne signifie à la fois lumière et destin ; c’est la flamme suprasensible, la lumière des mondes supérieurs qui effuse la présence et l’essence divine dans l’être créé. C’est une présence engagée vis-à-vis de ce monde, mais cet engagement, l’être de lumière ne peut l’assumer qu’en progressant sur la voie du perfectionnement spirituel qui fait de son acte d’exister un acte de présence également aux mondes au-delà », décrit-elle. Une voie que Paulo Coelho traduit ainsi : « [Le guerrier de la lumière] sait que l’Univers fonctionne à l’image de l’alchimie : dissous et coagule, disent les maîtres. Concentre et disperse tes énergies en accord avec la situation. »



POUR ALLER PLUS LOIN
www.paulocoelhoblog.com


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