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PUBLIÉ LE 10/01/2020
  • Catherine Maillard
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Des prières à l’effet Maharishi

De l’effet Maharishi, la probabilité d’un champ unifié, à des témoignages de pratiquants de méditations collectives pour la paix, un réel changement de conscience serait-il envisageable ? Nous rassembler pour le convoquer créerait-il l’émergence d’une nouvelle conscience ?

De tout temps, les hommes se sont rassemblés afin de demander une protection, pour eux et leur communauté, ou encore pour tenter d’influer sur leur sort. Aujourd’hui, face à de nouvelles menaces collectives, que ce soit la déforestation en Amazonie, la perspective d’effondrement imminent, ou encore l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, émergent sur la Toile d’innombrables élans à méditer ensemble, y compris virtuellement. Quel est le véritable impact de ces propositions ?


Se rassembler pour la paix


Nous sommes au début des années 1980, au coeur du conflit israélo-libanais. Dans le plus grand secret ont lieu d’étonnantes recherches, portant sur un petit groupe de personnes formées à la méditation transcendantale, avec comme objectif : « cultiver ensemble un sentiment de paix ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, des études(1) rapportent qu’au même moment a été observée une baisse significative du niveau de violence, du nombre d’accidents, de vols… Cette découverte fut baptisée l’effet Maharishi, du nom du maître indien Maharishi Mahesh Yogi qui a mis au point cette technique de méditation spécifique (voir encadré). Ce dernier s’était déjà distingué, à de nombreuses reprises, par son ambition à vouloir changer le monde. Comment ?

« Dans les années 1960-70, ce sage indien réputé avait déclaré que se rassembler pour pratiquer la méditation transcendantale pouvait contribuer à instaurer un climat de paix et agir sur la baisse de la violence », répond Stéphane Ayrault, cofondateur de Nataraj Sadhana Yoga School et enseignant de sagesse védique, dans la lignée de Sri Sri Ravi Shankar. Que se cache-t-il exactement derrière ce phénomène ? Comme stipulé dans le Programme de méditation transcendantale, l’effet Maharishi se définirait comme une influence d’harmonie et de progrès s’exerçant sur un groupe social donné, lorsqu’une fraction de la population pratique la technologie du champ unifié de Maharishi. Ce phénomène induit qu’il serait possible de provoquer un changement de société vers davantage de paix, dès lors que des personnes se rassembleraient pour la convoquer. Une vision partagée par Gregg Braden, auteur-conférencier dont les recherches portent sur l’alliance de la science et de la spiritualité : « Des études scientifiques [effectuées dans le cadre de l’International Peace Project in the Middle East, NDLR] ont démontré que si les membres d’un groupe partagent une expérience de conscience, les effets peuvent s’étendre en dehors du groupe et même de l’édifice où les personnes sont rassemblées. » Par ailleurs, il a été possible de déterminer le nombre minimal de personnes requis pour que l’effet s’amorce, soit 1 % d’une population. « En effet, plus il y a de gens qui participent, plus le résultat est marqué, c’est exponentiel », notifie notre expert.


Un champ unifié ?


Et s’il existait un champ d’énergie reliant toutes choses ? Selon le physicien américain John Hagelin, professeur de physique à la Maharashi International University, auteur d’une théorie unifiée du champ quantique, « la grande portée de ces expériences ne peut s’expliquer que par l’existence d’un champ unifié de toutes les lois de la nature ».

Faire méditer un nombre suffisant de personnes pour créer un collectif et générer un égrégore de paix.

Des propos qui rejoignent ceux de Gregg Braden, développant l’hypothèse selon laquelle « les sentiments des humains et notamment le champ magnétique généré par le coeur quand il éprouve certaines émotions, s’étendent au-delà de notre corps, à tel point qu’ils sont détectables par des satellites ». Des études à ce sujet ont été réalisées par l’Institut HeartMath, organisme de recherche et d’éducation, portant sur l’intelligence du coeur et les liens singuliers entre ce dernier et le champ magnétique. Leurs conclusions, d’après le conférencier : « Lorsqu’un groupe de personnes se réunirait pour créer une émotion de calme, de paix dans leur coeur, celle-ci serait capable d’influencer le champ magnétique qui maintient la vie sur Terre. »

« L’effet Maharashi peut également être corrélé à l’expérience du centième singe », poursuit Stéphane Eyrault. Il s’agit de recherches menées par une équipe de scientifiques au Japon sur le macaque Fuscata. Leurs observations portaient sur l’étrange propagation d’une habitude innovante, à savoir laver une pomme de terre dans l’eau, à des colonies entières de singes sur d’autres îles, et ce de façon inexpliquée et simultanée. Ils ont établi que le point de bascule avait eu lieu dès lors qu’un énième singe de l’île avait adopté cette pratique : soit le centième. Les scientifiques ont ainsi émis l’hypothèse selon laquelle chaque espèce serait reliée à une grille de conscience et un réseau spécifique ; dès lors que l’un d’eux initierait un comportement pour mieux s’adapter à l’environnement, qui serait repris par l’ensemble, un nombre suffisant d’individus touchés permettrait l’adoption d’un nouveau rite collectif. Un principe qui vaut également pour l’espèce humaine. « Nous ferions partie du même champ », commente Stéphane Ayrault. Un champ de conscience unifiée, avec son potentiel de possibilités, auquel chaque espèce aurait accès. Une hypothèse qui rejoint le pressentiment du sage indien Maharishi, poursuivant son but de faire méditer un nombre suffisant de personnes pour créer un collectif et générer un égrégore de paix se manifestant dans le réel.


