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© Myriem Lahidely
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PUBLIÉ LE 28/06/2019
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

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Inexploré n°43

Avons-nous une destinée ?
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Reportage - L’astrologie védique : un art divinatoire

En Inde, les astrologues exercent une profession reconnue et enseignée à l’université. Les consulter pour résoudre des problèmes très concrets de la vie quotidienne fait partie du mode de vie, dans les classes sociales privilégiées en particulier.

Jeudi 13 décembre, c’est jour de fête chez Krishnaveer Singh, dans le quartier résidentiel d’Hiran Magri, au sud d’Udaipur. La famille inaugure sa maison flambant neuve. Le défilé des proches et des invités est continu dans le petit hall d’entrée, pendant qu’au centre de la pièce, Mord Chaturvedi officie, assis en tailleur, devant un petit âtre aménagé au sol. L’astrologue a démarré sa puja la veille à 19 heures, et va terminer la cérémonie à 15 heures. Autour de l’officiant, des coupelles en alu, du safran, du curcuma, du ghee – beurre clarifié –, de l’encens, de l’huile de sésame, du lait, des fleurs, du bois de santal pour alimenter le feu, du riz pour prier les dieux... Pas moins de 56 ingrédients qui serviront aussi à honorer les neuf planètes – le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne, et aussi Rahu et Kettu, les noeuds lunaires ascendant et descendant censés, comme les planètes, présider aux destinées humaines. « Il faut les accueillir de différentes façons pour mettre la maison sous leurs bonnes influences », résume Mord Chaturvedi.

Le maître et la maîtresse de maison, partie prenante de la cérémonie, interviennent de temps à autre en gestes et dévotions, répétant quelques mantras sur les indications du prêtre. « C’est l’astrologue qui nous a indiqué le moment propice pour construire notre maison et c’est avec lui aussi que nous avons fixé la date pour y entrer », confie Krishnaveer. Dans cette famille de la bonne société indienne – lui est manager chez Maruti, une concession automobile, sa sœur est dentiste, son frère fonctionnaire et le plus jeune, gérant d’un centre de soins ayurvédiques... L’astrologie indienne, ou védique, n’a rien d’une croyance ni d’une superstition. Cette pratique bien ancrée dans le quotidien de la famille, comme dans celui d’innombrables Indiens, intervient dans tous les aspects de la vie. « L’astrologie, ça n’est pas fait pour s’amuser », fait observer Vishnu Sharma, qui exerce à Jaipur. Elle indique la voie à suivre pour réussir sa traversée. »


Une pratique très courante



Dans ce pays, en effet, une bonne majorité des familles ont un astrologue, comme elles ont un docteur. La profession de jyotish y est parfaitement reconnue et la consultation, en cabinet ou à leur domicile, une procédure rien que très normale. Elle se déroule le plus souvent en groupe, famille ou amis, en tout cas rarement seul... « L’astrologue n’a pas absolument besoin du titulaire de l’horoscope et ce sont souvent les femmes qui amènent ceux de leur famille, sinon les parents, une tante... », indique Caterina Guenzi, anthropologue indianiste, qui a fait de la pratique astrologique à Bénarès son sujet de thèse de doctorat. « Ce peut être par pudeur ou par crainte de ce qui va être dit et l’on peut y voir aussi une dynamique de pouvoir au sein de familles qui veulent avoir une emprise sur les choix. »

