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PUBLIÉ LE 25/03/2019

A RETROUVER DANS

Inexploré n°42

Le corps, une voie spirituelle pour libérer nos mémoires et révéler notre potentiel

LE LIVRE À LIRE

A la rencontre de son bébé intérieur

Joanna Smith
Dunod - InterEditions
Magazine » Enquêtes

Une renaissance salvatrice

Dans son dernier livre intitulé À la rencontre de son bébé intérieur, la psychologue Joanna Smith dévoile au grand public les fondements de l’ICV (Intégration du cycle de la vie), une thérapie brève mise au point au début des années 2000, qui permet de replonger jusqu'aux premiers jours de sa vie, pour s’apaiser en tant qu’adulte. Une thérapie psycho-corporelle qui côtoie de près les dernières découvertes en neurosciences.

Qui n’a jamais souhaité pouvoir retourner aux premiers jours de sa vie, afin de jeter un œil discret sur le nourrisson que nous étions ? Un saut dans le passé furtif, qui dans certains cas pourrait expliquer bien des difficultés rencontrées une fois adulte. Un tableau presque banal décrit par la psychologue Joanna Smith : « Lorsqu’on n’a pas été suffisamment sécurisé bébé, cela provoque des troubles anxieux à l’âge adulte », explique-t-elle, rajoutant qu’un « trauma non pris en charge ne sera jamais une affaire classée » . À partir de là, de nombreuses thérapies existent pour aider les patients à dépasser leur mal-être. Pourtant bien souvent, même si un travail thérapeutique permet de prendre conscience de l’origine des troubles et d’en intellectualiser la portée, il reste souvent un souvenir corporel du trauma qui se manifeste tardivement, provoquant des réactions physiques invalidantes, allant du simple inconfort à une anxiété généralisée. Un constat qui a conduit Peggy Pace, une psychologue américaine à orienter son travail de manière différente, en mettant au point l’ICV ou Intégration au cycle de vie (Lifespan Integration en anglais).

Unité corps-esprit

Cette méthode est désormais utilisée en France et détaillée dans l’hexagone par Joanna Smith dans son livre À la rencontre de son bébé intérieur. Mise au point dans les années 2000, l’ICV se veut une suite logique de l’EMDR. Dans son cabinet Peggy Pace, se trouvait souvent confrontée, en fin de séance, à des patients angoissés, remués par leurs émotions et pour certains, toujours bloqués au stade de l’enfance ou du trauma en question. Elle leur a alors proposé d’imaginer une ligne de vie ponctuée d’événements marquants de leur existence, partant du trauma, jusqu’au moment présent. Des faits recueillis au cours des échanges avec eux, dans un état de conscience non modifié, ceci afin d’éviter tout faux souvenirs, mais aussi en notant des éléments que le patient est allé chercher en interrogeant les membres de sa famille, tel un enquêteur de sa propre histoire. Objectif de la méthode : recréer une unité corps-esprit, prendre conscience de tout ce qui s'est passé au fil du temps afin de pouvoir se distancier de la situation traumatique et observer son impact à tous les moments forts de sa vie. Ainsi, à chaque séance, cette ligne du temps et les souvenirs associés sont évoqués verbalement, dans un état de relaxation classique, les yeux fermés ou ouverts, afin d'aider le patient à intégrer chaque élément au niveau neuronal et prendre ainsi conscience qu’il n’est plus le même individu qu’au moment du trauma.

Loin de limiter la portée de cet exercice, Joanna Smith explique que ce retour en arrière peut aller encore plus loin dans le temps. Dans ses séances, la psychologue propose à ses patients de revenir aux premiers jours de leur vie afin d’explorer cette époque « non verbale » de leur existence, dans laquelle les souvenirs les plus anciens se sont rangés naturellement dans la mémoire dite implicite. Cette mémoire subtile qui dicte les comportements de l’adulte de manière instantanée et automatique et qu’on ne peut verbaliser.

Un fac-similé agissant

Pour travailler sur ces souvenirs anciens, la psychologue se sert alors d’un nouveau-né factice mais « très ressemblant » afin de travailler plus particulièrement les troubles de l’attachement. Des scènes troublantes, durant lesquelles la thérapeute s’occupe du bébé, lui parle, le regarde, sous le regard du patient, qui face à la scène répétée autant de fois que nécessaire se rend compte de ses propres manques lorsqu’il était à la place du nourrisson : « L’exercice est subtil, essentiellement fondé sur le ressenti, puisque selon les patients je n’aurais moi-même pas la même attitude avec le nourrisson que je tiens dans mes bras. Je peux ainsi ressentir de la raideur, de la crispation, de la peur, du froid » . Intuitivement, la psychologue semble se connecter à son patient lorsqu’il était à l'état de nourrisson.

