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PUBLIÉ LE 21/04/2020

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Jeremy Howick
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Les preuves scientifiques de l’autoguérison

Depuis de nombreuses années, en parallèle des études menées sur l’efficacité des médicaments, des chercheurs se penchent sur les capacités du corps à se guérir tout seul. Les résultats sont sans équivoque. Rencontre avec l’un de ces chercheurs.

Bio express
Enseignant à Oxford et chercheur en médecine, le docteur Jeremy Howick a conduit de nombreuses recherches sur les placebos, fondées sur des expériences impartiales. Diplômé de l’école d’économie de Londres, il collabore avec les instituts nationaux de la santé aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.



Votre travail va-t-il dans le sens d’une réappropriation du contrôle de sa santé ?


Oui, il s’agit surtout de (re)croire en soi-même. La médecine moderne est magnifique et même si les médicaments conventionnels fonctionnent parfois, ils ont souvent des effets secondaires indésirables. En plus d’en prendre trop, nous avons perdu la croyance en la capacité de notre corps à s’autoguérir. Je voulais faire un pont entre les médecines alternative et conventionnelle. Paradoxalement, l’efficacité de certains médicaments conventionnels n’est pas fondée sur des preuves rigoureuses. Or si l’on écoute son propre ressenti, cela constitue une preuve en soi ; si j’observe une amélioration, c’est de la science ! De plus, on ne peut pas continuer à dépenser autant d’argent pour des médicaments dont les résultats sont de moins en moins bons... Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, nous vivons moins longtemps que nos grands-parents, à cause de pathologies que nous pouvons prévenir. Notamment les maladies cardiovasculaires, qui représentent la plus grande cause de décès dans le monde, alors qu’on a les capacités de réduire les risques soi-même, malgré les facteurs génétiques souvent surestimés.


Vous évoquez l’importance de l’environnement, sur lequel on peut agir.


Parfois, les conditions extérieures sont très puissantes et, malgré tous nos efforts, on ne peut rien changer. Mais il faut rester empathique avec soi et ne pas se blâmer. Il est vrai qu’autrefois, on pensait qu’on ne pouvait pas agir sur les facteurs génétiques ni sur le cerveau, alors que si. Après un AVC, on peut rééduquer un côté qui est paralysé. Des études ont également montré que l’on peut changer l’expression de l’ADN. Dans le domaine de la santé, on constate que l’ADN va être responsable pour un tiers de l’expression d’un facteur et que les deux tiers restants sont liés à l’environnement, dont celui, immédiat, qui entoure la cellule. L’épigénétique et des études très sérieuses ont démontré que pratiquer le yoga de manière intensive peut changer l’expression de l’ADN. Par exemple, des hommes qui avaient les marqueurs du cancer de la prostate ont partiellement renversé ces marqueurs.


Quelle est cette possibilité de créer de nouvelles connexions neuronales ?


Ce n’est pas facile, mais c’est possible.

Pratiquer le yoga de manière intensive peut changer l’expression de l’ADN.

Lorsqu’on fait un AVC, une partie du cerveau qui contrôlait la main droite, par exemple, va être partiellement éteinte. Avant, on croyait qu’il fallait se polariser sur la main gauche et ne plus utiliser la droite. Mais après des expériences, notamment grâce à des personnes têtues qui ont persévéré, on a observé qu’il est possible de la faire refonctionner. Ce n’est pas la partie « HS » du cerveau qui a fait le travail, mais l’autre partie du cerveau qui a compensé ! Il en est de même pour les douleurs chroniques, « les autoroutes de nerfs » entre le cerveau et le dos par exemple deviennent hypersensibles à la suite d’un choc (émotionnel ou physique). Dans la douleur chronique, ces sensations « normales » sont ressenties comme de la douleur, elles sont exacerbées mais n’ont pas d’origine physique réelle. C’est pourquoi les médicaments ne fonctionnent pas bien dans ces cas-là. Il faut reprogrammer le cerveau en se disant que l’on peut quand même bouger, malgré la douleur. Bouger va automatiquement réduire la douleur et reprogrammer le cerveau. La pensée positive peut aider aussi, la respiration et la confiance que la douleur peut passer. Les cliniques holistiques de gestion de la douleur ont conscience que prendre des médicaments crée souvent de la dépendance. On peut réduire la fréquence ou le volume de médicaments avec une approche bio-médico-sociale de la douleur.