Des sagesses ancestrales à la Toile


Si la science a commencé à l’étudier récemment, en réalité, cette pratique date de la nuit des temps. « Les chamanes mayas, les Celtes, les Égyptiens, les chrétiens, toutes les grandes traditions connaissent ce principe, rendu hermétique en usant de métaphores », soulève Stéphane Ayrault.

La toile y joue un rôle actif, nous invitant à une nouvelle expérience : créer un groupe virtuel.

L’une des paraboles illustrant l’effet Maharishi pourrait être celle du pouvoir du grain de sénevé, auquel fait référence Gregg Braden pour étayer sa réflexion, citant Jésus : « Je vous le dis en vérité, si vous avez la foi comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : “Déplace-toi d’ici à là” et elle se déplacera et rien ne vous sera impossible. » Selon notre expert, cette parabole vieille de deux mille ans nous enseigne que la foi dont parle le Christ est bien davantage que de simples mots : « C’est un langage puissant par lequel choisir une certaine réalité parmi les possibilités infinies qui existent. » Autrement dit, notre foi n’est rien de moins que l’énergie qui projette cette possibilité dans notre réalité.

On reconnaît aujourd’hui « la coexistence de plusieurs réalités à l’intérieur d’une soupe cosmique de possibilités », comme la nomme Gregg Braden, ce qui donne à cette métaphore ancestrale une saveur toute contemporaine. Comme en témoigne la propension actuelle à se regrouper autour d’intentions collectives pour parer aux catastrophes en cours ou à venir. À un détail près, la Toile y joue un rôle actif, nous invitant à une nouvelle expérience : créer un groupe virtuel, cette fois. Une récente initiative appelée « Pour l’éclosion du coeur de l’Humanité », lancée par une sangha de tradition védique, a cumulé les deux options : se rassembler dans une salle et se connecter virtuellement. Le principe en est simple : « Il s’agit de réciter le Gayatri mantra, un des mantras les plus puissants du védisme ancien, durant quatre heures sans discontinuer, à une fréquence d’un dimanche sur deux », explique Marc-Vasistha Signorini, enseignant de hatha yoga et de pratiques du bouddhisme tibétain, cofondateur de ce projet. La proposition rassemble 150 personnes, connectées à distance. Le but énoncé est de créer une énergie de paix, « pour renforcer cette “grande onde terrestre” et ainsi aider l’humanité ».

Ainsi, nous serions tous interreliés ! « N’est-ce pas déjà ce dont nous informent les nouvelles technologies, à savoir la téléphonie et Internet ? », soulève Stéphane Ayrault : « Plus nous serons nombreux et réguliers, plus nous aurons la possibilité que la conscience collective bascule dans un champ de sagesse, comme en témoigne la théorie du centième singe… »


Qui était Maharishi Mahesh Yogi ?

À l’origine, un grand sage indien, Adi Shankaracharya, qui a vécu au VIIIe siècle, s’est donné pour mission de rénover la connaissance des védas, en Inde. Il en a restructuré la connaissance, la pratique, commenté les grands textes, et pour en assurer une large diffusion et maintenir en vie la tradition védique, a placé quatre de ses principaux disciples aux quatre coins de l’Inde. En 1953, avant de décéder, Swami Brahmananda Saraswati, qui était le shankaracharya de l’Inde du Nord, a incité son disciple que nous connaîtrons sous le nom de Maharishi Mahesh Yogi à diffuser l’enseignement de la méditation et à transmettre la sagesse védique en Occident. Maharishi s’est illustré plus particulièrement avec la méditation transcendantale (MT), qui repose sur la science des mantras, dont il est le fondateur.

Le principe de cette méditation est de déposer une graine, l’intention, à savoir un mantra dans la conscience, qui est appelée à éclore et à devenir un arbre, la manifestation, grâce à l’attention qu’on lui porte. Il connaîtra un succès phénoménal et ses méditations attireront les foules. On l’appelle le « gourou des Beatles », ceux-ci étant allés dans son ashram. Leur chanson In Accross the Universe reprend le fameux mantra que l’on retrouve au sein du mouvement de la MT : Jai guru deva om. Mais ce n’est qu’anecdotique comparé à toute la connaissance védique que Maharishi a apportée à l’Occident.



(1) En 1988, David Orme-Johnson publie dans le Journal Conflict Resolution, un article démontrant les effets provoqués par la pratique de groupe de la méditation transcendantale.


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