Un exercice thérapeutique qui selon Joanna Smith porte ses fruits, permettant aux patients de réaliser et de ressentir l’absolue nécessité de prendre enfin soin d’eux : « Je n’oublierai jamais l’une de mes premières patientes en ICV. Une jeune femme de 30 ans, très angoissée, qui s’automutilait, blessée par la vie dès sa naissance, malmenée psychologiquement, négligée, avec des comportements semblables à ceux de l’autisme lorsqu’elle était enfant. Au bout d’une dizaine de séances, avec à chaque fois la ligne du temps remontée jusqu’au stade de nourrisson, cette jeune femme a eu son déclic. Elle m’a confié que pour la première fois de sa vie, alors qu’elle allait une nouvelle fois se mutiler, elle avait réalisé qu’elle ne pouvait pas faire de mal à son bébé intérieur. Elle avait enfin ressenti qu’elle devait se protéger et s’aimer » . Une méthode surprenante au premier abord et qui repose sur la capacité du système corps-esprit à se guérir lui-même.

L’aide du cerveau

Une thérapie également éclairée par les récentes découvertes des neurosciences. Contrairement à ce que la communauté scientifique a longtemps pensé, le cerveau est en constante évolution. Une métamorphose appelée neuroplasticité cérébrale et qui se définit comme étant la capacité du cerveau à modifier ses réseaux neuronaux tout au long de sa vie. Le cerveau se restructure en permanence et « cette capacité est intensifiée lorsque la personne est attentive et concentrée sur la tâche et lorsqu’elle est impliquée émotionnellement » explique la psychologue Elise Castonguay, formatrice en ICV.

Autre élément primordial à considérer pour comprendre la réussite de ce genre de thérapie, c’est le fait que le cerveau ne fait pas la différence entre ce qui est réel et imaginaire. Un constat établi grâce à plusieurs expériences réalisées avec les images de résonnance magnétiques sur lesquelles on peut voir que ce sont les mêmes parties du cerveau qui s’activent et s’illuminent, peu importe si la personne imagine faire une activité ou qu’elle la fasse véritablement. Donc le fait de revoir le film de sa vie plusieurs fois et de le répéter à travers la ligne du temps, permet d’ancrer une nouvelle réalité, celle qui distancie le patient des événements qui lui posaient un problème : « Les séances permettent de prendre conscience que physiquement le traumatisme est derrière soi » . Et si dans la plupart des cas « moins d’une dizaine de séances suffisent, pour d’autres, la mission est plus longue et peut nécessiter jusqu’à trente séances » , confie Joanna Smith.

À travers les générations

Si chaque histoire familiale est unique, il est parfois nécessaire de la prendre en compte dans sa globalité et de remonter le temps avant la naissance. Un lien évident avec la psychogénéalogie se tisse alors, même si les deux disciplines ne doivent pas être confondues : « En ICV, on ne travaille pas sur les générations antérieures. Pour autant, nos mères ont eu leur propre histoire avec leur mère, avec parfois des trauma non traités, provoquant du stress in utéro, sans oublier des comportements insécurisant pour l’enfant à naître » rappelle Joanna Smith. De son côté, la célèbre psychologue Anne Ancelin-Schützenberger expliquait dans son ouvrage Psychogénéalogie : Guérir les blessures familiales et se retrouver soi : « Ce qui ne s’exprime pas en mots, s’imprime, et s’exprime alors en maux » .

Il est donc nécessaire, avant d’envisager la naissance d’un enfant, de s’interroger sur sa propre situation : « Si vous souffrez d’un trouble de l’attachement ou si vous avez traversé des traumatismes infantiles et qu’ils ne sont pas résolus, il vaut mieux s’y atteler » , conseille Joanna Smith, rappelant que les « stades de développement traversés par l’enfant, réactivent notre mémoire implicite et nos propres troubles et trauma traversés au même stade non résolus » .
Mais pas question de culpabiliser les parents. Bien au contraire, Joanna Smith souhaite les aider à rectifier leurs comportements en prenant conscience des trauma qu’ils ont eux même vécu, pour ne pas les transmettre à leur tour. Prévention et pédagogie sont aussi les maîtres mots de Joanna Smith qui sensibilise les parents : « Oui nous faisons tous des erreurs en tant que parents, mais reste la possibilité d’en prendre conscience, de s’en excuser et d’aider l’enfant à intégrer les événements traumatiques » . Un pas essentiel, trait d’union indispensable entre l’ICV et l’éducation positive.


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