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PUBLIÉ LE 06/06/2017
  • illustration de Audrey Mouge Audrey Mouge
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Magazine » Témoignages

Quête de vision,
quête de lumière...

Depuis la nuit des temps, l’être humain utilise l’isolement, la privation d’eau et de nourriture pour engendrer des Etats Modifiés de Conscience qui va le rapprocher de Dieu. La quête de vision, rituel de passage ancestral Sioux Lakota, fait partie de ces expériences chamaniques puissantes. Témoignage.

« Gravir la montagne », s’isoler plusieurs jours, seul avec soi-même en pleine nature, jeûner, respecter le silence, contempler, méditer, prier, et ouvrir ainsi en soi un espace infini dans lequel demeurent notre « moi divin » et le Grand Esprit. Cet État Modifié de Conscience prolongé, induit par des conditions extrêmes engendrent, en effet, une puissante connexion au sacré qui générera sans doute une, voire plusieurs visions. C’est justement là tout le propos de cette expérience spirituelle. Recevoir des autres dimensions une révélation, une prédiction, une guidance. Hérité des Indiens Sioux Lakota d’Amérique du nord, ce rite de passage chamanique ancestral, basé sur un processus de mort et de renaissance symboliques, a été imaginé par les sagesses indigènes pour que chaque quête de vision permette de nous reconnecter à nos propres racines, à l’homme ou la femme sauvage que nous sommes originellement, et aux enseignements universels, pour ainsi développer nos propres dons et savoir ce que nous sommes appelés à en faire pour contribuer à un monde meilleur. Dans le chamanisme, la quête de vision est considérée comme une « Voie Médecine » dans le sens où elle permet de contacter son pouvoir intérieur et son potentiel de (auto-) guérison. Elle a autrefois été la voie des Indiens Lakota pour révéler les « hommes-médecine » et les « femmes-médecine » qui aideront leur communauté, et toute l’humanité à « guérir » de son mal-être causé l’illusion de la séparation.

Cette retraite fait partie des sept rites sacrés de la « Voie rouge ». Rouge pour la couleur du cœur, davantage que pour celle de la peau. On peut choisir d’effectuer quatre jours seulement, ou de s’engager officiellement devant le feu sacré, la pipe de tabac à la main scellant notre promesse, à réaliser en quatre ans minimum, le « chemin » complet, et à « gravir la montagne » - expression Lakota signifiant s’isoler et de jeûner en pleine nature - quatre, sept, neuf et treize jours. Chaque quête étant liée à une direction, une couleur, une dimension de l’être humain - émotionnelle, spirituelle, physique, mentale -, à l’énergie d’un animal et à une qualité à intégrer.

Certaine d’avoir trouvé l’apprentissage dont j’ai besoin, je me suis engagée, sans hésiter, l’an dernier à suivre les enseignements de la quête de vision et du Caminho vermelho jusqu’au bout.

Pas d’eau, pas de nourriture, pas de lampe de poche, et pas la moindre distraction - ni livre, ni carnet de notes -, juste un hamac, un sac de couchage, une bâche en plastique pour me protéger du soleil et de la pluie, une tenue de rechange, une japamâlâ et un chapelet… Me voilà prête pour gravir la montagne une deuxième fois ! Sept jours et sept nuits, seule en pleine brousse brésilienne, en silence, sans sortir d’un périmètre d’environ huit mètres carrés, délimité par une barrière de protection symbolique. Un simple fil de coton ciré auquel j’ai soigneusement noué 365 petites bourses de tissus garnies de tabac, confectionnées les mois précédant cette expérience, représentant toutes les prières et les intentions que j’ai émises pour demander guidance et protection.

Orestes, le paje – « chamane » brésilien –va choisir pour moi un coin de cerrado – cette savane de plus de deux millions de kilomètres carrés entre l’Amazonie et le littoral– dans lequel je vais être « plantée ». Une expression qui, avec l’expérience, prend tout son sens quand des jours sans bouger au même endroit, on devient comme les arbres alentours, dépendant de la pluie pour boire, du soleil pour se sécher.