Pour consulter, les citadins des grandes villes ont l’embarras du choix et Bénarès, en particulier, compterait aujourd’hui pas moins de 400 astrologues. La société moderne et l’innovation sont loin d’avoir écarté cette pratique qui s’appuie sur un savoir traditionnel, lequel a su s’adapter. Aujourd’hui, en effet, les sites internet spécialisés sont légion, les call centers aussi, comme les publicités quotidiennes à la télévision et dans la presse. Les ordinateurs eux-mêmes servent à calculer les thèmes astraux, les positions des planètes, d’où l’usage très courant du smartphone par les astrologues pour dresser les cartes. Le plus improbable pour un Occidental est que ceux qui les consultent sont généralement issus des classes instruites, moyennes et supérieures. Des fonctionnaires, mais aussi des universitaires, docteurs, commerçant(e)s, hommes ou femmes d’affaires, politiques. Manish Paliwal, astrologue réputé d’Udaipur, qui se déplace aussi dans d’autres États de l’Inde pour des consultations, confie avoir dans sa clientèle Lakshyaraj, le fils d’Arvind Singh, maharadjah d’Udaipur et propriétaire d’une chaîne de palaces historiques dont le fameux Raj Mandir, le palais blanc du lac Pichola. L’élite. « L’homme d’affaires lançait un nouveau projet et voulait savoir quel serait le bon moment, quelles planètes lui donneraient le succès », confie l’astrologue. Consulté pour son art de prédire, ou pour trouver des solutions à une difficulté du moment, un problème de santé, savoir quel traitement faire, quand le commencer, ou encore pour planifier les études d’un enfant, savoir s’il sera chanceux ou pas, choisir son école... « Nous consultons pour tout, connaître le moment approprié à l’achat d’une voiture ou d’une maison, quel métier choisir et avec qui se marier », s’amuse Ekta Kumawat, 26 ans, professeur dans un collège universitaire, à Udaipur. « L’astrologue dit quand, comment et quoi faire. »


Parfaitement compatibles



L’astrologie védique reste très liée à la pratique hindouiste. En 2015, la jeune femme a convolé avec Pratap, 27 ans, représentant des produits ayurvédiques Patanjali. Le choix du prétendant s’est fait après confrontation des deux horoscopes par un astrologue. Ce sont les parents d’Ekta qui ont consulté, et le praticien a pu établir, d’après le thème astral respectif des futurs époux – elle est Capricorne et lui Vierge –, et analyse de leurs points communs et complémentaires, qu’ils se correspondaient à 80 %.

Mariage d’Ekta et Pratap

Mariage d’Ekta et Pratap, mariés sur ordonnance astrologique. Crédit photo : Myriem Lahidely.

« L’astrologue nous a donné trois ou quatre dates et nous avons décidé avec lui. » La cérémonie des alliances avait été fixée le 27 avril, et le jour du mariage, le 1er mai. Une petite fille est née et c’est aussi l’astrologue qui a déterminé les deux premières lettres du prénom, en se basant sur la position de la Lune au moment de la naissance. « Sa course est découpée en quatre parties – matin, après-midi, soir ou nuit – et chacune a un alphabet spécifique », précise-t-il. C’est le grand alphabet, que la science astrale permet de lire. Le couple a aussi fait dresser le thème de naissance de leur petite Pintu, comme c’est le cas pour beaucoup de nouveau-nés. Il l’accompagnera comme un papier d’identité. « Quand leur enfant vient au monde, les parents veulent savoir quelle est la position des neuf planètes, quelles vont être celles qui seront positives ou négatives, quelle sera la plus influente », résume Manish Paliwal. On pourra ainsi présager d’une prédisposition aux mathématiques, à la médecine, l’armée, si c’est Jupiter, par exemple, à l’enseignement, le social ou encore au métier d’astrologue... Tout s’esquisse dans l’horoscope.

PRÉDIRE OU PRÉVOIR ?

L’astrologie, littéralement le langage des astres, a été développée, sans doute en Mésopotamie, par des prêtres astronomes-astrologues. Leur observation méthodique du ciel leur a permis de repérer les phénomènes célestes liés à la position des astres ou à leurs configurations, de déterminer des cycles et des périodicités et donc de prévoir des événements. Dans la pensée holistique, tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, des correspondances symboliques ont donc été établies entre les corps célestes et les comportements humains, chaque planète ayant ellemême une personnalité. La carte du ciel de naissance, que l’astrologue dresse avec la date, l’heure et le lieu de naissance, permet ainsi de dégager des tendances de caractère ou de personnalité et de prévoir, plutôt que prédire, les événements qu’elles sont susceptibles d’induire. L’astrologie indique un futur possible, pas le destin tout entier, selon le principe de Ptolémée, savant grec du Ier siècle : « les astres inclinent mais n’obligent pas. »



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