Dans vos études, vous avez beaucoup fait appel aux placebos et à leurs effets quasiment équivalents aux médicaments, notamment la chirurgie placebo, comment cela fonctionne-t-il ?


Dans le cadre de la chirurgie placebo, on va avoir la démarche d’endormir le patient, de faire une incision et de recoudre, sans avoir pratiqué l’acte de réparation prévu. Et on observe que la personne guérit autant que si elle a avait vraiment été opérée. En partie parce que cela fait appel à tout un ensemble de processus : la confiance qu’a le patient en son chirurgien, les attentes positives d’être guéri, mais aussi ce qu’on appelle la « cascade de cicatrisation ». Cette dernière se produit dès qu’on a une coupure, le corps mobilise les globules blancs dans la zone à réparer, fabrique de nouveaux vaisseaux sanguins, apporte des éléments nutritifs, etc. De plus, l’anesthésie locale va réduire la douleur un certain temps, ce qui apporte aussi son effet d’espoir et de soulagement. Mais au final, l’acte de chirurgie réparatrice n’aura pas été nécessaire. Cela m’est arrivé personnellement, après une blessure au genou : on m’a fortement conseillé l’opération et j’ai refusé. Je me suis soigné naturellement, avec phytothérapie et yoga, et j’ai récupéré mon genou.


Pour que la confiance reprenne, il semble donc qu’un intermédiaire, le médecin, soit nécessaire entre le patient et son corps ?


Il est vrai que cela se passe mieux avec un intermédiaire. Surtout lorsqu’il véhicule un message positif, de l’empathie, et que nous avons confiance en lui, parce qu’il fait autorité dans son domaine. Cela coûte beaucoup d’énergie de déclencher son système immunitaire complet ! Alors si quelqu’un nous dit que tout va bien se passer, cela va totalement favoriser le processus d’autoguérison. Nous pourrions le faire nous-mêmes, mais c’est plus facile avec quelqu’un d’autre, notamment parce que nous manquons d’empathie à notre propre égard ! Nous sommes souvent plus empathiques avec nos chiens ! Nous n’oublierons jamais de les sortir faire de l’exercice par exemple, alors que nous... Ce que la chirurgie placebo démontre, c’est que l’effet placebo ne relève pas uniquement des pathologies psychologiques. Nous avons tendance à croire que le placebo n’agit que sur les domaines psychologiques, parce que nous avons complètement séparé le corps de l’esprit. Je pense que c’est une erreur. Essayez de trouver un seul élément qui ne relève que de la psyché pure. Cela n’existe pas. Chaque pensée est mesurable dans le cerveau. Si l’on regarde la photo de la personne que l’on aime, que l’on désire, on peut observer une réaction de nos organes reproducteurs ! Le simple fait de penser au jus de citron amer provoque une réponse chimique sur notre langue... La pensée crée la réalité, on ne peut pas les séparer. De ce fait, on comprend mieux pourquoi le placebo fonctionne.


La croyance en la guérison ou la confiance en son corps sont-elles si importantes ?


Tout à fait !

Ce que la chirurgie placebo démontre, c’est que l’effet placebo ne relève pas uniquement des pathologies psychologiques.

Et en allant plus loin, il faut travailler ses pensées. Pour l’autoguérison, l’effet de la pensée positive est fondamental. Or il n’est pas facile d’avoir des pensées positives. Sur les milliers de pensées que nous avons chaque jour, la majorité sont négatives et inconscientes. Mais de la même manière que nous ne pouvons pas courir un marathon du jour au lendemain, agir sur ses pensées prend du temps. Il faut s’entraîner, parfois demander de l’aide... Une simple application du téléphone qui recommande 5 minutes de méditation par jour pour devenir un bouddha, cela ne suffit pas ! Même si cela peut aider, il faut quand même fournir plus d’efforts. Confiance, pensées positives, croyances... : cela se travaille. Il faut réaliser qu’il est plus facile de modifier son corps que ses pensées ! Si vous faites des haltères 20 minutes par jour, vous allez pouvoir mesurer l’augmentation de vos muscles au bout de trois semaines. Si vous méditez 20 minutes par jour, vous n’aurez pas de résultats aussi visibles sur votre esprit... Il faudra plus de temps ! Mais au-delà de la simple pensée positive, qui peut paraître un peu surfaite, avant de commencer n’importe quoi, il faut surtout être convaincu qu’on va avoir un résultat. C’est simple et évident. Les bénéfices que nous obtenons dépendent des efforts que nous fournissons. C’est assez logique aussi...

(...)

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