Rester au même endroit : c’est justement ce qui, l’an dernier, m’a donné le plus de fil à retordre. Même si la soif s’est bien sûr fait sentir, surtout par des températures avoisinant les 40 degrés sans une goutte de pluie, je me suis aperçue que durant ces quatre jours, j’avais principalement souffert du manque de patience et de l’impossibilité de sortir de ce périmètre exigu. Je me suis vue, deux après-midis, batailler contre le temps qui, à mon goût, ne passait pas assez rapidement. Je pestais intérieurement contre ce soleil de plomb qui tardait à descendre derrière la colline. J’étais pressée d’en finir. Dans l’attente du dernier jour. Or, batailler contre le temps, c’est lutter en vain contre un problème illusoire qu’on a soi-même créé. Je me suis parfois sentie bouillir, et je ne parvenais à me calmer que lorsqu’enfin, je lâchais prise et… arrêtais d’attendre ! Des moments de grâce où des cadeaux de la nature m’ont immédiatement ramenée dans l’instant présent : la visite de colibris venus butiner mes prières, confondant les petites bourses rouges de tabac avec des fleurs d’hibiscus, une envolée d’aras bleus et jaunes ou de perruches vert vif qui passaient au-dessus de moi en jacassant, le chant du vent dans les feuilles des arbres, les couleurs chatoyantes de l’aube et du crépuscule, les nuits étoilées, les arcs-en-ciel de lune… Quand mon mental se taisait, les visions, en m’endormant, proliféraient. La plus significative : celle de « mon » aigle et d’un Indien au panache arc-en-ciel venu me remettre une peau de jaguar, me disant que j’étais désormais en charge d’aider les âmes à se libérer de leurs souffrances des deux côtés du voile. Euh… Bien… Et on fait comment ?

Peu de temps après cette quête de vision, de nouveaux signes, puis des situations où j’ai notamment été appelée à accompagner des mourants et aider des âmes perdues, se sont présentées à moi !

L’année suivante, pour ma deuxième quête de vision, j’espère à réussir à profiter chaque seconde du moment présent. Pour ce faire, j’ai besoin de surveiller mes pensées, contrôler mes émotions, et élever ma fréquence vibratoire. Comment ? En priant !

Dès le lever du jour, je fais quelques exercices de yoga pour m’étirer, j’orne mon autel de fortune d’un bouquet de feuilles, je prends mon chapelet, et commence à prier. Puis, avec ma japamâlâ, j’entame des mantras sacrés par séries de 108, que je chante dans ma tête - silence oblige – durant des heures, jusqu’à entrer, dès le troisième jour, dans une transe extatique où j’entends distinctement de la musique et des voix chanter en chœur avec moi. Je n’ai rien avalé depuis plusieurs jours, pourtant je redouble d’énergie. Je souris béatement, ou pleure de joie en ressentant l’amour divin partout. Dans chaque plante, chaque arbre, chaque fleur, chaque insecte, en moi… « La nature est la face visible de Dieu », me répète-je. Je connais intimement chaque arbre qui entoure mon endroit. Leur architecture singulière et les personnages qu’ils forment avec leurs branches biscornues. Je me sens à la maison. En famille, dans les bras de Pachamama. Il pleut ! Chouette, je peux récolter l’eau dans ma bâche, me désaltérer, et même me débarbouiller ! Je rêve énormément. Tellement d’informations, de révélations et d’enseignements que j’ai l’impression de vivre d’autres vies parallèles. Le cinquième jour à la tombée de la nuit, le paje m’apporte un morceau de pastèque ! Juteuse, gorgée d’eau… Je la savoure en la rognant jusqu’à l’écorce. Le bonheur ! La septième et dernière nuit, au moment de m’endormie, des visions cauchemardesques d’hommes enchaînés les uns aux autres, de crânes et de cadavres jonchant le sol ne cessent de me hanter. Jamais je n’ai eu de visions aussi effrayantes. À ce moment, je ne comprends pas encore de quoi il s’agit mais je sens bien que cela ne « m’appartient » pas. Mon Indien au panache arc-en-ciel réapparaît, et souffle à travers moi – donc je souffle aussi !– pour éloigner ces énergies. Puis, il va m’enseigner à projeter sur ces âmes de la couleur et de la lumière. La vie progressivement réapparaît dans mon champ de vision. J’apprendrai plus tard, à ma grande surprise, que cette terre était autrefois un lieu de passage des esclaves africains qui s’enfuyaient de la ville voisine, et que beaucoup d’entre eux, à cet endroit, sont morts de faim et d’épuisement.

Cette quête de vision s’achève. Mon ultime prière, avant de quitter mon coin de cerrado sera celle de remercier du fond du cœur ce lieu enchanté et tous les êtres – visibles ou non - qui m’ont accompagnée. Je demande également à recevoir l’aide nécessaire pour être capable, au quotidien, malgré les problèmes auxquels nous sommes tous confrontés, de pérenniser cet amour, cette joie, cette foi, cette force intérieure et cette confiance en la vie que j’ai ressenties si fort ici..

J’ai maintenant un an pour assimiler mes nouvelles connaissances et ainsi préparer « mes » neuf jours. Plus que jamais je me sens une guerrière de la lumière. Une guerrière de l’arc-en-ciel. Aho Mitakuye Oyasin ! Nous sommes tous reliés. Le salut Lakota.


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